Ingérence étrangère : le patron du renseignement canadien lance un appel à la vigilance

Les élections et les référendums au Canada peuvent être la cible d’ingérence étrangère, indique le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Daniel Rogers. En entrevue à l’émission Les coulisses du pouvoir, il invite les citoyens à la prudence, au fédéral comme au provincial.
Il y a un risque d'ingérence étrangère dans tous les processus démocratiques, que ce soit au fédéral ou au provincial, un référendum ou une élection
, affirme, d'entrée de jeu, le numéro un du contre-espionnage canadien.
M. Rogers note que les divisions politiques internes peuvent offrir aux acteurs étrangers des occasions de s’ingérer dans le jeu démocratique canadien, notamment en ligne. On sait qu’on doit être vigilants et prudents
, prévient-il.
L'entrevue avec le directeur du SCRS est présentée dans le cadre de l’émission Les coulisses du pouvoir, diffusée dimanche à 11 h HAE sur ICI TÉLÉ et ICI RDI (en rediffusion à 21 h 30 à ICI RDI). L'épisode sera offert en rattrapage sur le site Internet de l’émission ainsi que sur ICI TOU.TV (nouvelle fenêtre).
Élection ou référendum : un niveau de risque différent?
Pour le directeur du SCRS, c’est surtout le caractère polarisant d’un enjeu démocratique, c’est-à-dire l’élément le plus à même de diviser la société en camps opposés, qui constitue une vulnérabilité.
Je ne sais pas si c’est vraiment pire, un référendum ou une élection. Mais s’il y a une opportunité pour un acteur, un pays étranger, de polariser les opinions et la société
, là, il y a un processus d’ingérence, explique-t-il.
M. Rogers ne dit pas toutefois si la menace d’ingérence s’est aggravée au cours des dernières années. C’est un phénomène qui n’a pas diminué, qui reste présent et qui est sérieux
, fait-il remarquer.
On fait beaucoup d'efforts, maintenant, de partager les informations avec les Canadiens [...]. On parle de plus en plus avec les provinces, les territoires et les communautés.
Une menace en évolution
En plus des scrutins, M. Rogers explique que l’ingérence étrangère peut également se manifester dans la répression transnationale.
C’est le cas, par exemple, d’une personne établie au Canada qui pourrait faire l’objet de pressions ou de représailles de la part d’un pays après avoir exprimé une opinion défavorable à son égard, notamment au moyen de menaces contre ses proches à l’étranger.
Ce pays peut dire : "Si vous faites ça, si vous dites ces choses, des ennuis vont arriver à votre famille ici"
, fait-il remarquer.

Le directeur du SCRS, Daniel Rogers, en entrevue avec Daniel Thibeault à l'émission « Les coulisses du pouvoir »
Photo : Radio-Canada
Mais l’ingérence étrangère n’est qu’une partie des menaces auxquelles le SCRS s’attaque tous les jours. Aux côtés d’elle se trouvent de nombreux autres périls, comme le terrorisme religieux.
Cette année, nous avons plus d’enquêtes sur le terrorisme religieux que l’année dernière, mais les chiffres changent de jour en jour
, fait remarquer Daniel Rogers. Il insiste sur la menace que représentent les individus qui glissent vers l’extrémisme religieux sur Internet et qui seraient susceptibles de passer à l’acte avec des moyens accessibles au Canada.
Nous sommes inquiets des personnes qui se radicalisent en ligne et qui veulent mener une attaque ou passer à l’acte ici au Canada, peut-être avec une voiture ou un fusil acheté ici.
Il y a beaucoup de menaces en même temps et c’est difficile de savoir ce qu’on doit prioriser avec les ressources qu’on a
, constate-t-il, notant que la menace évolue et change toujours
.
Sa réponse à PSPP
Daniel Rogers a également réagi aux propos tenus en mai dernier par le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, qui avait dit craindre que son parti soit espionné par Ottawa. Le chef péquiste reconnaissait cependant, à ce moment, ne pas disposer de preuves concrètes.
J’ai vu ces commentaires avec un peu de surprise
, rétorque le directeur du SCRS, rappelant les limites du mandat du service qu’il dirige.
Je ne peux pas donner les détails de nos opérations, mais je peux dire pleinement que nous ne menons pas d’enquêtes sur les associations politiques
, dit-il.
M. Rogers précise que le SCRS enquête uniquement sur des sujets en lien avec la sécurité nationale, le terrorisme, l'ingérence étrangère, l'espionnage et le sabotage
.
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