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Saturday, October 31, 2026

Sommet Canada-Union européenne | Membre « associé » ? Ce n’est pas ce qui compte.

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Le Canada deviendra-t-il le premier membre « associé » de l’Union européenne (UE) ? Le débat autour de ce statut, qui agace le Canada et plusieurs pays européens, est une distraction inutile.

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Après tout, ce terme ne veut pas dire grand-chose. Chez Walmart, tous les employés sont des « associés », vendeurs et caissiers inclus, sans que cette désignation leur donne de véritable pouvoir.

Ce qui compte vraiment, au-delà du marketing politique, c’est que le Canada approfondisse ses relations avec l’Europe. Il est urgent de réduire notre dépendance aux États-Unis, qui utilisent nos liens économiques et sécuritaires pour tenter de nous asservir.

Soyons réalistes. L’Europe ne remplacera jamais nos voisins américains. La géographie est implacable. Les deux tiers de la population canadienne vivent à moins de 100 kilomètres de la frontière américaine. Cette proximité fait que le Canada exporte 10 fois plus de biens et services vers les États-Unis que vers l’Union européenne.

Mais avec la guerre commerciale, Ottawa n’a jamais été si proche de Bruxelles, siège de la Commission européenne, malgré l’océan qui nous sépare. Et la nouvelle « Alliance pour l’avenir », dévoilée à l’issue du sommet Canada-UE à Montréal, ouvre la porte à une plus grande collaboration dans des domaines stratégiques.

C’est très bien ! Mais ne sortez pas le champagne trop vite.

La dernière décennie a prouvé qu’il n’est pas si simple de traduire les belles annonces en résultats concrets.

Signé en 2016, l’accord de libre-échange avec l’UE n’a pas atteint son plein potentiel, constate Affaires mondiales Canada. L’Accord économique et commercial global (AECG ou CETA) a beau avoir éliminé 99 % des droits de douane, d’autres obstacles freinent les exportateurs canadiens.

Premièrement, l’AECG n’a pas encore été ratifié par 10 des 27 pays de l’UE, dont la France et l’Italie. Même si l’accord est appliqué de façon provisoire, cela peut décourager des investissements à plus long terme.

Qu’est-ce qui bloque la ratification ? Les craintes du milieu agricole. Mais aussi le mécanisme qui permettrait aux entreprises canadiennes qui ont investi en Europe d’être dédommagées si un pays ne respecte pas le traité. Pour certains Européens, cela pousserait la mondialisation trop loin.

La résolution de ce litige est délicate, car l’Europe est sur une lancée protectionniste qui pourrait augmenter d’un cran si la France, l’Allemagne et l’Italie sont dirigées par un gouvernement d’extrême droite l’an prochain.

Deuxièmement, la bureaucratie et les normes européennes forment des barrières non tarifaires difficiles à surmonter pour les entreprises canadiennes, qui s’en sortiraient mieux, il est vrai, si on leur donnait plus d’outils pour démêler ce spaghetti.

Mais dans certains secteurs, c’est peine perdue. Prenez le bœuf ou le porc. Les producteurs canadiens n’utilisent que 1 à 3 % de leurs quotas, car ils sont bloqués par toutes sortes de règles sanitaires et d’exigences de production.

Une plus grande intégration réglementaire pourrait améliorer l’accès du Canada au marché européen, mais cela pourrait rendre nos entreprises moins concurrentielles aux États-Unis.

Pour éviter de s’y perdre, il est donc logique de miser sur les enjeux les plus pressants – minéraux critiques, énergie, systèmes de paiement, intelligence artificielle, communications par satellite –, comme le prévoient Ottawa et Bruxelles.

La planète est instable. Il faut développer des capacités souveraines pour assurer notre sécurité.

On peut dire merci à Elon Musk de nous avoir prouvé récemment l’immense risque de dépendre de Starlink. Le ralentissement soudain de son précieux système de communication satellitaire a nui au pilotage des drones qu’utilisent les Ukrainiens pour se défendre contre la Russie. L’annonce d’une collaboration entre le Canada et l’UE autour du système satellitaire européen IRIS est donc bienvenue.

Du côté de l’intelligence artificielle, le Canada a beaucoup à offrir grâce à l’entreprise Cohere, qui a conclu un financement historique de 7 milliards cette semaine, y compris 1,6 milliard d’Ottawa. Disposant de ses propres modèles de calculs, l’entreprise est une rare solution de rechange aux géants américains et chinois. Tant d’un point de vue militaire que d’un point de vue civil, on ne peut pas se permettre d’être à leur merci.

À l’ère de la coercition économique, on se réjouit aussi que le Canada et l’UE s’apprêtent à développer un système de paiement qui offrira une solution de rechange aux géants américains comme Visa et Mastercard qui contrôlent les échanges d’argent dans le monde.

Il faudra encore de longs mois de discussion pour déterminer la nature et l’ampleur du rapprochement entre le Canada et l’UE.

Ottawa est devant un casse-tête en trois dimensions. Il doit négocier un meilleur accès au marché européen sans nuire à ses relations avec les États-Unis, qui demeurent son plus grand partenaire. Tout cela en tenant compte de la résistance de certaines provinces.

Attirer des investissements étrangers pour développer les minéraux critiques est un bon début. Mais il faudra aussi s’assurer que le Canada ne sera pas cantonné à un rôle de fournisseur de ressources ou de composantes, à cause des règles protectionnistes de l’UE, notamment en matière militaire.

Que le Canada devienne membre « associé » de l’UE ou non, son futur statut n’aura de sens que si les entreprises profitent au maximum de cette collaboration accrue.

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