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Saturday, October 10, 2026

Bonnes et mauvaises recettes pour dégraisser l’État

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Voici l’histoire fort instructive pour le Québec d’un président républicain qui voulait mettre l’État au régime. « Drain the swamp ! », clamait-il en promettant de réduire le gaspillage dans la bureaucratie américaine. Il fit appel à un bonze du secteur privé connu pour ses pratiques cowboys.

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Donald Trump ? Elon Musk ? Vous n’y êtes pas ! Il est plutôt question de Ronald Reagan qui a recruté le controversé homme d’affaires Peter Grace, dans les années 1980.

Grace a prétendu que son grand ménage ferait fondre le déficit des États-Unis sans qu’on ait à augmenter les impôts. Pour faire saliver le public, il a brandi certaines dépenses inadmissibles comme l’envoi de chèques d’assurance sociale… à des morts.

La commission Grace a soumis 2500 recommandations qui devaient permettre d’économiser 424 milliards sur trois ans. Or, ce chiffre s’est avéré largement surévalué.

L’offensive prouve qu’il faut faire attention aux solutions miracles. Elle montre aussi qu’il faut se méfier des conflits d’intérêts quand on donne les clés du gouvernement au privé.

Car si la commission Grace a été un flop, Peter Grace en a profité pour alléger des règlements qui lui ont permis de s’enrichir personnellement.

Plus ça change…

Aujourd’hui, on a l’impression d’être replongés à l’époque Reagan-Thatcher. Aux quatre coins du monde, les gouvernements cherchent à dégraisser l’État pour sortir du rouge.

C’est ce qu’ont promis tous les partis politiques, sauf Québec solidaire, durant la campagne électorale. Maintenant, il faut livrer.

Le Parti québécois (PQ) hérite d’une situation pénible. Comme la guerre commerciale de Donald Trump frappe plus durement le Québec, l’économie y sera parmi les moins performantes de toutes les provinces, avec une croissance d’à peine 0,3 % en 2026 et 1 % en 2027, selon Desjardins.

Rien pour aider le gouvernement à boucler son budget déjà souder.

Le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, a promis de ne pas réduire les services, pour ne pas effrayer les électeurs. Mais on voit mal comment il y arrivera.

Le cadre financier du PQ prévoit une augmentation des dépenses de portefeuilles de seulement 1,9 % par an, sur l’ensemble de son mandat, alors qu’il faut une croissance de plus de 3 % pour assurer la continuité des services.

L’effort requis est considérable, plus important que tout ce qu’on a vécu au Québec depuis des décennies.

Le PQ prévoit récupérer 6,3 milliards de dollars sur cinq ans en réduisant la bureaucratie et en recentrant l’État sur ses missions fondamentales. Une première tranche d’économie de 500 millions doit être livrée d’ici la fin de l’exercice actuel. Ça vient drôlement vite pour un gouvernement qui n’a pas encore prêté serment.

Au moins, il y a un consensus au sein de l’opposition sur la nécessité d’optimiser l’État. Mais il faudra du tact pour convaincre les syndicats et les groupes de pression de l’importance d’agir.

Au pays, le nombre d’exigences réglementaires a grimpé de 37 % en 15 ans, selon Statistique Canada. Les objectifs étaient peut-être louables, cette accumulation de règles a freiné la croissance économique, la création d’emplois et la productivité.

Et le Québec se classe parmi les cancres, si on se fie au bulletin de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes qui compare le fardeau réglementaire des provinces.

Cet empilage de règles augmente les coûts de la construction, alors qu’on est en pleine crise du logement et des infrastructures. Il freine l’innovation, les investissements, la prospérité du Québec au complet.

Alléger l’État aiderait non seulement le gouvernement à boucler son budget, mais rendrait toute l’économie plus agile.

C’est ce que la communauté des affaires a demandé à la veille des élections : elle ne veut pas des subventions, elle souhaite simplement que le gouvernement arrête de lui mettre des bâtons dans les roues.

Le PQ vise une réduction de la rémunération de 2,5 %, ce qui équivaut à 16 000 postes. C’est beaucoup. Mais depuis sept ans, le gouvernement a embauché 113 500 employés, souvent dans des postes de bureau et de cadres.

Si on veut que la cure minceur soit durable, le gouvernement doit revoir ses processus pour les rendre plus efficaces, briser les silos pour éviter les dédoublements, abolir les règles devenues inutiles, informatiser les tâches qui peuvent l’être…

Tout cela demande du temps et de la réflexion. C’est bien plus qu’un ménage d’automne dont le Québec a besoin, c’est d’un profond changement de culture.

Des pays de l’ancien empire soviétique y sont arrivés après avoir obtenu leur indépendance.

L’Estonie a fait école avec sa formule « once-only » qui interdit à une entité gouvernementale de demander à un citoyen ou une entreprise des informations déjà fournies à une autre entité. En numérisant les services publics, l’Estonie a réduit les coûts pour l’État et les tracas pour les citoyens.

On rêve de ça au Québec !

Le PQ veut créer un secrétariat à l’efficacité gouvernementale et à l’allégement réglementaire pour scruter les programmes « ligne par ligne ».

C’est un pas dans la bonne direction. Mais il faudrait que cet organisme soit transparent, en présentant chaque année la baisse du nombre de règlements comme en Colombie-Britannique.

Il faudrait surtout que le nouvel organisme soit indépendant et permanent, comme en Suède, où une agence évalue la performance des programmes de l’État en continu.

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