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Saturday, September 19, 2026

À quoi ressemblent les candidats qui aspirent à devenir député au Québec?

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Atteinte de la zone paritaire, candidats plus âgés, jeunes aspirants sacrifiés… Que nous révèlent les données sur les candidatures de l’élection générale en cours au Québec? Leur profil a évolué au cours des 25 dernières années, mais cette transformation se rendra-t-elle jusqu’à l’Assemblée nationale après le scrutin du 5 octobre? État des lieux.

Au total, 908 personnes ont déposé leur candidature en vue des prochaines élections générales. C’est plus qu’en 2022, mais moins que huit ans auparavant.

Les cinq principales formations politiques – la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ), Québec solidaire (QS), le Parti québécois (PQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) – présentent un candidat dans chacune des 127 circonscriptions, alors que les quinze autres partis aussi en lice dans l'ensemble de la province comptent, en tout, 254 aspirants. On dénombre sinon 19 candidats indépendants.

En zone paritaire

Au Québec, les candidatures n’ont atteint la zone paritaire – soit plus de 40 % de femmes à se présenter – qu’aux élections générales de 2022.

C’est encore le cas en 2026, malgré un léger recul de 43,2 % à 42,6 %.

Quant au portrait par parti, ils se situent tous dans la zone paritaire, à l’exception du Parti conservateur, avec seulement 34 femmes candidates, soit 26,8 % de ses candidatures.

C’est une préoccupation que Québec solidaire mettait de l'avant, mais c’est vraiment en 2018 que c’est devenu la norme, affirme Joanie Bouchard, professeure adjointe à l'École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

À partir de ce moment-là, c'est devenu un critère implicite : on s’attendait à ce que les partis présentent 50 % de candidatures féminines.

QS demeure la seule parmi les principales formations politiques à présenter autant, sinon plus, de femmes candidates aux élections provinciales depuis sa formation, en 2006.

La CAQ y est arrivée plus tardivement et présente, depuis 2018, plus de femmes que d’hommes. Les autres partis n’ont pas encore franchi le seuil de 50 % et ont fait peu d’avancées en quatre ans.

De candidates à députées

L’augmentation du nombre de candidatures féminines au fil du temps suit aussi la progression du nombre de députées qui font leur entrée à l’Assemblée nationale.

Au Salon bleu, la zone paritaire a toutefois été atteinte quatre ans plus tôt, en 2018.

On est une des juridictions démocratiques qui a donné le droit de vote aux femmes le plus tard (en 1940), bien plus tard que les autres provinces, rappelle Marc André Bodet, professeur titulaire en science politique à l'Université Laval. Et, malgré tout, on a aujourd'hui une zone paritaire intéressante.

Mais parviendront-elles à se faire élire à égalité le 5 octobre prochain?

Les travaux réalisés, tant au Québec qu’ailleurs au pays, tendent à démontrer que la barrière pour les femmes en politique – parce que c’est encore une barrière pour beaucoup de femmes – n’est pas au niveau de l’électorat, mais en amont, indique l’expert.

Les candidats masculins sont généralement considérés avant les femmes pour les candidatures de prestige, déplore-t-il, tout comme les candidates ont tendance à accepter plus de propositions perdantes que les hommes.

Lorsqu’on demande à des hommes de se présenter dans des circonscriptions où leurs chances de gagner sont faibles, ils ont tendance à dire non et à exiger une circonscription où ils ont de meilleures chances.

Selon le « moniteur de la parité » du Groupe Femmes, Politique et Démocratie, c’est encore le cas en 2026 : la proportion de femmes candidates diminue dans les circonscriptions considérées comme sûres ou gagnables. Elle glisse de 46 % à 42 % en considérant seulement les partis qui ont réellement des chances d'en faire élire.

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Des candidats plus jeunes que les élus

Au fil du temps, l’âge moyen des candidats s’est pour sa part toujours maintenu sous celui des députés élus à l’Assemblée nationale. Il a également augmenté, de 42 ans en 1998 à 47 ans en 2026.

L’âge peut être une source de discrimination, convient Marc André Bodet. L’électorat cherche la compétence, ou des approximations de la compétence, et l’âge est souvent un aspect mis de l’avant lorsque vient le temps de choisir un candidat pour qui voter.

Les électeurs, surtout les plus vieux, sont assez méfiants, des très jeunes candidatures, reprend le professeur titulaire. Et ils se déplacent aux urnes en plus grand nombre.

En 2026, les candidats de 18 à 29 ans forment en plus le groupe d’âge le moins représenté sur les bulletins de vote, et ce, pour une deuxième élection consécutive.

On ne veut pas en faire un combat des générations, mais il devrait y avoir un meilleur équilibre entre les candidats qui sont plus avancés dans la vie et ceux qui sont en début de parcours, estime le président de Force jeunesse, Marc-André Bouvette. À terme, c’est une richesse.

D’autant plus que, comme pour les femmes, les jeunes candidats héritent souvent de circonscriptions où leur parti n’est pas le favori. Ils se lancent ainsi dans une course qui n’est pas considérée comme compétitive, selon l'analyse de cet organisme à but non lucratif qui défend les intérêts de la jeunesse québécoise.

Je ne prête pas de mauvaise intention aux différents partis, mais il y a une réalité statistique, affirme Marc-André Bouvette. Il y a un choix qui est fait dans la mise de l’avant des candidatures jeunesse.

D'après les calculs de Force jeunesse, à peine 12,6 % des candidats âgés de 18 à 35 ans ont une réelle chance d’être élus le 5 octobre prochain. Et les probabilités varient d’un parti à l’autre.

La majorité des jeunes se font les dents dans des comtés difficiles, mais, à terme, ils ne seront jamais élus, déplore-t-il. Oui, ça donne de l'expérience, mais, collectivement, on n’en sort pas gagnant.

Il estime que seulement 11 candidats de 35 ans et moins pourraient être élus, soit 8,6 % des sièges de l’Assemblée nationale, alors que ce groupe d’âge représente presque le quart de la population.

Est-ce qu’il faut que ce soit proportionnel? Peut-être pas, soutient à son tour Marc André Bodet. Mais c’est important d’avoir quelques jeunes.

À la dissolution de l'Assemblée nationale, aucun député n'avait moins de 35 ans.

Les jeunes chez Québec solidaire

En général, c’est à Québec solidaire qu’on retrouve les candidatures les plus jeunes au fil des élections. C’est encore le cas en 2026.

On remarque sinon peu d’écart entre l'âge moyen chez les hommes et les femmes, autant chez les candidats que les députés.

Or, se lancer à 50 ans n’a pas la même signification selon le genre, d'après le professeur titulaire Marc André Bodet. Les femmes qui ont des enfants ont passé une partie de leur vie à s’en occuper, ce qui a pu retarder leur carrière professionnelle, rappelle-t-il.

La maternité, l’identité sexuelle, le niveau d’éducation, tout ça entre en interaction avec le genre et complique l'intégration des femmes à notre vie politique.

Il y a des barrières à plusieurs niveaux, même avant qu’une personne ait son nom sur un bulletin de vote, convient à son tour Joanie Bouchard.

Se rendre jusqu’au bulletin de vote

Pour que l’Assemblée nationale ressemble davantage à la population d’aujourd’hui, cette diversité doit d’abord se retrouver parmi les candidatures, selon les experts.

On souhaite, dans la mesure du possible, que l’Assemblée nationale soit une espèce de représentation miroir de la société, avec des élus de tous les âges et de tous les milieux, rappelle Marc-André Bodet.

La parité, c’est maintenant un incontournable dans le choix des candidatures, poursuit-il. La représentation de la diversité culturelle, aussi. Les partis politiques en sont très conscients.

Mais seulement compter sur la bonne volonté des partis ne suffit plus, estime l’autrice Mercédez Roberge, qui s’intéresse depuis longtemps à la représentation des femmes en politique au Québec.

Il faut aussi, selon elle, encourager les partis à atteindre des résultats en associant l'élection de femmes au financement politique ou à d’autres conséquences quand les objectifs ne sont pas atteints.

Ça ne peut pas se régler par magie. C’est le hasard des choses qui fait en sorte que ça donne un pourcentage de femmes représentées "acceptable" à l'Assemblée nationale.

Un point de vue que partage Marc-André Bouvette, de Force jeunesse.

Tant que l’Assemblée nationale ne représentera pas le Québec, avec la parité homme-femmes, des gens issus de la diversité et l’équilibre générationnel, énumère-t-il, je pense que les institutions n’auront pas le choix de mettre des balises.

Et, d’ici là, encore faut-il parvenir à inscrire son nom sur un bulletin de vote.

Beaucoup de barrières demeurent invisibles, affirme la professeure adjointe Joanie Bouchard. Lorsqu’on regarde les statistiques, celles des candidats déclarés et des députés élus, on ne peut pas voir, avant, tous les gens qui, pour différentes raisons, n’ont pas pu se présenter.

C’est un jeu de qui connaît la bonne personne, d’un réseau d’interconnexion, estime-t-elle. Pendant une campagne électorale, on met aussi un peu sa vie sur pause.

C’est aussi pourquoi notre analyse des élus au Québec, de 1923 à 2022, avait démontré qu’ils avaient, en règle générale, un profil professionnel récurrent. On retrouve par exemple, parmi les députés, beaucoup d’avocats, de commerçants, d'enseignants et de médecins au fil des ans.

Non seulement certaines professions sont plus valorisées auprès de l’électorat, mais il est parfois plus facile, autant sur le plan financier que pour l’emploi du temps, de quitter son travail temporairement – et d’y revenir en cas de défaite. D’autres milieux profitent aussi d’un important réseau de contacts.

Reste que, selon Joanie Bouchard, il demeure important de diversifier nos élus.

Les personnes qui militent pour un miroir plus représentatif de la population mettent de l’avant que le positionnement d'une personne au niveau social influencera les enjeux débattus à l’Assemblée nationale, souligne-t-elle.

Les personnes qui n’ont pas un profil type en politique sont perçues comme étant représentatives du changement, qu’elles vont faire de la politique différemment. Que ce soit le cas ou pas, c’est une idée qu’on aura en mettant de l'avant ces candidatures-là.

Si on veut une sphère politique qui répond aux préoccupations d’un ensemble de citoyens, il faut avoir des personnes équipées pour comprendre leurs préoccupations, conclut-elle.

Un début de réponse sur le portrait futur de l'Assemblée nationale ne viendra que le 5 octobre, lorsque les Québécois vont élire la prochaine délégation d'élus.

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