C’est Hydro qui négociait

Christine Fréchette n’avait pas la légitimité pour négocier une nouvelle entente d’au moins 45 milliards avec Terre-Neuve-et-Labrador, répète le Parti québécois.
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Mais la perspective du pouvoir rend le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon plus prudent.
Dans les derniers mois, le PQ conspuait la précédente entente et n’écartait pas la possibilité de déchirer une future entente signée par Mme Fréchette. Lundi, M. St-Pierre Plamondon a ajusté le tir. Son propos devient raisonnable. Il promet maintenant de prendre le temps de l’analyser au mérite. Tant mieux, car la négociation était moins politique qu’il ne le prétend.
Vrai, le calendrier fait sourciller. L’annonce a été faite à 10 jours du déclenchement attendu de la prochaine campagne électorale. À cette date, la première ministre caquiste devrait s’en tenir à l’intendance, sans engager le Québec dans de nouveaux projets.
Sauf que ce n’est pas Mme Fréchette qui négociait. Hydro-Québec était aux commandes. Et le résultat ressemble à une version ajustée de l’entente de principe signée en décembre 2024 par François Legault, qui avait alors une légitimité démocratique indéniable.
Il faut mal connaître la culture d’Hydro-Québec pour la croire soumise au bureau du premier ministre. Sa réputation d’« État dans l’État » ne vient pas de nulle part…
Hydro-Québec tient jalousement à son indépendance. Cette entente concerne son plus gros projet. Il serait étonnant qu’elle se tire dans le pied pendant un demi-siècle pour sauver la face d’une politicienne qui, selon les sondages actuels, risque de ne plus être là dans deux mois.
Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, ne s’aide pas.
Lundi, son discours était triomphant. Après avoir qualifié l’entente de « gagnante-gagnante », il a expliqué en quoi ses citoyens en étaient les principaux bénéficiaires…
L’été dernier, le chef conservateur était dans la même position que Paul St-Pierre Plamondon aujourd’hui. Il se préparait à une campagne électorale, et sa stratégie consistait à semer le doute sur l’entente conclue par le gouvernement sortant.
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Tony Wakeham
M. Wakeham avait promis de soumettre le texte à un comité d’experts indépendants, puis de le renégocier.
Une fois élu, il devait sauver la face. Il a dû améliorer l’entente sans proposer quelque chose que le Québec rejetterait. Il s’est donc accroché à certaines recommandations de son comité d’experts, comme augmenter l’énergie disponible et garantir l’accès aux lignes de transport sur le territoire québécois.
Cela a orienté les négociations. Mais elles n’ont pas seulement été influencées par la politique.
Après décembre 2024, des ingénieurs se sont rendus sur le terrain. Ils ont réalisé que la future centrale de Gull Island permettrait d’accueillir une turbine de plus. Ils ont aussi découvert un potentiel – qui reste encore à confirmer – pour installer des éoliennes fournissant 2000 mégawatts.
Ces ajustements se trouvent dans la nouvelle entente. Ce n’était donc pas tout à fait une concession faite par une province à une autre. Au contraire, tout le monde s’en réjouit.
D’autres modifications ont été faites. Par exemple, Hydro-Québec ne sera plus propriétaire des lignes de transport au Labrador. La société d’État assure que la perte anticipée de cet actif n’est pas une mauvaise nouvelle. Cela réduirait son risque.
Enfin, la nouvelle entente précise des détails qui n’avaient pas été finalisés en décembre 2024, notamment sur le financement, le partage des risques et la propriété des projets. Il s’agit de travaux qui font suite à la signature de décembre 2024, et non d’une nouvelle orientation qui change la nature de l’entente.
On le comprend, M. Wakeham essayait de sauver la face. Mais plus il crie victoire, plus il alimente les soupçons au Québec.
Le politicien qui a le plus changé le visage de l’entente est Mark Carney.
Il promet de doubler l’électricité propre produite au Canada. Ce projet était jugé parmi les plus prometteurs. S’il ne fonctionnait pas, on se demande lequel irait de l’avant.
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Mark Carney
Pour inciter M. Wakeham et Mme Fréchette à s’entendre, il leur a offert de financer des projets périphériques et de prolonger deux crédits d’impôt (pour la production et le transport d’énergie propre). À cela s’ajoutent des garanties de prêt – le Québec y touchera pour la première fois, à hauteur de 1,5 milliard, m’a-t-on expliqué.
L’influence de Mme Fréchette a été différente. Son rôle était moins dans la négociation elle-même. Elle a plutôt été active pour inciter M. Wakeham à revenir à la table.
On comprend qu’elle a utilisé la possible victoire du PQ comme argument pour s’entendre avant la prochaine élection québécoise.
M. Wakeham était bien placé pour comprendre le risque. Il avait une stratégie semblable à celle du PQ, et cela a fait perdre plus d’une année aux négociateurs.
Il comprend maintenant le danger de politiser cet enjeu. La preuve : il ne propose plus de soumettre l’entente à un référendum.
Mme Fréchette politise elle aussi la négociation en prétendant que si la CAQ perd, l’entente est menacée.
Les libéraux insistent pour dire qu’ils la respecteraient, et les péquistes promettent désormais seulement de l’analyser.
Si M. St-Pierre Plamondon prend le pouvoir, son équipe s’assoira avec la direction d’Hydro-Québec. Face à ces experts, le chef péquiste devra montrer comment on pourrait modifier le financement, le prix payé ou la structure de propriété afin que le Québec obtienne plus, sans perdre l’appui de Terre-Neuve-et-Labrador. Et sinon, il lui faudra démontrer quels projets énergétiques pourraient être construits à un meilleur coût. La discussion risque d’être compliquée, et longue.
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