Hôpital en santé mentale Albert-Prévost | Un nouveau service des urgences psychiatriques grâce à un don privé

Une personne anxieuse de 85 ans à côté d’un jeune de 18 ans en psychose. Un mètre et demi sépare leurs civières, installées dans une petite salle commune. Autour d’eux, aucun rideau. La scène, fictive en ce mardi matin, survient souvent à l’urgence de l’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost, à Montréal. Mais peut-être plus pour longtemps.
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La Fondation Lise et Giuseppe Racanelli vient de faire un don de 20 millions de dollars, dont 15 serviront à agrandir et rénover le service des urgences d’Albert-Prévost – le reste ira à une nouvelle chaire de recherche en schizophrénie, créée avec l’Université de Montréal.
La famille de philanthropes connaît bien l’hôpital. Un proche schizophrène y est suivi depuis plus de 35 ans. « On a rapidement compris que, malgré le personnel très talentueux, malgré les meilleures intentions du monde, l’urgence elle-même est quand même assez vétuste », affirme la présidente de la Fondation, Véronique Racanelli.
Son proche s’est retrouvé sur l’une des quatre civières de la salle commune des urgences. « C’est vraiment un dortoir, dit-elle. Il n’y a aucune intimité. » Pas de confidentialité non plus. « C’est d’une autre époque », résume Véronique Racanelli.
Les urgences étaient calmes lors du passage de La Presse mardi. Un patient regardait le téléviseur dans la salle commune, à proximité d’un autre malade souffrant de paranoïa. Le calme, après la tempête de la veille. L’unité, qui compte six chambres individuelles et quatre civières, débordait lundi. Des patients hurlaient, selon l’équipe.
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PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
Le psychiatre Alexis Thibault dans le poste vitré du personnel, face à la salle commune où sont installés les patients sur civière
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Une chambre individuelle du service des urgences
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Une des deux salles d’isolement. Le personnel l’utilise parfois pour y installer des patients qui sont incapables de dormir dans la salle commune.
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Le plancher de la salle d’attente des urgences
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La salle d’attente ne compte que 13 sièges, ce qui laisse peu de places pour les proches des patients.
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L’échangeur d’air doit être réparé dans le poste infirmier des urgences. En attendant, le personnel fait « du raboutage » et utilise des feuilles de papier pour bloquer les courants d’air.
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« La promiscuité, ce n’est jamais bénéfique pour personne, surtout pas pour les patients », dit, derrière le poste vitré du personnel, Rachid Souilem, intervenant spécialisé en pacification et sécurité à l’urgence. « Quand on a un seul patient qui est désorganisé, il désorganise tout le monde. »
Et la dignité de tous est « atteinte », se désole le psychiatre Alexis Thibault. « Les équipes, on fait de notre mieux, dit-il. Mais ce n’est pas un milieu propice pour le rétablissement, pour le repos. »
Les familles manquent d’espace pour accompagner leur proche, déplore le Dr Thibault. Des parents de jeunes qui font leur première psychose, par exemple, voudraient passer la nuit aux urgences avec leur enfant, cite-t-il comme exemple. La plupart se résignent à retourner à la maison, selon le psychiatre. Ceux qui restent « dorment sur le fauteuil qui n’est pas inclinable », précise-t-il.
Un service des urgences deux fois plus grand
Grâce au projet, le service des urgences doublera de superficie. L’unité comptera trois salles d’isolement – plutôt que deux – ainsi qu’une ou deux « salles d’apaisement », indique le Dr Thibault. « Une salle où on peut se retirer un peu de soi-même, avec, par exemple, de la musique et des sons apaisants », explique-t-il.
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Sophie Desjardins, aide-infirmière-cheffe à l’urgence, a terminé un quart de nuit et amorce celui de jour. Il manque de personnel, explique-t-elle.
À l’heure actuelle, le personnel doit « jouer à l’iso musicale » – c’est-à-dire aux chaises musicales avec les salles d’isolement – lorsque plus de deux patients doivent être isolés, indique Sophie Desjardins, aide-infirmière-cheffe à l’urgence.
« Quand un est plus calme, on le sort pour rentrer l’autre, dit-elle. Des fois, tu viens de donner une médication, il s’est endormi – c’est un peu l’effet souhaité. Tu ne veux pas le réveiller. En même temps, il y en a un qui désorganise toute l’unité et qui a besoin de soins. »
Le nouveau service des urgences comportera un espace commun pour les patients – il n’y a pas de salon en ce moment – ainsi qu’une ou deux salles pour les familles, selon le Dr Thibault. Quatre bureaux de consultation (ou d’entrevues) s’ajouteront aux deux actuels afin de permettre aux médecins, aux professionnels, aux équipes et aux organismes communautaires de rencontrer les patients.
L’échéancier des travaux n’est pas encore déterminé, selon Santé Québec Nord-de-l’Île-de-Montréal–Universitaire. Mais Véronique Racanelli s’avance : l’agrandissement pourrait être achevé en 2030. D’ici là, les urgences demeureront ouvertes.
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L’entrée du service des urgences de l’Hôpital en santé mentale Albert-Prévost
Un projet de 25 millions
Le projet d’agrandissement du service des urgences s’élève à 25 millions de dollars, selon Julie Pouliot, PDG de la Fondation de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, qui a pour mission de soutenir trois hôpitaux universitaires, dont Albert-Prévost.
Outre les 15 millions de la famille Racanelli, la Fondation a amassé quelques millions en dons privés dans le cadre d’une campagne majeure, précise-t-elle. La contribution de Santé Québec est « relativement petite », selon Julie Pouliot. « Généralement, dans nos projets, c’est beaucoup plus égal », affirme-t-elle.
La famille Racanelli, qui travaille sur le projet depuis environ cinq ans, n’a pas voulu attendre le financement public pour mettre le pied sur l’accélérateur. « On espère que si les gens voient des familles qui commencent à se mobiliser et acceptent de parler de leur histoire personnelle, cela va créer un engouement et peut-être qu’on aura la chance de voir d’autres urgences psychiatriques recevoir des sous », dit Véronique Racanelli.
Un autre service des urgences modernisé grâce à un don privé
La modernisation du service des urgences de l’hôpital St. Mary, à Montréal, débute. Le projet de 16,3 millions de dollars est « entièrement financé grâce à la philanthropie », c’est-à-dire des dons offerts à la fondation du centre hospitalier, indique Santé Québec de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal–Universitaire. Le nouveau service des urgences comportera davantage de salles d’examen, une zone d’évaluation rapide de cinq places et l’aménagement d’espaces supplémentaires pour les civières, entre autres. Il demeurera ouvert pendant la durée des travaux.
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