Des agriculteurs et des écologistes réclament un meilleur encadrement des pesticides au Canada
La décision du gouvernement fédéral de relâcher certains contrôle des pesticides utilisés pour l’agriculture au Canada ne passe pas auprès des quelques centaines de personnes rassemblées à Montréal et dans sept autres villes du pays. Ils implorent le gouvernement « d’écouter la science ».
Au printemps, le gouvernement fédéral a adopté la Loi C-30, lui permettant d’autoriser l’usage de certains pesticides interdits, pour cause de sécurité « financière » ou « alimentaire ».
« Les pesticides sont des produits faits pour tuer », lance Thibeault Rennes, directeur général de Vigilance OGM, qui est l’un des organismes derrière la mobilisation samedi. Rencontré à la mobilisation tenue à Montréal, il qualifie l’adoption de la Loi C-30 de « recul historique » et s’inquiète vivement du projet de loi C-31, qui limiterait entre autres la fréquence des évaluations des pesticides.
« C’est presque comme donner une autorisation à vie aux pesticides sur le marché », s’exclame-t-il. Et pourtant, ajoute le militant, les risques de l’utilisation de ces produits sont considérables, autant pour les agriculteurs qui les utilisent à répétition que pour les consommateurs qui ingèrent ces substances. « Le gouvernement ne veut-il pas nous protéger ? »
Dans un mémoire signé par 21 universitaires au printemps et d’abord dévoilé par Radio-Canada, on peut y lire que « le changement proposé [par la loi C-30] compromettrait l’intégrité scientifique de la réglementation en matière de pesticides au Canada en faisant potentiellement abstraction de ces données probantes, même lorsque les effets nocifs sont manifestes ».
« Alors pourquoi on retourne en arrière ? », demande le militant. « On sait que c’est très possible de nourrir le monde sans utiliser, ou en utilisant très peu, de produits toxiques. »
Maude-Hélène Desroches, autoproclamée « fermière de famille » et cofondatrice des Jardins de la Grelinette, affirme être « la preuve qu’il est possible de pratiquer une agriculture sans produits toxiques, sans produits dangereux. » Sa micro-ferme travaille « avec la nature plutôt que contre elle », dit Mme Desroches. Dans une allocution prononcée pendant l’événement, elle aussi a tenu à remettre en question le projet de loi C-31. « À quel besoin répond la loi ? » Il faudrait plutôt « se donner les moyens d’encadrer les bonnes pratiques agricoles pour protéger notre biodiversité », lance-t-elle.
Aussi rencontrée sur place à Montréal, Berta Small, membre du regroupement Les mémés déchaînées, s’est déplacée pour dénoncer « l’avarice » du gouvernement et des compagnies de pesticides. « Ils sont prêts à détruire tout le monde ! », raconte-t-elle, déguisée pour l’événement.
La mobilisation s’est conclue par un « die-in », où les manifestants se sont couchés au sol devant les bureaux de Santé Canada à Montréal pour dénoncer les effets « directs et indirects » des pesticides.
Santé Canada se défend
Des manifestants ont interpellé la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, certains portant même un masque à son effigie.
Le cabinet de la ministre s’est défendu en affirmant que le ministère continuera d’évaluer les risques posés par les pesticides. Son porte-parole, Alexandre Bergeron, a répondu par courriel que « Santé Canada continuera d’appliquer des normes scientifiques rigoureuses, de surveiller les pesticides tout au long de leur cycle de vie et de prendre des mesures réglementaires chaque fois que les données probantes indiquent qu’un produit pourrait présenter des risques accrus, tout en accordant la priorité aux réévaluations qui doivent être entreprises plus rapidement. »
« Il s’agit aussi de soutenir nos producteurs, dont plusieurs dépendent de ces produits pour cultiver les aliments dont les Canadiens dépendent chaque jour. Une meilleure surveillance réglementaire et une plus grande efficacité peuvent contribuer à maintenir les coûts à un niveau abordable pour ceux qui produisent nos aliments ici, au pays », a-t-il ajouté.
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