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Thursday, October 15, 2026

Qu’est-il arrivé à Bérengère Deveaux-Cattino? Autopsie d’une tragédie

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Bérengère Deveaux-Cattino s’envole pour la Turquie en juin 2025 avec ses amies pour célébrer son diplôme de médecine, mais elle tombe brutalement malade à Istanbul et meurt quelques heures plus tard. Les autorités turques concluent à une intoxication alimentaire, mais des experts du Québec et de la Turquie n’y croient pas. De quoi est-elle morte? Enquête retourne à Istanbul pour le découvrir. Et ce qu’on découvre dépasse largement son histoire : une dizaine d’autres décès suspects, sur fond de crise sanitaire.

La scène est digne d’un tableau. Nous sommes dans un appartement dans la partie asiatique d’Istanbul. L’endroit est rempli d’histoire, de meubles antiques datant de l’Empire ottoman, mais aussi de photos de familles.

Notre collaboratrice turque Ayse Adanali et moi sommes accroupies au pied de Şebnem Korur Fincancı, assise dans son canapé. Cigarette à la main, la professeure émérite en pathologie judiciaire fixe l’écran de son ordinateur portable. Absorbée par la lecture d’un rapport d’autopsie turque signé par plusieurs de ses collègues médecins, elle fait défiler tranquillement le document d’une dizaine de pages.

C’est ce rapport qui, logiquement, devrait expliquer ce qui a causé la mort de Bérengère Deveaux-Cattino.

La Dre Korur Fincancı n’avait jamais entendu parler de la jeune femme, décédée le 17 juin 2025 à Istanbul. Son décès n’a été rapporté dans aucun média en Turquie. Si nous nous tournons vers elle, c’est que les doutes sur la cause officielle de sa mort s’accumulent.

Ça fait un an presque jour pour jour que Bérengère est morte, à la fin d’un voyage qui devait marquer le début de sa résidence en médecine. Un an que ses parents, Henri et Lorraine, et sa sœur aînée Éléonore tentent de comprendre ce qui lui est arrivé. Pourquoi est-elle morte? Et pourquoi Laurie, qui voyageait avec elle, a-t-elle survécu? Un an à se demander si ce plat de poulet innocent, mangé juste avant dans un restaurant populaire, est responsable de sa mort, comme l’avance le rapport turc.

Şebnem Korur Fincancı, la professeur émérite en pathologie judiciaire, dans son appartement d’Istanbul, en compagnie de Jacaudrey Charbonneau et de la collaboratrice turque Ayse Adanali.
Şebnem Korur Fincancı, la professeur émérite en pathologie judiciaire, dans son appartement d’Istanbul, en compagnie de Jacaudrey Charbonneau et de notre collaboratrice turque Ayse Adanali. Photo : Radio-Canada

Le bruit de l’horloge découpe le silence avec une précision chirurgicale, alors que le vent d’été fait virevolter les rideaux en dentelles dans l’appartement. Nous retenons notre souffle.

La Dre Korur Fincancı finit par lever les yeux, éteint sa cigarette. Ceci n’est pas un empoisonnement alimentaire!

Il n’y a aucun historique de diarrhée dans le déroulement clinique, dit-elle, seulement des vomissements. C'est très rapide. Toute l'évolution clinique a été si rapide, conduisant au décès. C'est ce qui nous permet de faire la différence avec une intoxication alimentaire. Il s'agit plutôt d'un empoisonnement aux pesticides.

Notre malaise est donc confirmé. Quelque chose clochait. Cette rencontre a été essentielle dans notre enquête, commencée des mois plus tôt. Mais écarter l’hypothèse officielle des autorités turques n’était que le début.

La survivante

La survivante

Quand on rencontre Laurie (nom fictif) à Montréal, on remarque tout de suite ce petit B, tatoué sur son bras. C’est en hommage à son amie décédée. On entend la souffrance dans sa voix remuée.

On s'était dit que la Turquie, ça allait être une belle destination. On n'avait pas pensé que tout ça allait déraper comme ça, nous raconte-t-elle. Elle accepte de replonger dans son récit, par amour pour sa grande amie. Une seule et dernière prise de parole publique sans visage, sans divulguer son nom. L’expérience a été trop traumatisante pour y être ramenée constamment.

C'était la fin de notre parcours en médecine… Elles voulaient célébrer ce moment charnière de leur formation. Elles sont donc parties, quelques amies de cohorte fraîchement diplômées, à la découverte du Portugal et de la Turquie. À la fin du voyage, à Istanbul, elles ne sont qu’elles deux.

Le matin du 17 juin 2025, Bérengère se réveille avec la nausée. Laurie soupçonne d’abord une intoxication alimentaire, puis les deux finissent par être malades. Après quelques heures de vomissements répétés, elles appellent la réception. Moi, je me suis juste écroulée à terre parce que j'étais juste trop étourdie, trop nauséeuse, puis Bérengère était sur le lit et ils ont appelé les ambulanciers puis nous ont amenées à l'hôpital.

Une fois à l’hôpital, elles sont séparées. Laurie n’a jamais su pourquoi. Et la barrière linguistique n’a rien pour la rassurer. Les deux amies réussissent à échanger quelques messages, et même à s’appeler. Elle me disait qu'elle se sentait un peu mieux, mais encore très moche, puis qu'elle aimerait ça avoir du Gatorade. Laurie est finalement transférée à côté de son amie. Mais quelques instants après, Bérengère fait un arrêt cardiaque. L’équipe médicale tente de la réanimer, en vain.

Sur les traces de Bérengère et Laurie

Sur les traces de Bérengère et Laurie

Istanbul à la tombée de la nuit.
Istanbul à la tombée de la nuit. Photo : Radio-Canada

La coroner du Québec qui mène une investigation sur la mort de Bérengère a demandé à Laurie de lui envoyer le fil de leurs 72 dernières heures à Istanbul. Des lignes sèches, purement descriptives, ponctuées de ses connaissances médicales, mais qui ont quelque chose de poignant. (Un parcours que nous avons refait une fois à Istanbul, presque un an jour pour jour après le drame.)

15 juin 2025

– 14:00 : Check in à l’hôtel Seven Days Hotel, chambre 108 au sous-sol. Pas d’odeur particulière, chambre propre. On a déposé nos choses et nous sommes parties manger.

16 juin 2025

– 8:30 : on s’est réveillées sans aucun malaise. On a mal dormi et on s’est fait réveiller à 3:00 par les prières. On a réalisé que la fenêtre était ouverte, donc on l’a fermée. On a déjeuné. Bérengère a mangé une orange et une poire. Moi, yogourt avec une orange.

– 14 :00 : dîner à Sultan doner restaurant. On a partagé une assiette de chicken doner. Ils nous ont offert un thé turc et un baklava.

– 17:00 : on a mangé un maïs bouilli saupoudré de sel devant l’entrée du parc Gülhane.

– 18:00 : on a goûté à un chocolat aux pommes grenades dans un magasin de Turkish delight (je ne me rappelle pas du nom).

– 18:30 : boissons à Grace Hotel rooftop. Béren a pris un coca-cola et moi une limonade.

– 20:00 : souper à Lale Sultan Restaurant. On a pris la même chose : un chicken casserole. Ils nous ont offert un thé turc et un baklava. Les serveurs nous ont invités à sortir le soir avec eux, mais nous avons gentiment refusé.

– On est allées dormir autour de 23:00 après avoir planifié notre itinéraire pour le lendemain. La fenêtre était fermée et nous avons mis l’air climatisée.

Jacaudrey Charbonneau, au restaurant, avec son propriétaire, Erkan Tanrikulu.
Jacaudrey Charbonneau, au restaurant, avec son propriétaire Erkan Tanrikulu. Photo : Radio-Canada

Le restaurant montré du doigt dans le rapport d’autopsie turque, celui du repas du soir, Lale Sultan, s’est offert une nouvelle image depuis la mort de Bérengère. Son nom a changé, mais le menu est le même, le propriétaire aussi. Il accepte de répondre à nos questions. Lorsqu’on évoque la visite des deux jeunes femmes, il répond être au courant de cette histoire.

Bien sûr que la police est venue ici. Le ministère de l'Agriculture aussi. Ils ont tout pris, tout ce qu'il y avait ici : les baklavas, la salade… tout ce qu'elles ont mangé ce jour-là. Mais il n'y a eu aucune fermeture pour nous en aucune façon, aucune procédure, aucune amende, rien de tel, répond Erkan Tanrikulu.

Ce n'est pas si surprenant, puisque notre enquête montre que la casserole de poulet n'aurait rien à voir avec la mort de Bérengère.

L’histoire de la famille Böcek

L’histoire de la famille Böcek

En novembre 2025, une source partage avec nous une histoire qui fait le tour du monde. Celle d'une famille de Turco-Allemands décimée à Istanbul.

Servet Böcek et sa femme, Çiğdem, étaient en vacances avec leurs deux enfants, Kadri, 6 ans, et Masal, 3 ans, quand ils sont tous tombés malades. Nausées, vomissements, vertiges, douleurs abdominales. Ils se rendent à l’hôpital une première fois, mais sont renvoyés à l’hôtel, et le personnel hospitalier évoque à ce moment l’intoxication alimentaire.

La nouvelle est sortie le 13 novembre, je me souviens des manchettes qui mentionnent tous les endroits où ils avaient mangé. Les gens se disaient qu’ils devaient maintenant se méfier de la nourriture, raconte la journaliste turque Ayse Adanali, qui a couvert cette histoire qui a fait le tour du monde.

De retour à leur hôtel, la famille Böcek s’est mise à dépérir. Ils mourront à l’hôpital. D’abord les enfants, puis la mère et, quelques jours plus tard, le père.

Les analyses faites sur la nourriture étaient négatives. Donc, la nourriture était saine. Et puis, nous avons commencé à entendre qu'il y avait d'autres personnes qui étaient également malades dans l’hôtel, poursuit-elle.

On apprend aussi à ce moment que l’hôtel a été fumigé contre les punaises de lit. L’enquête prend alors une tout autre direction. Ils ont prélevé des échantillons sur les serviettes et nous avons appris qu’il s’agissait d’un insecticide, la phosphine, avance Ayse.

Un poison qui laisse peu ou pas de traces

Un poison qui laisse peu ou pas de traces

Il est surnommé la bombe dans le milieu des entreprises d’extermination. Le phosphure d’aluminium est un pesticide qui se présente sous forme de granulés ou de poudre. En Turquie, son usage légal est restreint à certaines entreprises certifiées en zones agricoles, où il est utilisé dans les silos à grains pour se débarrasser d’insectes ou de rongeurs.

Au contact de l’humidité, le phosphure d’aluminium libère un gaz hautement toxique appelé phosphine. Un gaz comparable au cyanure. La compagnie de fumigation embauchée par l’hôtel où logeait la famille Böcek aurait donc utilisé illégalement ce produit en milieu urbain pour éradiquer les punaises de lit.

Ils auraient scellé la chambre infestée, mais le gaz est si puissant et volatil qu’il se serait diffusé dans le bâtiment. C’est ce qui aurait décimé la famille Böcek qui dormait à l’étage.

La famille est même retournée dans la gueule du loup. La deuxième fois, lorsqu’ils sont retournés à l’hôtel, c’était pire, ils ont été encore plus malades, lance Ayse alors que nous sommes devant l’hôtel qui les a empoisonnés. Quand on le raconte comme ça, vous voyez à quel point il aurait été facile de les sauver.

La journaliste Jacaudrey Charbonneau en compagnie de sa collaboratrice turque Ayse Adanali, dans un taxi..
La journaliste Jacaudrey Charbonneau en compagnie de sa collaboratrice turque Ayse Adanali, dans un taxi.. Photo : Radio-Canada

Lors de notre passage à Istanbul, en juin 2026, la porte de l’hôtel est verrouillée en raison des procédures judiciaires en cours. Par la fenêtre, on voit que l’endroit ne semble pas avoir bougé depuis le drame. On aperçoit une poussette dans la réception. Alors que nous sommes dans la métropole turque, le propriétaire de l’hôtel et les propriétaires de la compagnie d’extermination sont reconnus coupables de négligence criminelle ayant causé la mort, condamnés à 13 et 18 ans de prison.

Le principal problème de ces pesticides de type phosphure d'aluminium ou phosphine, c’est qu’ils ne sont pas très faciles à diagnostiquer en milieu clinique en raison des symptômes vagues et peu clairs, imitant plusieurs maladies ou tout type d'intoxication, une intoxication alimentaire, par exemple, nous explique la médecin légiste Şebnem Korur Fincancı.

Sans compter que la phosphine est très volatile, et donc difficilement détectable en toxicologie. Dans les hôpitaux, aux urgences, nous n'avons généralement pas ce genre de laboratoire de toxicologie, poursuit-elle.

Si la mort des Böcek a pu mener à des accusations, explique-t-elle, c’est parce que des preuves d’une fumigation illégale ont été retrouvées sur les lieux du drame.

Mais elle est convaincue que le nombre de cas d’empoisonnement à la phosphine est bien plus élevé que ce qui est rapporté officiellement.

Opération Seven Days : l’avis

Opération Seven Days : l’avis

L’hôtel où Bérengère et Laurie ont séjourné se trouve dans le district touristique de Fatih, à une centaine de mètres de celui où la famille Böcek est décédée.

Nous avons voulu constater sur le terrain l’état de l’hôtel qui opère sous deux noms : Seven Days et Blue Istanbul. Mais avant de louer la chambre 108 où elles ont séjourné, nous avons analysé des centaines d’avis laissés sur Google et Tripadvisor concernant l’hôtel.

Un commentaire a attiré notre attention. Celui laissé par un touriste européen qui mentionne s’être fait piquer 150 fois par des punaises de lit lors de son séjour, une dizaine de jours seulement avant l’arrivée de Bérengère et Laurie. Nous l’avons retrouvé. Il séjournait dans la 107. La chambre voisine de celle de Bérengère et Laurie.

L'hôtel Seven Days d'Istanbul.
L'hôtel Seven Days d'Istanbul. Photo : Radio-Canada

Phosphine : les failles d’un système

Phosphine : les failles d’un système

Après des mois d’investigation, le bilan des victimes de la phosphine à Istanbul et en Turquie ne cesse de s’allonger. En plus de la famille Böcek, deux adolescents néerlandais ont été retrouvés morts dans leur chambre d’hôtel en août 2025. Deux mois après la mort de Bérengère.

Les autorités ont finalement conclu des mois plus tard qu’ils avaient été tués par la phosphine alors qu'une fumigation avait eu lieu dans leur hôtel qui est, lui aussi, situé à quelques centaines de mètres de celui de Bérengère et Laurie.

Au total, nous avons recensé près d’une trentaine de cas d’empoisonnement depuis 2023 en Turquie. Des Turcs, pour la plupart. La majorité des victimes sont des femmes et des enfants. Souvent, plusieurs membres d’une même famille ont été empoisonnés. Certains ont survécu, d’autres pas. Et, dans la plupart des cas, on a d’abord conclu à l’intoxication alimentaire.

L’exterminateur

L’exterminateur

Lors de notre incursion dans l’hôtel Seven Days, nous avons également obtenu le nom de l’entreprise d’extermination embauchée pour traiter les chambres contre les insectes : Wolves. En passant au peigne fin les avis Google de cet exterminateur, on découvre que les commentaires parlent de granulés diffusés dans l’air, d’un processus qui prend trois jours et d’une solution définitive. La signature du phosphure d’aluminium.

Un collaborateur turc appelle pour nous l’entreprise Wolves. Nous protégerons son identité car les procédés clandestins sont passibles d’emprisonnement en Turquie.

Il se fait passer pour le propriétaire d’un Airbnb infesté de punaises de lit dans le quartier Fatih. Au téléphone, l’employé est prudent. Il ne nomme pas le produit responsable de la mort de plusieurs touristes, mais ses mises en garde parlent d’elles-mêmes.

– Collaborateur turc : D'accord, pendant 3 jours, on ne rentre pas. Je ne laisse entrer personne, n'est-ce pas?

– L’employé : Pendant 72 heures personne ne rentre, on n'ouvre pas les portes. Vous y compris. Aucun être vivant ne doit entrer, malheureusement.

Tout porte à croire que l’entreprise d’extermination Wolves, embauchée par l'hôtel, utilise illégalement le phosphure d’aluminium, et ce, encore à l’été 2026.

La chambre 108

La chambre 108

Nous avons confronté à nos découvertes le directeur de l’hôtel où Bérengère et Laurie séjournaient.

Bahattin Demir s’est rendu à l’hôpital lorsque les deux voyageuses y ont été admises. Au téléphone, il se souvient très bien des événements. Notre réception a directement appelé une ambulance, qui est venue chercher les deux filles et les a emmenées à l'hôpital de Taksim.

Lorsque nous mentionnons l’infestation de punaises de lit qui a précédé le passage de Bérengère et Laurie, il nie d’abord la séquence des événements, puis se ravise.

Il nous explique alors que, chaque mois, une entreprise d’extermination vient pulvériser chaque chambre. Mais il soutient que le processus d’extermination prend une forme liquide et ne nécessite pas de fermer les chambres le temps de l’opération.

Lorsqu’on évoque que l’utilisation de phosphine dans d’autres hôtels a causé la mort de certains touristes, il admet avoir entendu parler de ces histoires et mentionne que le produit est illégal.

– Journaliste : Est-il possible que votre traitement antiparasitaire soit responsable d'avoir rendu la jeune femme malade?

– Bahattin Demir : Je pense que non, car sinon, ce serait la même chose pour toutes les chambres, puisqu'il y a près de 150 personnes dans l'hôtel.

Au moment de notre appel, il ignore le nom de l’entreprise avec laquelle il fait affaire et quel produit est utilisé chaque mois dans son hôtel. Il nous réécrit le lendemain et nous réfère à Wolves et à l’enquête policière.

Nous avons contacté l’hôpital qui a soigné Bérengère ainsi que le centre de médecine légale où elle a été autopsiée. Ni l’un ni l’autre n’a donné suite à nos messages. La police du tourisme n’a pas répondu à nos questions.

L’entreprise Wolves n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue. Un employé qui ne s’est pas identifié nie utiliser ce produit.

Şebnem Korur Fincancı, professeure émérite en pathologie judiciaire, dans son appartement d'Istanbul.
Şebnem Korur Fincancı, professeure émérite en pathologie judiciaire, dans son appartement d'Istanbul. Photo : Radio-Canada

Quand on retourne dans le récit de Laurie, un détail est frappant. La première nuit, elles ont dormi la fenêtre ouverte, mais ont été dérangées par l’appel à la prière. La deuxième nuit, elles ont donc fermé la fenêtre et allumé l’air climatisé.

C'est le lendemain matin, après des heures dans la chambre close, qu’elles ont commencé à être malades.

Dans l’appartement de la médecin légiste Şebnem Korur Fincancı, le tic-tac régulier de l’horloge nous semble soudain lointain, comme muet. Nos cœurs sont suspendus : Est-ce possible, nous lui demandons, que des résidus de phosphine se logent dans l’air climatisé?

Bien sûr, elle répond.

Un vent d’été bienveillant souffle par la fenêtre.

Affaires Mondiales Canada a modifié cet été ses conseils aux voyageurs qui se rendent en Turquie. Sur le site du gouvernement canadien, il est mentionné qu’il y a eu des cas d'intoxication liés à l'utilisation de pesticides chimiques dans des hébergements touristiques à Istanbul.

On conseille désormais aux voyageurs de s’assurer que leur logement soit bien aéré et entretenu et de consulter un médecin s’ils présentent des symptômes inhabituels.

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