Le cadeau du métro
Le 60e anniversaire du métro de Montréal nous renvoie à une époque révolue, où la métropole avait des idées de grandeur et de l’ambition. Il faut revoir les reportages de l’époque, ou encore remonter le fil des souvenirs avec le lectorat du Devoir, pour constater à quel point cet inestimable actif a embelli le visage de Montréal.
Ce jalon offre aussi l’occasion de se projeter vers l’avant. Et les réjouissances sont de courte durée. Déficit d’entretien des infrastructures, délabrement des stations, diminution du service après la pandémie, insécurité et incivilités : le métro de Montréal n’est plus cet écrin de luxe qui faisait la fierté de Montréal et qui symbolisait ses ambitions de rayonnement international.
Les incivilités et le sentiment d’insécurité frappent l’imaginaire, et ils ne sauraient être tolérés au nom d’une fausse idée de la compassion. Le métro n’est pas un refuge. Il ne devrait pas servir de faux-semblant pour dissimuler la faillite politique que représente la prise en charge de l’itinérance à Montréal. C’est un actif inestimable, indissociable du succès de la lutte contre les changements climatiques et de l’aménagement responsable du territoire.
Pour conserver l’attrait du métro par rapport aux autres modes de transport, la véritable bataille des prochaines décennies portera surtout sur le déficit d’entretien des infrastructures. Oui, il s’agit bien de ce sujet terne pour les politiciens, qui préfèrent promettre du neuf. À cet égard, le Parti québécois a détonné dans la campagne. Le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, a promis autant un nouveau lien structurant de Pointe-aux-Trembles à Repentigny qu’un remplacement des voitures M-73 du métro, vieilles de 50 ans, et un bouclage intéressant des stations Anjou (ligne bleue) et Honoré-Beaugrand (ligne verte).
Selon un rapport récent de l’Alliance Transit, l’enveloppe pour le maintien du transport collectif stagne depuis 13 ans et elle ne couvre que le cinquième des besoins de la Société de transport de Montréal (STM). Ce retard abyssal met le métro de Montréal en situation de précarité. Une station sur deux est aujourd’hui en mauvais état. La STM évalue que le déficit d’investissement dans le métro est désormais de 7 milliards. Il faudrait investir plus d’un demi-milliard par année pour éviter que l’écart se creuse encore.
Les usagers du métro sont à même de constater que les œuvres d’art et les aménagements originaux ont perdu de leur superbe dans certaines stations. Les bris d’équipement, en hausse de 267 % en 10 ans, représentent un irritant de plus dans l’expérience usager. Les voitures M-73 ont vécu. Qu’à cela ne tienne ! Elles seront redéployées sur la ligne verte avec l’expansion prochaine de la ligne bleue vers Anjou, le deuxième projet d’expansion seulement en près de 40 ans (après le prolongement de la ligne orange à Laval, en 2007).
Le déficit d’entretien des infrastructures pose inévitablement la question de la tarification des services. On n’arrivera pas à redresser la situation en demandant uniquement à la STM d’en faire plus pour limiter ses coûts. Cette exigence incontournable ne représente qu’une partie de la solution. Dans l’agglomération montréalaise comme à Québec, il faudra des élus courageux pour trouver de nouvelles sources de revenus pour le financement du transport collectif : indexation de la taxe sur les carburants et de la contribution aux transports collectifs prélevée sur les frais d’immatriculation, péage, tarification kilométrique, etc.
Ce débat revêt une portée nationale, car de nombreuses villes, hors de l’agglomération montréalaise, demandent aussi des investissements en transport collectif au bénéfice de leurs résidents. Si l’on en juge par l’allure des débats en campagne, le fruit n’est pas mûr pour des gestes nécessitant un tel courage. Nos élus préfèrent encore promettre le beurre et l’argent du beurre.
On ne réalise pas à quel point le métro et l’offre de transport collectif en général ont changé le rapport des Montréalais à l’occupation du territoire. Le métro va de pair avec la densification et l’utilisation responsable et durable de l’espace. C’est un formidable instrument d’égalité des chances qui assure la mobilité des citoyens de toutes les classes sociales qui ont la chance de compter sur une station à portée de marche.
Le développement du métro, hélas, ne s’accompagne plus d’un idéal de justice sociale, sinon il serait rendu à Montréal-Nord ou à Rivière-des-Prairies depuis belle lurette. Qualifiée de colonne vertébrale du développement de la métropole par le président du conseil d’administration de la STM, Aref Salem, cette fourmilière de tunnels demeure un actif irremplaçable. Le métro mérite un réinvestissement massif, en entretien et en expansion. Ce n’est pas une dépense, ni un luxe, mais plutôt un cadeau pour la postérité.
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