La démocratie reprend ses droits
Il avait lui-même commandé un référendum sur sa performance à la tête des États-Unis, clamant à qui voulait l’entendre qu’il fallait que les Américains « fassent comme si [il] était sur le bulletin de vote ». Le président Donald Trump a été pris à son propre jeu. Les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat. Après deux ans de tyrannie, de mensonges et de mégalomanie destructrice, les Américains veulent voir un nouveau cycle de gouvernance.
Impossible de ne pas décoder dans le vote du 3 novembre l’expression d’une profonde insatisfaction et colère envers les orientations qu’a prises le pays sous la gouverne de M. Trump. Pendant deux années complètes, le Congrès américain a été réduit à un rôle de spectateur observant le président gouverner à coups de décrets (292 depuis janvier 2025). La mécanique des contre-pouvoirs pourra-t-elle retrouver un certain équilibre maintenant que les deux chambres sont dirigées par les démocrates ? L’espoir est permis, même s’il demeure fragile. Le retour d’un certain contrepoids pourrait colorer les deux dernières années de ce mandat présidentiel — mais, pour s’entêter et régner, Trump aura toujours son droit de veto en poche.
Bastion républicain, symbole de l’adhésion incommensurable au Make America Great Again (MAGA) de Donald Trump, le Texas a basculé mardi dans le camp démocrate, élisant sénateur le jeune James Talarico, 37 ans. L’ex-enseignant a battu le républicain Ken Paxton, grand allié de Trump, visé par des allégations de fraude et de corruption. Là où Trump croyait retrouver des pions solides pour porter sa voix, on a vu au contraire autant de failles dans sa stratégie. Quand même le Texas peut changer de main, c’est que le vote conserve tout son pouvoir. D’autres bastions sont tombés : Kansas, Iowa, Caroline du Sud, Ohio. Dans le Maine, la républicaine Susan Collins a même été battue, après trente ans de carrière au Sénat.
Comment la muraille républicaine s’est-elle ainsi effondrée ? C’est Trump lui-même qui lui a porté des coups fatals. Alors qu’il continuait jusqu’à mardi soir, en pleine défaite, de clamer que l’économie sous sa présidence n’avait jamais été aussi florissante, les électeurs lui ont opposé un démenti cinglant. Au cœur du désaveu auquel nous assistons tous gît une économie dont souffrent les consommateurs, aux prises avec une inflation en hausse. Les tarifs douaniers et la hausse galopante du prix de l’essence marquent les Américains dans leur quotidien. Cela n’a pas pardonné.
Le choc à la pompe n’est pas étranger à la guerre en Iran, déclenchée par un président américain persécuteur. Même si, aujourd’hui encore, Trump s’en félicite, cet assaut demeure incompris par les Américains, qui en ont fait une autre grande source d’exaspération. Une forte proportion d’électeurs demeure sensible à la nécessité d’agir pour limiter les flux d’immigration aux États-Unis, mais ils ont été révoltés par la manière dont cela s’est opéré sous la baguette ignoble de l’ICE, devenu le symbole de la violence la plus vile. Au Texas, où 40 % de la population est hispanique et avait offert un puissant soutien à Trump lors de l’élection présidentielle, on a assisté à un véritable renversement, ce groupe d’électeurs ayant vu certains des leurs subir les assauts de l’ICE sur la simple base de leur couleur de peau.
La démocratie s’est à ce point effilochée sous la direction de Donald Trump qu’on s’étonne aujourd’hui d’apprendre que le principal intéressé semble accepter que le vote du 3 novembre constitue ce qu’on appelle une défaite. C’est que Trump n’a encore jamais reconnu son revers à l’élection présidentielle de 2020 et l’énergie consacrée à contester cette grande fraude électorale, à ses yeux, a été disproportionnée. S’il semble accepter le résultat du vote, il n’est pas encore prêt à en porter une part de responsabilité.
Les Américains en avaient peut-être marre après tout du décalage qu’incarne cet homme qui a bâti sa popularité en 2024 sur la promesse de jours meilleurs mais gouverne au gré de ses extravagances, loin des intérêts de sa base de fidèles. Pour illustrer cette discordance, une image vaut mille mots. La veille du vote, plutôt que de tenir un ultime rassemblement à parler d’économie, Donald Trump a choisi de prononcer une allocution d’environ une heure devant la Lincoln Memorial Reflecting Pool, vantant l’importance des travaux de rénovation du bassin en multipliant les détails techniques et ennuyeux.
L’indécence a un prix. C’est ce que Trump découvre peut-être aujourd’hui, car le verdict est sans appel. Puisque le président est « absolument disposé » à accepter ces résultats, comme il l’a confié mardi soir au New York Times, le véritable test démocratique résidera dans sa capacité à manœuvrer avec les chambres. Les démocrates possèdent des clés : le pouvoir d’enquête, le contrôle du budget, la capacité de bloquer des nominations avec le Sénat. Trump a affirmé vouloir collaborer avec les démocrates, mais ces paroles sont peut-être éphémères. Un nouveau chapitre s’ouvre à la Maison-Blanche, qui mettra autrement la démocratie à l’épreuve.
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