L’administration Trump assouplit les normes de consommation de carburant

Aux États-Unis, l’administration Trump a publié lundi de nouvelles normes de consommation de carburant, assouplissant les exigences réglementaires imposées aux constructeurs automobiles en matière de lutte contre la pollution générée par les voitures et les véhicules utilitaires légers à essence.
Les nouvelles règles ont été rendues publiques peu après que le président Donald Trump a rejeté une proposition iranienne visant à ouvrir le détroit d’Ormuz, ce qui a fait grimper en flèche les prix du pétrole.
Ce changement s’inscrit dans la lignée de la promesse de Donald Trump d’abroger les mesures qui encourageaient ou offraient des incitatifs à la production de véhicules électriques. Il exposera, à terme, les Américains à davantage de pollution automobile contribuant au réchauffement climatique.
Les normes de consommation, connues sous le nom de Corporate Average Fuel Economy
(CAFE), sont en vigueur depuis la crise énergétique des années 1970 et définissent la distance que les véhicules neufs doivent parcourir avec un gallon d’essence. Au fil du temps, les constructeurs automobiles ont progressivement amélioré le rendement moyen de leurs véhicules.
Le département des Transports et l’Administration nationale de la sécurité routière (NHTSA) ont estimé que les normes définitives correspondraient à une moyenne combinée, à l’échelle de l’ensemble du parc automobile, d’environ 34,9 milles par gallon (14,84 km/l) pour les voitures particulières et les véhicules utilitaires légers de l’année automobile 2031.
Ce chiffre est en hausse par rapport aux 30,1 milles par gallon (12,80 km/l) prévus pour l’année automobile 2024, mais en baisse par rapport aux 50,4 milles par gallon (21,43 km/l) prévus pour 2031 dans le cadre des règles mises en place par l’administration Biden.
Grâce au leadership du président Trump, nous avons enfin mis fin à cette obligation illégale qui contraignait les constructeurs automobiles à produire des véhicules électriques plus chers dont les familles américaines ne veulent pas
, affirme le secrétaire aux Transports, Sean Duffy, dans une déclaration vantant l’abordabilité des véhicules.
La NHTSA avait prévu en décembre dernier que les nouvelles normes se situeraient autour de 34,5 milles par gallon (14,67 km/l).
Des groupes environnementaux inquiets
L’annonce de la révision des normes a immédiatement suscité des critiques de la part de défenseurs de l’environnement.
Le département des Transports a indiqué lundi que cette réglementation permettrait de réduire la consommation annuelle de pétrole en 2050 d’environ 1,3 milliard de barils par rapport à la consommation annuelle de 2024.
Or, lorsque les normes de 2024 sont entrées en vigueur, la NHTSA avait estimé qu’elles permettraient d’éviter la consommation de 14 milliards de gallons d’essence d’ici 2050. L’agence avait également indiqué que, même si les nouveaux véhicules économes en carburant coûtaient plus cher à l’achat, les économies réalisées sur l’essence tout au long de leur durée de vie compenseraient largement ce surcoût.
Les associations environnementales estiment aujourd’hui que, sans normes plus strictes, les voitures pourraient produire 22 111 tonnes de dioxyde de carbone (CO2) de plus par an qu’en vertu des règles de l’ère Biden en 2035.
Selon les experts, cette réglementation se traduirait également par 90 tonnes supplémentaires par an de particules de suie mortelles et 4870 tonnes supplémentaires par an de composants du smog, tels que les oxydes d’azote et les composés organiques volatils, rejetés dans l’atmosphère dans les années à venir.
Les transports représentent déjà une part importante des émissions totales de gaz à effet de serre des États-Unis qui contribuent au réchauffement de la planète; 28 %, selon la dernière estimation datant de 2022.
Cette réglementation ignore la faisabilité des technologies propres et les millions de voitures économes en carburant déjà en circulation
, affirme Dan Becker, directeur de la campagne Safe Climate Transport
(Transports respectueux du climat) de l’organisation Center for Biological Diversity, à propos de cette mesure.
Depuis son entrée en fonction, Donald Trump a également assoupli les règles relatives aux émissions des pots d’échappement, abrogé les amendes infligées aux constructeurs automobiles qui ne respectent pas les normes fédérales de consommation de carburant et supprimé les crédits à la consommation pouvant atteindre 7500 $ US (plus de 10 600 $ CA) pour l’achat de véhicules électriques.
Le président s’est engagé à plusieurs reprises à mettre fin à ce qu’il qualifie à tort d'obligation
sur les véhicules électriques, faisant référence de manière erronée à l’objectif de l'ancien président Joe Biden selon lequel la moitié des ventes de véhicules neufs devraient être électriques d’ici 2030. Aucune politique fédérale n’a jamais imposé aux constructeurs automobiles de vendre des véhicules électriques.
Selon les données de Cox Automotive, les véhicules électriques représentaient 5,7 % des ventes totales de véhicules neufs en août, contre 7,4 % pour l’ensemble de l’année 2025.
Katherine García, directrice de la campagne Clean Transportation for All
du Sierra Club, a promis que son association combattrait ce règlement et a déclaré que l’assouplissement des normes de consommation de carburant rendrait également la conduite plus coûteuse
.
Des voitures moins économes en carburant signifient une consommation d’essence plus importante, des dépenses plus élevées à la pompe et un air plus pollué dans nos communautés
, a fait valoir Mme García dans un communiqué.
La situation du secteur
Les constructeurs automobiles et des groupes industriels soulignent que ces nouvelles règles amélioreraient l’accès des Américains à toute la gamme de véhicules à essence dont ils ont besoin et qu’ils peuvent s’offrir.
La NHTSA a pris la bonne décision pour mieux aligner les normes de consommation de carburant sur la loi et les conditions actuelles du marché
, indique dans une déclaration John Bozzella, président et chef de la direction de l’Alliance for Automotive Innovation, qui représente l’industrie automobile nationale. Il ajoute que les normes précédentes imposaient de fait une transition vers les véhicules électriques qui était en décalage avec les réalités du marché et la demande des clients. La réglementation définitive adoptée aujourd’hui constitue un ajustement approprié.
Une personne porte-parole de Ford Motor Company, constructeur de la camionnette la plus vendue, le modèle F-150, dit saluer le travail du secrétaire Duffy et de l’administration visant à aligner la réglementation sur les réalités du marché. Alors que nous évaluons l’impact global de la réglementation définitive sur notre activité, nous continuerons à collaborer avec l’administration pour bâtir une industrie automobile américaine forte.
L’entreprise ajoute soutenir les objectifs de la réglementation et sa volonté de mieux adapter les normes de consommation de carburant aux réalités du marché
.
Stellantis a également salué ces changements.
Ces normes nous permettront d’offrir à nos clients la liberté de choisir parmi une gamme de véhicules et de motorisations qui répondent à leurs besoins, parmi les marques qu’ils aiment et en lesquelles ils ont confiance
, indique une personne porte-parole de Stellantis dans une déclaration.
Économies… ou hausse des coûts
Samedi, Donald Trump a écrit sur son compte Truth Social que l’assouplissement des exigences en matière de consommation permettrait de mettre fin au gaspillage lié à la construction de voitures aux États-Unis
et ferait économiser aux familles des milliers de dollars sur l’achat d’une voiture neuve, belle et sécuritaire
, tout en stimulant la production automobile aux États-Unis.
Le département des Transports réaffirme lundi que ces modifications réduiraient le coût moyen d’un véhicule neuf de 1300 $ US (plus de 1840 $ CA) et feraient économiser 138 milliards $ US (plus de 195 milliards $ CA) aux Américains au cours des cinq prochaines années.
Les Américains dépensent toutefois davantage en essence, la guerre menée par Washington contre l’Iran perturbant les flux mondiaux de carburant. Selon l’association automobile AAA, le prix moyen national du gallon d’essence s’élevait à 4,47 $ US (1,63 $ CA le litre) dimanche, contre 3,13 $ US (4,43 $ CA/l), il y a un an.
Trump sabote des normes raisonnables de consommation au pire moment possible pour les consommateurs, qui sont déjà frappés de plein fouet par des prix exorbitants à la pompe, pointe M. Becker, du Center for Biological Diversity. Ce sont les consommateurs qui paieront le prix de ces assouplissements irresponsables, tandis que les amis de Trump dans les grandes compagnies pétrolières et les grands constructeurs automobiles engrangeront des profits à court terme.
Des experts soulignent également que des règles moins strictes ne se traduisent pas nécessairement par une augmentation des achats de véhicules neufs par les consommateurs, alors que ces derniers pourraient être équipés de davantage de dispositifs de sécurité.
Selon les données du Kelley Blue Book, le prix moyen d’une voiture neuve aux États-Unis s’élevait à 50 089 $ US (70 964 $ CA) en août, franchissant la barre des 50 000 $ US pour la première fois depuis décembre dernier.
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