Le « gerrymandering » : l’arme secrète de Donald Trump… qui pourrait se retourner contre lui !

Aux États-Unis, les élections ne se jouent pas uniquement dans les urnes. Parfois, tout se décide bien avant le premier bulletin de vote, au moment de dessiner les frontières des circonscriptions électorales. C’est précisément le principe du « gerrymandering », une technique ancienne que Donald Trump a décidé de pousser à son maximum pour ces élections de mi-mandat.
Le principe est simple : modifier le découpage géographique des circonscriptions pour offrir un avantage électoral à un parti. Aux États-Unis, les 435 membres de la Chambre des représentants sont élus dans des districts individuels. Le candidat qui obtient le plus de voix dans sa circonscription remporte le siège. En jouant sur les frontières, il est donc possible de gagner davantage de sièges sans nécessairement obtenir davantage de suffrages à l’échelle de l’État.
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Deux méthodes existent. La première, appelée « packing », consiste à concentrer les électeurs adverses dans un nombre réduit de circonscriptions. Ils remportent alors quelques sièges avec une avance écrasante, mais perdent leur influence ailleurs. La seconde, le « cracking », vise au contraire à disperser leurs électeurs dans plusieurs districts pour les empêcher de constituer une majorité.
Une stratégie
Si cette pratique existe depuis plus de deux siècles, elle a pris une ampleur particulière à l’approche du scrutin de ce mardi. En 2025, Donald Trump a personnellement encouragé les républicains du Texas à revoir leur carte électorale. Objectif : offrir jusqu’à cinq sièges supplémentaires à son parti à la Chambre des représentants.
La riposte démocrate n’a pas tardé. En Californie, le gouverneur Gavin Newsom a soutenu une réforme électorale destinée à obtenir potentiellement cinq sièges supplémentaires pour son camp. D’autres États, comme la Floride, l’Ohio, la Caroline du Nord ou encore le Tennessee, ont également modifié leurs cartes électorales.
Au total, les redécoupages pourraient théoriquement offrir un avantage net d’une dizaine de sièges aux républicains, selon certaines estimations. Un enjeu considérable alors que leur majorité à la Chambre des représentants est particulièrement fragile.
Car celui qui contrôle cette assemblée dispose d’un pouvoir considérable : il peut notamment diriger les commissions parlementaires, lancer des enquêtes sur l’administration présidentielle et peser sur l’adoption des lois.
Un piège
Mais cette opération de calcul électoral comporte un risque majeur. En dessinant les circonscriptions sur la base des résultats électoraux précédents, les républicains ont parié sur le maintien de leur popularité auprès des électeurs. Or, la situation politique a évolué depuis la victoire de Donald Trump en 2024.
Les républicains ont parié sur le maintien de leur popularité auprès des électeurs. Or, la situation politique a évolué
L’impopularité du président et le recul d’une partie de sa coalition électorale, notamment chez les électeurs hispaniques, pourraient bouleverser les prévisions. Dans plusieurs circonscriptions redessinées pour favoriser les républicains, les sondages ne leur donnent plus une avance aussi confortable qu’espéré.
Le Texas illustre notamment ce danger : alors que le nouveau découpage devait permettre aux républicains de gagner jusqu’à cinq sièges supplémentaires, certaines projections évoquent désormais un gain beaucoup plus limité.
En Caroline du Nord, la stratégie pourrait même produire l’effet inverse. Pour tenter de conquérir une circonscription démocrate, les républicains y ont déplacé une partie de leurs propres électeurs. Problème : cette opération pourrait fragiliser une autre circonscription qu’ils détenaient déjà.
Certains observateurs parlent ainsi de « dummymandering », un jeu de mots associant « gerrymandering » et « dummy », qui signifie « idiot » en anglais. Autrement dit, un redécoupage tellement calculé qu’il finit par pénaliser le parti qui l’a imaginé.
Double tranchant
Donald Trump n’est d’ailleurs pas le seul à utiliser cette stratégie. Les démocrates ont également tenté de tirer profit du redécoupage en Californie et dans d’autres États. La bataille des cartes électorales est donc devenue un affrontement entre les deux camps, parfois davantage qu’une confrontation autour des programmes politiques.
Cette pratique soulève également une question démocratique fondamentale : les électeurs choisissent-ils réellement leurs représentants ou les représentants choisissent-ils, à l’avance, les électeurs susceptibles de les faire élire ?
Une chose est certaine : le « gerrymandering » peut offrir un avantage précieux, mais il ne garantit aucune victoire. Si les électeurs se détournent massivement du parti au pouvoir, même les cartes électorales les plus minutieusement dessinées pourraient ne pas suffire à sauver sa majorité.
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