Viol collectif allégué : que s’est-il passé à l’Université Cornell?

La victime présumée d'un viol collectif survenu en 2024 sur le campus de l'Université Cornell à Ithaca, dans l'État de New York, a intenté le 16 septembre une action en justice contre les sept hommes qui l'auraient agressée.
La réouverture de l'enquête, lundi, a suscité bien des questionnements quant à la manière dont le signalement, qui n'avait pas donné lieu à des poursuites à l'époque, a été traité. Retour sur les événements.
Quels sont les faits allégués?
Le 19 octobre 2024, Jane Doe, une étudiante de 20 ans, participe à une fête organisée dans la maison de sa sororité, Tri Delta National. Vers 20 h 30, elle monte dans un Uber pour se rendre à un événement étudiant organisé au Moonies Bar and Nightclub.
À son arrivée, elle se fait étamper la main pour indiquer qu'elle n'a pas l'âge légal pour consommer de l'alcool, mais affirme que les employés du bar lui en ont servi tout de même.
Vers 23 h, elle se dirige vers un autre bar, le Lot 10, avant de marcher un peu plus d'un kilomètre pour se rendre à la maison de la fraternité Chi Phi National, où elle rejoint un ami, Matthew Ingalls.
Selon la poursuite, elle aurait été accueillie par cet homme et Johnathan Newell. Ces derniers lui auraient donné de la bière, du rhum, de la marijuana et de la kétamine. Jane Doe soutient qu'elle n'avait jamais consommé de kétamine auparavant et qu'elle aurait été forcée à en inhaler.
Matthew Ingalls la mène dans une chambre, où la consommation de kétamine se poursuit. La poursuite détaille ensuite une série d'agressions sexuelles l'impliquant lui et Johnathan Newell. Vers 1 h 42, ce dernier envoie un message dans un groupe Snapchat invitant d'autres membres de la fraternité à se joindre à eux.
L'agression se serait poursuivie jusqu'à 5 h 45. Sept hommes y auraient participé.
Dans un éditorial intitulé Cornell ne le fera pas, mais nous, oui
, paru le 21 septembre, le journal étudiant The Cornell Daily Sun a levé le voile sur leur identité.
Il s'agit de Matthew Ingalls, Johnathan Newell, Winston Lee, Gillio Lopes, Diego Sarabia, Scott Norris et Scott Kretzschmar. On les surnomme depuis les Cornell Seven
, ou les Sept de Cornell
.
Comment les autorités ont-elles réagi?
Jane Doe porte plainte à la police de l'Université Cornell le 8 novembre 2024. Dans sa déclaration, elle admet avoir consommé de l'alcool et de la drogue de son plein gré. Elle dit également avoir accepté d'avoir des relations sexuelles avec Matthew Ingalls et Johnathan Newell en raison de sa curiosité due à l'alcool
.
Elle ne dit pas avoir été inconsciente ou hors d'état d'agir à aucun moment, selon le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten.
Lorsque son bureau se penche sur sa déclaration, il informe la police qu'il ne pense pas être en mesure de porter des accusations au criminel.
Selon l'avocat de Jane Doe, ni la police ni les enquêteurs criminels ne la recontactent après sa déclaration initiale. On ignore si la police a interrogé les hommes impliqués.
La maison de la fraternité Chi Phi National est fermée et les sept étudiants visés par les allégations sont suspendus.

L'agression se serait déroulée dans la maison de la fraternité Chi Phi.
Photo : Associated Press / Heather Ainsworth
Le 14 janvier 2025, Jane Doe porte plainte auprès du coordonnateur du titre IX de l'Université Cornell, responsable d'appliquer une loi fédérale américaine qui interdit la discrimination basée sur le sexe. Pendant plusieurs mois, la plaignante et les accusés témoignent devant un comité d'audition.
À l'issue de douze audiences, le comité prononce une série de sanctions. Certains des étudiants sont expulsés, d'autres sont suspendus. On demande à certains d'entre eux de rédiger une dissertation comme conséquence de leur implication.
Pourquoi l'enquête a-t-elle été rouverte?
Le 16 septembre, Jane Doe dépose une poursuite contre l'Université Cornell, plusieurs branches de la fraternité Chi Phi, les sept hommes qui l'auraient agressée, l'ancien président de Chi Phi, sa propre sororité, le bar qui lui a servi de l'alcool et plusieurs autres personnes dont l'identité n'est pas été révélée.
La nouvelle poursuite ramène l'histoire dans les médias et crée un tollé sur les réseaux sociaux.
Le 28 septembre, le procureur Van Houten annonce que son bureau a réouvert l'enquête. Dans un communiqué de presse, il déclare que son équipe examine la possibilité de porter des accusations criminelles.
Il précise que les allégations contenues dans la plainte étaient radicalement différentes
de celles dans la déclaration de la présumée victime faite en 2024.
Le bureau du procureur doit réexaminer les éléments de preuve et analyser ceux dont il n'avait pas connaissance à l'époque, comme une capture d'écran de la conversation entre les membres de la fraternité Chi Phi sur Snapchat et plusieurs messages textes échangés entre les membres de ce groupe dans les jours suivant la présumée agression.
L'avocat de Jane Doe, Thomas P. Giuffra conteste par ailleurs la description faite par M. Van Houten de la déclaration initiale de sa cliente.
D’après mon expérience, s’entretenir avec la survivante d'une agression demande de la délicatesse, de la compréhension et une formation spécialisée. Un agent de police universitaire ordinaire ne posséderait pas ces compétences. Ce serait le rôle d’un enquêteur spécialement formé ou d’un procureur. Or, Mme Doe n’a jamais été contactée par quiconque possédant ces compétences.
Dans un communiqué de presse, l'Université Cornell dit appuyer la décision
du comté de permettre à la présumée victime de se faire entendre par un jury.
M. Van Houten a déclaré qu'il jugeait que les allégations de Jane Doe étaient crédibles.
Les avocats de Scott Kretzschmar et Gillio Lopez ont nié les accusations qui visent leur client.
Scott Norris reconnaît pour sa part avoir envoyé un message dans le groupe Snapchat, mais affirme qu'il n'a participé à aucune activité sexuelle.
Quant à Jane Doe, M. Giuffra affirme qu'elle voulait abandonner ses études après l'agression présumée. Elle a toutefois terminé sa session à l'Université Cornell, puisque cette dernière a refusé de rembourser ses frais universitaires, allègue-t-il.
Elle a finalement quitté l'établissement sans obtenir son baccalauréat.
Avec les informations de New York Times, CNN, ABC News et NPR
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