Campagne cacao 2026-2027 : la Côte d’Ivoire veut transformer davantage de fèves sur son territoire

Lancée le 1er septembre 2026, la campagne 2026-2027 de commercialisation du cacao inaugure un nouveau système de traçabilité en Côte d’Ivoire.
Une carte pour suivre le cacao de la plantation à l’exportation
Le Conseil du café-cacao (CCC) a rendu obligatoire la carte de producteur. Équipée d’une puce similaire à celles des cartes bancaires, elle doit sécuriser les transactions et permettre de suivre le parcours du cacao, de la plantation à l’exportation. Cette obligation doit notamment aider la filière ivoirienne à se conformer au règlement européen sur la déforestation, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2027.
Cette mesure s’inscrit dans la réforme engagée depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara à la présidence, en 2011. L’objectif : mieux encadrer la commercialisation du cacao et du café après la libéralisation des années 2000, et accroître la part des revenus revenant aux planteurs. Cette réforme a conduit à la création du CCC et à la mise en place d’un système de ventes anticipées, assorti d’un prix garanti au producteur.
Un prix garanti en recul par rapport au sommet de 2025
Pour la campagne 2026-2027, la présidence a fixé à 1 200 francs CFA (environ 1,82 euro) le prix bord champ, c’est-à-dire le prix payé au producteur, du kilogramme de fèves. Ce montant reste identique à celui de la campagne intermédiaire de mars 2026. Il est toutefois nettement inférieur aux 2 800 francs CFA du début de la campagne 2025-2026, un niveau historiquement élevé sous l’effet de la flambée des cours mondiaux en 2024-2025.
« La campagne 2026-2027 continuera de subir [...] les effets résiduels des difficultés de la précédente campagne. Notre responsabilité, c'est de fixer un prix qui soit financièrement et budgétairement soutenable », a expliqué le ministre ivoirien de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné.
Le premier producteur mondial de cacao
La Côte d’Ivoire demeure le premier producteur mondial de cacao. Le 21 mai 2026, Yves Brahima Koné, directeur général du CCC, estimait la production de la campagne 2025-2026 entre 2,0 et 2,1 millions de tonnes. Cette estimation marque un net rebond par rapport aux 1,68 million de tonnes produites en 2024-2025, qui représentaient alors 35,8 % de la production mondiale.
Le poids de cette culture dans l’économie ivoirienne est considérable : la filière représentait 11,5 % du PIB en 2025 et employait directement ou indirectement environ 5 millions de personnes. Le cacao reste la principale source de recettes d’exportation du pays. En 2024, il représentait environ 35 % des exportations ivoiriennes, les seules fèves brutes ayant généré 4 milliards de dollars.
Transformer les fèves sur place pour conserver davantage de valeur
À partir de 2011, le gouvernement a entrepris de faire évoluer un modèle reposant presque exclusivement sur l’exportation du cacao brut. Les pays acheteurs concentraient alors la quasi-totalité des activités de transformation, les plus rémunératrices de la chaîne de valeur.
De la fève au produit fini, plusieurs étapes se succèdent. Le broyage et la production de liqueur, de masse, de beurre et de tourteau de cacao constituent la première transformation. Viennent ensuite la fabrication d’ingrédients alimentaires, puis celle des produits finis, comme les tablettes de chocolat.
Développer ces activités sur le territoire doit permettre à la Côte d’Ivoire de conserver une plus grande part de la valeur du cacao. Le pays investit notamment dans ses capacités industrielles de première transformation. En 2024-2025, il a broyé localement 39 % de sa production. Le gouvernement ambitionne de porter cette proportion à 50 % d’ici 2030.
De nouvelles usines pour augmenter les capacités de broyage
En juin 2025, l’entreprise publique Transcao CI a inauguré à Akoupé-Zeudji une seconde unité de broyage d’une capacité de 50 000 tonnes par an. Le site comprend également un entrepôt de 160 000 tonnes et un centre de formation aux métiers du cacao et du chocolat. Après celle du port de San Pedro, cette nouvelle usine porte la capacité totale de Transcao à 100 000 tonnes par an. En août 2025, Cacao SA a mis en service à Divo une unité d’une capacité de traitement de 36 000 tonnes par an.
En septembre 2026, les installations ivoiriennes disposent d’une capacité de transformation de 1,16 million de tonnes de cacao par an. Selon Yves Brahima Koné, les nouvelles unités attendues durant la campagne 2026-2027 devraient porter cette capacité à 1,34 million de tonnes.
Le 3 septembre 2026, Ivory Cocoa Products S.A. (ICP), l’un des principaux transformateurs de cacao à capitaux locaux, a annoncé l’obtention d’une ligne de financement de 20 millions d’euros sur quatre ans pour son fonds de roulement. Ce financement doit permettre à son usine de San Pedro, d’une capacité annuelle de 90 000 tonnes, de sécuriser son approvisionnement en fèves issues de filières durables auprès de coopératives certifiées Rainforest Alliance.
Du broyage aux tablettes de chocolat, une étape encore à développer
Si la première transformation progresse, la fabrication d’ingrédients alimentaires et de produits finis reste peu développée. En 2024, le gouvernement recensait 52 opérateurs actifs dans les deuxième et troisième transformations en Côte d’Ivoire, dont un seul industriel, CEMOI Chocolat. Certaines de ces entreprises locales fabriquent déjà des produits destinés au marché ivoirien ou à d’autres pays africains : poudre pour petit déjeuner, tablettes de chocolat et pâte à tartiner.
Ces activités restent toutefois marginales au regard des volumes de fèves brutes produits dans le pays. Pour aller plus loin que le broyage, le gouvernement veut désormais faire de ces deux étapes de transformation une priorité industrielle à moyen terme. L’enjeu : produire davantage d’ingrédients et de chocolat sur place, plutôt que de laisser l’essentiel de ces activités aux pays acheteurs.
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