Nigeria: à Bille, la pollution au gaz est une bombe à retardement pour la santé des habitants [2/3]

Depuis octobre 2025, les habitants d’un gros village de pêcheurs, Bille, proche de Port Harcourt au sud du Nigeria, respirent du gaz s’échappant à travers des canalisations vétustes enfouies sous terre depuis des décennies. Aucune déclaration d’état d’urgence ou de catastrophe n'a été déclarée à ce jour malgré plusieurs décès dans Bille suite à cette pollution majeure combinant des émanations de méthane, dioxyde de carbone et hydrogène, selon plusieurs expertises scientifiques.
De notre envoyé spécial de retour de Port Harcourt,
Bille Town est l’île principale d’un archipel hébergeant des installations pétrolières ayant longtemps appartenu à Shell et revendues depuis une dizaine d’années à des repreneurs nigérians. Si beaucoup de familles ont fui Bille, plusieurs milliers de personnes vivent toujours sur place alors que leur espérance de vie se réduit jour après jour avec les risques d’explosion, et surtout l’air et l’eau pollués.
Des nuits agitées à cause des cauchemars, d’autres sans sommeil, Remember Martins est perturbée depuis que Bille est envahie par le gaz. « Parfois, le matin, j'ai les lèvres ou le visage enflés, témoigne-t-elle. La plupart du temps, après la douche, on commence à ressentir des démangeaisons sur le corps. Aujourd'hui, je me suis plainte de ça. Ma fille m'a répondu : "D'accord, ça veut dire que ça ne vient pas de moi". Elle en souffre aussi. Mais elle n’en parlait pas jusque là. »
Habitante d’une modeste maison en bois, donc inflammable en cas d’explosion, Remember s’inquiète pour sa fille adolescente et pour ses deux jumeaux, trop petits pour comprendre le dange de vivre actuellement à Bille. Cette quadragénaire garde en tête l’impact de la pollution au gaz sur des enfants de l’école primaire où elle enseigne. « Nous sommes confrontés à un autre type de maladie, comme des vomissements, décrit-elle. Ces symptômes s'intensifient. Parfois, les enfants avaient de la fièvre. Un enfant saignait du nez à cause du gaz, ce que je n'avais jamais vu auparavant. »
Ni médecins, ni installations adéquates
Depuis le déclenchement de la crise, Boma Paul assure une veille dans Bille, beaucoup d’habitants le sollicitent alors qu’il n’est que parapharmacien, le centre de santé de Bille ne fonctionne qu’avec des agents communautaires incapables de gérer les cas de détresse sanitaire. « Le centre de santé n'est pas en activité. Le médecin a été muté il y a peu, déplore ce parapharmacien. Il n'y a donc pas de médecin pour l'instant. Il n'y a pas d'installations adéquates pour effectuer des examens fiables. Nous ne savons donc pas ce qu'il adviendra des personnes vivant à proximité de ces sources bouillonnantes. »
Début septembre 2026, une explosion souffle la chambre de Joy Amos. Cette jeune femme se plaignait de la chaleur émanant du sol de son logement. Prise en charge par une voisine sage-femme, Joy Amos est évacuée de Bille vers Port Harcourt, où elle succombe à ses profondes blessures le 21 septembre 2026.
À écouter dans Grand reportageBille, village du delta du Niger que le gaz menace
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