«Jim Queen»: spandex rose et «gaitude» en péril
À Paris, Jim Parfait, ou « Jim Queen », est la coqueluche de la communauté gaie. Le narcissisme décomplexé de Jim, un influenceur, est à l’image de sa musculature ostentatoire. Mais voici que, horreur, le bellâtre apprend souffrir d’un nouveau virus, l’« hétérose », qui transforme les homosexuels en hétérosexuels. Dans sa recherche d’un mystérieux docteur qui travaillerait sur un remède, Jim reçoit l’aide de Lucien, un jeune homme malingre qui n’a pas encore fait son coming out, et dont la mère est une politicienne homophobe notoire. Réalisé par Nicolas Athané et Marco Nguyen, le coquin film d’animation Jim Queen se révèle aussi délirant que pertinent.
On l’aura compris, le virus de l’hétérose qui décime la communauté gaie constitue une métaphore à peine voilée du VIH-sida, qui fit les ravages que l’on sait dans ladite communauté dans les années 1980-1990. On peut également y voir un pied de nez aux pseudos thérapies de conversion.
Enfin, de manière plus irrévérencieuse, l’hétérose renvoie par l’absurde à cette peur irraisonnée qu’ont certains hétéros de « devenir » homosexuel au contact de ces derniers (avec tout le refoulement potentiel que cela implique).
Bref, les thèmes sont sérieux, voire dramatiques. Mais le traitement, lui, n’est qu’exubérance et bonhomie. Graphisme stylisé influencé tant par l’animation japonaise que par Tom of Finland, explosion de couleurs franches (abondance de roses et de mauves)… Défilent les « gym queens », les « bears », les « daddies », les « cuirs », les « twinks », etc.
Vous craignez de ne pas suivre ? Rassurez-vous : le nouveau venu Lucien a droit (et le public avec lui) à un récapitulatif lexical de la part de la part de la drag queen Glamydia.
Savoir se solidariser
Les dialogues sont crus, mais ne cherchent jamais à choquer pour choquer. On rit franc, et souvent. Rocambolesque, l’intrigue ne s’arrête pas pour souffler un seul instant.
Entre autres choses, le film montre comment la communauté gaie sait se solidariser dans l’adversité. Cela étant — et c’est tout à son honneur —, le film a beau être résolument célébratoire et bienveillant, il ne s’en montre pas moins capable d’une saine introspection critique.
Bref, tout cela s’avère merveilleusement imaginatif, délicieusement corrosif, et surtout, complètement jouissif.
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