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Friday, October 9, 2026

À Bruxelles, l’union des forces festivalières s’organise

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Des deux côtés de l’Atlantique, des petits festivals se serrent les coudes : le Bruxellois FrancoFaune est l’hôte vendredi matin d’une première plénière sous la bannière R.I.S.E., jeune collectif de quatre événements férocement indépendants fondé à l’initiative du Phoque OFF québécois. Quatre festivals en quête de solutions pour favoriser la diffusion des musiciens émergents s’exprimant en français dans un contexte mondial « de libéralisme et de concentration qui touche l’ensemble des secteurs économiques », dont celui du spectacle vivant, nous expliquent les leaders de cette nouvelle alliance musicale.

Jusqu’à dimanche, les codirecteurs de FrancoFaune, Céline Magain et Florent Le Duc, accueillent les musiciens québécois — Violett Pi, Sensei H, Jeanne Côté, Lou-Adriane Cassidy —, français, suisses, acadiens et leurs équipes au volet professionnel de l’événement dans le but de solidifier les liens entre ces scènes musicales au profit de la circulation des artistes.

À la plénière inaugurale de R.I.S.E., ne manqueront que les représentants du Bise de Nantes (le festival tenu en parallèle des Biennales internationales du spectacle) ; y seront ceux du Phoque OFF, du Pelpass festival (Strasbourg), ainsi que nos hôtes. « Je t’avoue, l’acronyme R.I.S.E., je ne sais même plus ce que ça veut dire », admet Florent Le Duc. « Ça doit être un peu pour Réseau international de quelque chose, mais en fait, ce n’est même pas un réseau, c’est plutôt un collectif informel de connexions humaines entre collègues devenus amis avec le temps, qui partagent la même vision sur ce qu’est le développement artistique, la question de la mobilité des artistes, comment on fait pour les faire bouger en dehors de leurs territoires respectifs et comment rendre ces déplacements pertinents. »

Développer des carrières

Au retour du protectionnisme et de la rigidité des frontières internationales, les quatre festivals opposent le partage des expériences entre professionnels du milieu du spectacle francophone et des expressions musicales « parce que derrière, on est conscients que la culture est sous le feu de plusieurs attaques, politiques, notamment », ajoute Florent Le Duc. FrancoFaune, comme le Phoque OFF, bénéficie d’aides financières publiques, « alors on doit être capable d’optimiser ces sommes pour s’assurer que les artistes qu’on invite du Québec, par exemple, n’y sont pas que pour un seul spectacle. On cherche le moyen de mettre en place de vraies stratégies de développement de carrière, et ça va dans les deux sens », des deux côtés de l’océan.

Ces échanges entre l’Europe et le Québec se font régulièrement et depuis nombre d’années. Or, reconnaissent les membres du R.I.S.E., ceux-ci ne produisent pas assez de retombées pérennes pour les artistes, qui peinent à rayonner chez les cousins, faute d’accompagnement adéquat ou de partenaires sur le territoire visité qui faciliteraient un véritable développement de public. « Il y a trop de one-offs », d’invitations ponctuelles qui n’aboutissent à rien, déplore aussi Patrick Labbé, fondateur du festival Phoque OFF.

C’est à ça qu’il s’est attaqué en fondant le collectif au printemps 2024, après une première année de partenariat entre le FrancoFaune et le Phoque OFF, deux festivals partageant la même vision artistique fondée sur l’éclectisme musical et la découvrabilité des nouveaux artistes. Patrick Labbé a compris au terme de cette première collaboration « qu’il y avait une façon d’optimiser notre partenariat ». « Il fallait faciliter la communication entre ceux qu’on nomme les développeurs de talents, les maisons de disques, les tourneurs, etc. Comment faire pour mettre en place des réflexions et des activités qui renforceraient les maillages entre ces acteurs pour susciter des carrières internationales ? »

« Soif d’indépendance »

Jessica Goetz, coorganisatrice du Pelpass festival, accueille depuis plusieurs années déjà des artistes québécois à son festival de découvertes — dont Angine de Poitrine le printemps dernier, que ses collègues ont découvert en vitrine au Phoque OFF de Québec en 2025, un exemple concret de projet musical ayant bénéficié du jeune réseau interfestivals R.I.S.E.

« En rencontrant plein de professionnels à Québec, dont Patrick, Florent et Céline, on a compris qu’on travaillait tous à diffuser des artistes émergents et qu’il fallait collaborer plus étroitement. On partage tous une soif d’indépendance — artistique, mais aussi vis-à-vis des grosses structures » qui dominent le marché du spectacle musical (Live Nation en tête, omniprésent aussi en Europe).

La plénière de vendredi matin permettra de dégager de nouvelles orientations au sein du collectif, qui se soucie aussi de rendre le dialogue plus fluide entre les scènes en créant un « lexique de la mobilité internationale » des corps de métier du spectacle, qui portent des titres différents au Québec, en France ou en Belgique. Qui se soucie aussi de rendre la mobilité des artistes et de leurs équipes écoresponsable, en s’assurant par exemple que l’envolée au-dessus de l’Atlantique serve pour plusieurs concerts, plus seulement pour une seule scène.

Ainsi, après un concert l’an dernier au Pelpass festival de Strasbourg, Violett Pi donnait jeudi soir un concert au Pianofabriek de Bruxelles, à l’invitation de FrancoFaune, qui l’a découvert il y a quelques années au Phoque OFF. Les efforts du collectif de festivals ont donné des résultats concrets pour l’artiste, qui s’est monté une tournée de dix concerts en Belgique, en Suisse et en France, dont un concert à l’Élysée Montmartre de Paris, en première partie d’Angine de Poitrine.

« Même si on est trois territoires francophones, le fonctionnement à l’interne est différent, résume Jessica Goetz. Il y a des spécificités, par exemple sur l’enjeu de la découvrabilité, moins urgente chez nous en France qu’au Québec ou en Belgique. C’est important de comprendre les spécificités et les enjeux propres aux marchés qu’on visite pour donner de meilleures opportunités aux artistes. »

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