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Wednesday, August 19, 2026

«On voit une montée en puissance de la capacité en volume et en distance des Ukrainiens à frapper le territoire russe»

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C'est la plus grosse attaque de drones sur Moscou en deux ans, selon l'agence Itar-Tass. 620 drones ont été lancés sur la capitale et sa région la nuit dernière, précise le maire de Moscou. Beaucoup ont été interceptés mais il y aurait 3 blessés. Dimanche déjà, une attaque similaire avait fait 12 morts en Russie. L'Ukraine accentue donc sa pression sur Moscou. Entretien avec Ulrich Bounat, analyste géopolitique, chercheur associé à Euro Creativ.

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RFI : Comment expliquer la montée en puissance des frappes de drones ukrainiens, tant en volume qu’en portée ?

Ulrich Bounat : Ce qui frappe, c'est cette capacité désormais des Ukrainiens à envoyer quasiment quotidiennement 500 à 600 drones en direction de Moscou. Donc on voit une montée en puissance de la capacité en volume et en distance des Ukrainiens à frapper le territoire russe. Pour les chiffres qui tournent, notamment pour le FP-1, qui est l'un des principaux drones utilisés pour ces frappes longue distance, c'est 300 drones produits par jour. Donc ça vous donne une idée des volumes colossaux qui sont désormais produits par les Ukrainiens pour réaliser ce genre de frappes.

Et l'autre aspect, c'est une volonté de mettre une pression politique sur la Russie qui elle-même envoie des missiles balistiques pour mettre sa propre pression politique. Mais il y a probablement une volonté de la part des Ukrainiens de monter en puissance. C'est la raison pour laquelle je pense que c'est essentiellement l'oblast de Moscou qui est visé, parce que c'est sans doute celui qui est le plus visible de l'ensemble des Russes. Et il est probable aussi que les Ukrainiens se calent un peu sur le calendrier politique en Russie. Il y aura des élections législatives dans un mois maintenant, entre le 18 et le 20 septembre. Et donc les Ukrainiens essaient de faire en sorte que la population soit de plus en plus exaspérée juste avant les élections pour essayer de voir si ça fait bouger le Kremlin dans sa posture par rapport à la guerre en Ukraine.

Vous l'évoquiez il y a un instant, Moscou répond toujours en envoyant beaucoup de drones, mais il y a aussi beaucoup d'attaques de missiles, alors que l'Ukraine n'envoie pas encore par des missiles.

Non, mais ça va venir. Effectivement, pour l'instant, les Ukrainiens répliquent avec ce qu'ils ont, c'est-à-dire essentiellement des drones, mais qui sont de plus en plus sophistiqués, qui vont de plus en plus loin et qui prennent de plus en plus de charge utile en termes d'explosifs.

Mais en revanche, dans cette phase d'escalade, on sait que les Ukrainiens sont en train de développer leurs propres missiles balistiques, et on peut s'attendre cet automne et cet hiver à des échanges de tirs de missiles balistiques entre les deux parties. On peut par exemple citer le FP-9 qui est un missile balistique en cours de finalisation de développement par les Ukrainiens qui emporte 800 kilos d'explosifs. Un drone, c'est à peu près 100-150 kilos d'explosifs, donc ça vous donne une idée du type de dégâts que cela peut engendrer dans les prochaines semaines.

Et il est très probable que, n'ayant pas d'intercepteurs anti-balistiques, les Ukrainiens vont essayer en quelque sorte de dissuader Vladimir Poutine d'envoyer des missiles balistiques sur l'Ukraine en envoyant eux-mêmes leurs propres missiles balistiques sur la Russie.

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Parmi les cibles, il y a eu une fois de plus un entrepôt de Wildberries, ce n'est pas la première fois, mais pourquoi les Ukrainiens visent-ils ce géant de l'e-commerce ?

Effectivement, ce sont des frappes extrêmement régulières. On est désormais à 70% à peu près des capacités logistiques de Wildberries qui ont été soit détruites, soit partiellement endommagées. Il y a différentes raisons derrière. La première raison, c'est celle qui est le plus mise en avant par les Ukrainiens, une raison un peu militaire.

Wildberries est un peu l'Amazon russe, mais à double usage. Il y a des possibilités pour les militaires russes d'acheter du matériel militaire directement dessus, notamment des équipements de protection individuelle, des équipements de premiers secours ou des bobines de fil de fibre optique pour équiper les drones FPV. Donc il y a une vraie raison militaire opérationnelle derrière.

Mais la véritable raison, c'est l'impact économique, que ce soit sur les petits entrepreneurs qui, du coup, voient leurs stocks partir en fumée, sans assurance, dans les entrepôts de Wildberries, que ce soit sur l'impact économique en soi. Wildberries, c'est aussi une banque. C'est aussi un groupe extrêmement endetté, 13 milliards de dettes auprès des principales banques russes. Et donc effectivement, si vous arrivez à faire tomber Wildberries, ça peut avoir une espèce d'effet en chaîne sur l'ensemble de l'économie russe. Et dernier point, il y a un effet psychologique. Quand vous avez 250 000 m² qui partent en fumée comme il y a deux jours aux portes de Moscou, c'est un incendie qui est vu par l'ensemble de la population moscovite. Et donc ça fait rentrer la guerre véritablement dans le quotidien des Russes.

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