Des contre-tarifs canadiens pensés pour prévenir la surenchère avec Donald Trump
Le Canada passe à l’offensive en imposant ses propres droits de douane sur 27,6 milliards de dollars de produits américains, mais seulement sur ceux que les États-Unis surtaxent déjà, pour éviter d’aggraver le conflit avec le gouvernement Trump.
« On va se tenir debout pour vous, on va se tenir debout pour nos entreprises », a promis mardi le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, devant des travailleurs d’une usine à Ottawa, à deux semaines de l’entrée en vigueur de la réplique canadienne.
Dès le lendemain de la Fête du Travail, le 8 septembre, l’acier et l’aluminium sera frappé de la même surtaxe qu’il traverse la frontière vers le nord ou vers le sud : 50% de tarifs. Les meubles, les vêtements, le papier, les outils, les électroménager ou encore les produits de la mer connaîtront le même sort.
Le gouvernement canadien a choisi quelque 700 produits parmi une liste beaucoup plus longue de ses propres biens qui subissent présentement la politique tarifaire du gouvernement Trump, qu’ils soient dans la liste des biens « stratégiques » (article 232) ou des récentes surtaxes punitives (article 338).
Ottawa accole à cette sélection de produits un taux variant entre 15%, 25% ou 50%, pour que le tout s’applique sur des marchandises d’exacte même valeur totale que les plus récentes surtaxes américaines : 27,6 milliards de dollars canadiens.
Le ministère des Finances avait en tête l’objectif de réduire les importations canadiennes de certains produits pour que les entreprises canadiennes puissent leur faire meilleure compétition sur le marché intérieur. De hauts fonctionnaires ont expliqué aux journalistes avoir eu pour consigne de se limiter aux produits déjà surtaxés du côté américain pour éviter d’entraîner d’autres secteurs économiques dans le tourbillon du conflit commercial.
Le gouvernement fédéral a du même souffle annoncé mardi divers mesures d’aide aux entreprises et aux travailleurs, totalisant 7,5 milliards dollars.
Elles incluent par exemple un appui financier aux entreprises par le biais d’un nouveau volet du Fonds de réponse stratégique, ou encore la prolongation de huit mois des prestations d’assurance-emploi et le retrait de la semaine de délai avant de pouvoir les toucher.
Frapper où ça ne fait pas mal
Certains experts plaidaient plutôt pour une réponse du Canada plus stratégique, afin de frapper des groupes d’intérêts susceptibles d’influencer le président Trump.
«La bonne façon de répliquer, ce n’est pas de faire augmenter le coût de la vie au Canada ou de frapper les petites entreprises américaines, les travailleurs américains. Il faut frapper là où ça fait mal, frapper les groupes d’intérêts», a avancé Julian Karaguesian, chargé de cours au département d’économie de l’Université McGill, dans une entrevue réalisée avant l’annonce d’Ottawa.
Selon celui qui a notamment travaillé à l’ambassade américaine de 2007 à 2011, ce sont «les lobbys les plus puissants [qui ont le pouvoir de] faire changer d’idée le président».
Le Canada n’a pas annoncé lundi qu’il reculait sur les commandes d’avions de chasse F-35, par exemple, pas plus qu’il n’a signalé son intention de ramener la taxe sur les services numériques, ou «taxe Netflix», abandonnée pour amadouer le président Donald Trump lors d’une ronde de négociations précédente.
Le Bloc québécois avait exigé ces deux mesures pour répliquer au gouvernement Trump, suivant l’échec des négociations commerciales la fin de semaine dernière.
Cette stratégie d’apaisement survient au lendemain des propos de Mark Carney selon qui les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable au même titre que la Russie. Le gouvernement Trump se prépare d’ailleurs à accentuer la pression sur l’industrie automobile canadienne en imposant de nouvelles surtaxes de 50% sur les véhicules et les pièces dès janvier 2027.
Mardi matin, le président Donald Trump a pris le clavier pour une nouvelle salve de messages sur Internet dans laquelle il a notamment partagé son appréciation pour les Canadiens français et son souhait de renommer le Lac Ontario « Lac d’Amérique ».
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