Donald Trump évoque une entente avec le Canada «très bonne» pour les agriculteurs américains
Le président américain promet que ses agriculteurs seront heureux de la nouvelle entente commerciale avec le Canada qui les exonère de tout droit de douane. Qu’à cela ne tienne, Ottawa jure que le système de gestion de l’offre laitière y sera protégé.
« Nos fermiers seront ravis. Nos manufacturiers seront ravis. Le Canada nous facturait de lourds droits de douane ; nous n’aurons plus aucun droit de douane, désormais », a déclaré le président Donald Trump devant les édifices en travaux sur le terrain de la Maison-Blanche.
Il s’agit de l’un des rares détails du compromis survenu entre les deux pays et permettant d’éviter l’imposition immédiate de lourdes surtaxes sur l’importation d’une panoplie de biens canadiens. Le bureau du ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, a toutefois semblé le contredire lors d’une très brève mêlée de presse à Washington.
« On a maintenu notre ligne dure sur la protection de la gestion de l’offre. […] Ce sera protégé dans les textes à finaliser », a promis le ministre LeBlanc, quelques secondes après avoir serré la main du représentant au commerce de Donald Trump, Jamieson Greer, au sortir de leur rencontre mercredi midi.
Le premier ministre canadien, Mark Carney, doit fournir davantage de détails à ses homologues des provinces lors d’un appel en fin de journée. Il a reconnu pour la première fois mercredi être sur le point de conclure une entente avec le gouvernement Trump, après avoir plutôt tempéré les ardeurs la veille au soir. « Il reste encore du travail important à accomplir », avait alors déclaré M. Carney.
Voici ce que l’on sait du possible dénouement de cet énième chapitre du conflit commercial entre les deux pays.
Trois jours pour signer
Tard, mardi soir, le président des États-Unis a annoncé qu’il mettait sur la glace jusqu’à samedi l’imposition de ses nouveaux droits de douane sur environ 28 milliards de dollars de produits canadiens devant s’appliquer à partir de mercredi. Vers 22 h 15, Donald Trump a célébré sur son réseau social une « entente », sous réserve « de finaliser les documents ».
Le lendemain, le représentant américain au commerce a laissé entendre qu’il s’agit principalement de faire parvenir « de la documentation » aux élus américains, afin d’obtenir leur approbation. Il a toutefois célébré un accord préliminaire au bénéfice des deux pays, qui doit notamment faire de l’Amérique du Nord « une superpuissance énergétique, une superpuissance manufacturière ».
En juillet, l’annonce de surtaxes américaines inattendues avait relancé de plus belle la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Des décrets américains prévoient toujours des droits de douane de 50 % sur différents produits canadiens jusqu’ici protégés par l’accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), mais seulement à partir du 22 août, soit ce samedi, à minuit et une minute.
Le Canada a fait des concessions
La proclamation officielle du président précise que le Canada « a exprimé son engagement à retirer [ses] discriminations ou impositions déraisonnables ou injustes ». Ce paragraphe fait référence aux plaintes de Washington envers le pays, soit l’interdit de l’alcool américain sur les tablettes des sociétés des alcools provinciales, les surtaxes sur les fromages américains et les quotas de véhicules imposés par le Canada.
Une publication du bureau du représentant au Commerce américain a donné un peu plus de détails. Le brouillon d’entente avec le Canada comprendrait « un accès complet au marché pour tous les produits américains, des engagements en matière de sécurité économique [et] un alignement sur le commerce numérique ».
En contrepartie, les droits de douane imposés au Canada seraient réduits, mais pas éliminés, à en croire les propos du président Trump. « Il fallait bien donner quelque chose. Ils [les Canadiens] payaient un haut niveau [de droits de douane] ; on va le réduire un peu. »
Le gouvernement libéral à Ottawa a explicitement promis qu’il ne braderait pas le système de gestion de l’offre laitière sur la table de négociations. Les libéraux comptent d’ailleurs sur l’ancien président des Producteurs de lait du Québec, Daniel Gobeil, pour remporter l’élection partielle en cours dans Chicoutimi-Le Fjord.
Un pipeline dans l’entente
Le président Trump n’a pas révélé grand-chose d’autre quant au contenu de l’entente avec le Canada, hormis qu’il prévoit de ressusciter le défunt projet d’oléoduc Keystone XL, devant servir à transporter du pétrole de l’Alberta à l’État américain du Nebraska. Ce projet faisait déjà partie de négociations commerciales à l’automne qui n’ont débouché sur aucun accord.
Le milliardaire républicain est allé jusqu’à illustrer la relance du projet en publiant tard en soirée, mardi, une œuvre d’art numérique générée par intelligence artificielle le représentant en train de sortir du sol un énorme tuyau estampillé « Keystone », qui gisait sous une sépulture signée de son prédécesseur, Joe Biden.
Carney doit convaincre les provinces
Les premiers ministres des provinces et territoires auront l’occasion d’en savoir plus lors d’un appel prévu avec leur homologue fédéral, Mark Carney, en fin d’après-midi mercredi. Cette réunion virtuelle est prévue pour 16 h 30, selon son emploi du temps publié inhabituellement tard dans la journée.
La première ministre québécoise, Christine Fréchette, avait évoqué en matinée ne pas avoir « le portrait complet » de ce qui a été conclu. Elle a répété que le maintien de la gestion de l’offre laitière et protection de la culture québécoise constituent « des lignes rouges à ne pas dépasser » pour cette négociation.
La décision de remettre ou non l’alcool américain sur les étals de la Société des alcools du Québec lui revient pourtant. Mme Fréchette a récemment exprimé son souhait de ne remettre les bouteilles qu’en échange d’une entente commerciale qu’elle jugera « équitable » pour le Québec.
Le chef de l’opposition officielle du Canada, le conservateur Pierre Poilievre, a de nouveau offert son aide pour faire avancer les négociations. « On veut le deal que M. Carney a promis. Aucun tarif américain sur nos produits, ce serait un bon deal », a-t-il précisé mercredi.
Par voie de communiqué, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, exige aussi que les partis d’opposition soient mis au parfum de cette conclusion possible des négociations commerciales. « Le Bloc Québécois et, nous le croyons, les Québécois n’accepteront aucune concession à la gestion de l’offre », écrit-il en guise de mise en garde.
Le premier ministre devait d’abord parler à tous ses ministres vers 15 h. Son ministre Dominic LeBlanc a d’ailleurs pris le premier vol pour revenir à Ottawa, mercredi après-midi.
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