Ce chef-d’œuvre du cinéma sorti en 2007 avait déjà tout compris de l'Amérique de Donald Trump

Ce week-end, nous avons traversé le Texas d’est en ouest. De longues heures de route droite sous un ciel immense. Le Texas est un pays à part entière. Espagnol, puis mexicain, il fut même un temps un territoire indépendant avant d’être annexé par les États-Unis en 1845. Et cette indépendance, même si elle n’a duré que dix ans, reste inscrite dans la mémoire collective. C’est pour cela qu’ici, les gens disent souvent qu’ils sont Texans avant d’être Américains.
Côté films, on aurait pu s’arrêter sur Paris, Texas de Wim Wenders, Boyhood de Richard Linklater, Sicario de Denis Villeneuve, Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hopper ou la formidable adaptation du roman de Cormac McCarthy par les frères Coen : No Country for Old Men. JFK d’Oliver Stone aussi, puisque c’est à Dallas que John Fitzgerald Kennedy a été assassiné en 1963.
Mais notre choix se porte plutôt sur There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day-Lewis, sorti en 2007. Parce qu’ici, la collision entre fric et religion est saisissante.
Nous sommes à la fin du XIXe siècle. Daniel Plainview est prospecteur. Il cherche d'abord de l'or, puis du pétrole. Il achète des terres à des fermiers qui ne savent pas ce qu'elles contiennent. Il construit des derricks. Il fore. Il brûle. Et il s'enrichit.
Anderson filme donc la naissance du capitalisme pétrolier américain. Son personnage est emblématique. C’est un homme qui veut accumuler sans limite, sans morale, et sans autre loi que celle de la croissance. Il y a d’ailleurs une scène au début du film qui explique tout de lui. Vingt minutes sans le moindre dialogue. Où on le voit travailler seul, tomber dans un puits, se casser la jambe, se traîner jusqu'à la ville pour toucher son dû. Pas un mot. Juste un homme et sa folie.
Face à Plainview, il y a Eli Sunday, un prédicateur évangélique de la même ville pétrolière. Il dirige une petite église, "l'Église de la Troisième Révélation". Il sait que l'argent du pétrole est là. Et il en veut sa part.
Ce face-à-face est le cœur du film. Deux hommes qui veulent la même chose (le pouvoir, l'argent, la domination) et qui utilisent deux moyens différents pour l'obtenir. L'un parle de pétrole. L'autre parle de Dieu.
Paul Thomas Anderson montre que le pétrole et la religion évangélique se sont construits ensemble au Texas. Les grandes familles pétrolières texanes ont financé des mouvements évangéliques, des universités chrétiennes, des télévangélistes. Et cette alliance, au fil des décennies, a donné naissance à un mouvement politique décapant : la droite chrétienne américaine. Celle-là même qui gouverne aujourd'hui le Parti républicain et qui a mis Trump au pouvoir deux fois.
L'Amérique d'aujourd'hui, celle de Trump, du pétrole toujours roi, de la dérégulation climatique, des évangélistes au gouvernement, c’est exactement ce que ce film annonçait en 2007.
There Will Be Blood est donc à voir ou revoir pour comprendre comment le Texas et l’Amérique se sont construits sur le pétrole et Dieu. Et pour pouvoir mieux comprendre ces images incroyables pour nous, de prières et autres bénédictions de Donald Trump à l’intérieur même du Bureau ovale.
Demain, nous arriverons au Nouveau-Mexique. Il sera donc question d’un certain Walter White.
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