Immigration | Une entreprise de remorquage perd son seul conducteur

Une entreprise de remorquage de Val-d’Or qui intervient pour la Sûreté du Québec a perdu son seul conducteur à temps plein depuis deux mois. Le travailleur est pourtant toujours dans la région et son employeur veut le garder. Mais Ottawa ne l’autorise plus à travailler.
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Darren Yan Ping Yuen, 33 ans, est chauffeur chez Abitibi Remorquage depuis son arrivée de l’île Maurice en juillet 2023. Son permis de travail n’a pas été renouvelé et il a dû cesser de travailler le 18 juillet.
« La journée qu’on va avoir besoin d’aide quelque part et qu’on ne sera pas là, ça va être : désolé, on n’a pas de chauffeur. Ben, on a un chauffeur, mais il n’a pas le droit de travailler », explique Lee Ann Roy, copropriétaire d’Abitibi Remorquage.
L’entreprise est l’une des deux de la région qui détiennent un protocole avec la Sûreté du Québec. Elle est appelée pour des accidents, mais aussi pour des saisies et des remisages de véhicules, des véhicules volés ou brûlés.
Lorsqu’un accident bloque une route, l’entreprise doit pouvoir intervenir rapidement. « Qui va déplacer l’auto si moi, je n’y vais pas ? », demande Mme Roy.
Depuis l’arrêt de travail de Darren Yan Ping Yuen, les propriétaires prennent la relève. Le père de Mme Roy, qui est sur le point de prendre sa retraite, effectue une partie de son travail.
Mais l’entreprise craint de ne pas pouvoir répondre si deux interventions sont nécessaires en même temps. « Mon père ne peut pas conduire deux dépanneuses à deux endroits différents, lance Mme Roy. C’est impossible. »
« Super autonome »
Abitibi Remorquage dit avoir beaucoup de difficulté à recruter localement.
Darren Yan Ping Yuen était son seul chauffeur à temps plein. Des travailleurs locaux ont été embauchés à temps partiel, mais plusieurs sont partis. L’entreprise dit avoir six cessations d’emploi à préparer pour des personnes récemment embauchées qui ne sont pas restées.
Le travail est exigeant : il faut être disponible de jour comme de nuit, et pouvoir intervenir seul lors d’accidents.
M. Yan Ping Yuen avait déjà de l’expérience comme chauffeur de poids lourds à l’île Maurice. Après son arrivée au Québec, il a été formé par l’entreprise.
« C’est un employé qui est super autonome, il est super fiable, dit Mme Roy. Je ne peux pas remplacer Darren par un chauffeur qui commence à travailler et qui n’a pas d’expérience. »
Un salaire de 35 $ l’heure
Le problème est survenu au moment de renouveler son permis de travail.
Pour continuer à l’employer, Abitibi Remorquage devait obtenir une Évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT), pour démontrer son besoin d’engager un travailleur étranger.
La demande a été refusée. Selon l’entreprise, le salaire offert, 35 $ l’heure, a été jugé trop élevé pour le métier.
Mme Roy soutient que cette comparaison avec les salaires habituels dans le remorquage ne tient pas compte du marché du travail de l’Abitibi-Témiscamingue. « Je connais des adolescents qui travaillent à 45 $ l’heure, illustre-t-elle. Il n’y a pas ça à Montréal. »
Une autre décision est venue ajouter à l’incompréhension de l’entreprise. Val-d’Or Remorquage, une entreprise distincte, mais qui compte certains des mêmes actionnaires, a elle aussi présenté une demande d’EIMT pour recruter un travailleur étranger. Selon l’avocat Jorge Alejandro Torres, il s’agissait d’un poste identique, au même salaire et avec les mêmes conditions.
Cette demande a été acceptée.
Me Torres estime que ces décisions différentes montrent le manque de prévisibilité du processus. « Les employeurs et les travailleurs font face à un système qui est un peu une boîte noire », affirme-t-il.
Des mois d’attente
L’avocat soulève aussi un problème de délais entre les différentes étapes.
Les EIMT sont traitées par Service Canada alors que les permis de travail relèvent d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
Selon Me Torres, le traitement des EIMT peut maintenant prendre de cinq à huit mois, comparativement à deux ou trois mois auparavant. Il soutient que le processus entourant les permis de travail ne s’est pas ajusté à ces délais plus longs.
Il dit voir régulièrement des travailleurs étrangers en région perdre leur droit de travailler pendant que leur dossier est en traitement.
Darren Yan Ping Yuen attend maintenant une révision de son dossier. Entre-temps, il vit à Val-d’Or avec sa conjointe et leur bébé de 9 mois. Sans revenu de travail depuis juillet, il reçoit l’aide des propriétaires de son logement, qui ont temporairement réduit son loyer de 1100 $ à 450 $. « C’est comme ça que j’arrive à me débrouiller », dit-il, reconnaissant. « Ils m’aident beaucoup pour la nourriture. Ils ont baissé le loyer, en plus. »
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