Abolir Santé Québec pour reconstruire le réseau
Le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, a d’abord annoncé son intention d’abolir Santé Québec, éliminant du même coup quelques centaines de fonctionnaires. En campagne électorale, il a dit vouloir en conserver une partie tout en suggérant qu’on la remplace par une agence intégrée au ministère de la Santé.
Faut-il rappeler que la création de Santé Québec n’est que le couronnement d’un mouvement de centralisation qui s’est développé progressivement depuis une vingtaine d’années sous le triumvirat Couillard-Barrette-Dubé ? Pour des fins bureaucratiques, on a voulu transformer le réseau de la santé en un système de santé : un seul employeur, des normes uniformes, des statistiques globales, etc. Avec un résultat désastreux, car comment penser qu’une réalité aussi complexe et diversifiée que la santé de toute une population pourrait être efficacement gérée par un seul établissement gigantesque aux dimensions du Québec ?
Par ailleurs, ce serait rater entièrement la réforme que de se contenter de remplacer une structure par une autre. Au contraire, ce dont le Québec a besoin, c’est un changement complet d’orientation, en réalisant rapidement une décentralisation du système pour revenir à un réseau d’établissements autonomes ayant une véritable autorité de gestion. Pour cela, il faut redonner aux établissements leur conseil d’administration, formé par des gens de leur milieu. C’est le cœur de leur autonomie. Chaque direction doit avoir à cœur de bien servir son milieu, et chaque milieu doit pouvoir se réapproprier son hôpital, ses CLSC, ses CHSLD et être fier de contribuer financièrement à leur développement. Comme c’était le cas auparavant.
À l’heure actuelle, les établissements hospitaliers, surtout ceux situés en région, sont en train de perdre en douce leur identité propre. Leur nom officiel est changé pour y ajouter le nom du CIUSSS ou du CISSS dont ils dépendent. Ils n’ont plus d’adresse Internet, et doivent utiliser celle du CIUSSS ou du CISSS. On ne peut pas leur faire de dons sans passer par leur CIUSSS ou CISSS, dont dépend aussi leur stationnement. Même chose également pour les CLSC et les CHSLD. En réalité, tous les établissements de santé au Québec (sauf les plus grands, qui sont hors système) sont devenus ou sont en train de devenir de simples succursales de Santé Québec, comme s’ils étaient des succursales de la SAQ ! Il est urgent de renverser la vapeur.
Je parle en connaissance de cause : j’ai été membre et président du conseil d’administration de l’Institut de cardiologie de Montréal pendant une dizaine d’années, et je suis encore membre du conseil d’une maison de soins palliatifs. Chacun de ces établissements reçoit chaque année plusieurs millions de dollars en dons de la population, car la contribution du gouvernement est insuffisante. Ils sont autonomes et la qualité de leurs services est reconnue de tous. Étant hors système, tous deux jouissent d’un conseil d’administration fort qui joue un rôle déterminant dans leur fonctionnement, leur développement et leur financement. Il en va heureusement de même des quelques autres établissements hors système, comme le CHU Sainte-Justine, le CHUM et le CUSM.
En remettant l’autorité de gestion aux établissements de première ligne, on pourra se débarrasser de multiples structures intermédiaires (CIUSSS, CISSS, etc.), qui deviendront alors largement inutiles. Heureusement, un bon nombre des personnes qui occupent ces fonctions administratives proviennent du domaine de la santé (médecins, infirmières, techniciens, etc.) et pourront réintégrer des emplois de première ligne dont nous avons terriblement besoin.
Le ministère de la Santé lui-même doit se réformer pour jouer un nouveau rôle d’accompagnateur à l’égard du réseau en surveillant les résultats plutôt que les moyens employés. Ce qui permettra de réduire ses effectifs.
Évidemment, tout réseau décentralisé implique que ses établissements diffèrent les uns des autres. Mais ce n’est pas nécessairement un défaut, comme on aime souvent le dire. Une certaine émulation entre les établissements peut au contraire dynamiser tout le réseau. Ce qui importe vraiment est non seulement de se débarrasser d’un système lourd, inflexible et difficile d’accès, qui souffre d’hypertrophie administrative et qui coûte trop cher, mais surtout de remettre sur pied un réseau bien implanté dans ses différents milieux, avec lequel nous sommes familiers et qui peut encore bien nous servir.
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