Une rare piste d’empreintes de T. rex adulte découverte aux États-Unis

Pour la toute première fois, une piste d'empreintes d'un Tyrannosaurus rex (T. rex) adulte a été découverte dans la formation de Hell Creek, dans l’État américain du Dakota du Nord.
L’un de ses découvreurs, le paléontologue Tyler Lyson, du Musée de la nature et de la science de Denver, au Colorado, explique que cette série de quatre empreintes consécutives (droite, gauche, droite, gauche), préservée sur une distance d'environ 7 mètres, date d’il y a environ 66,5 millions d'années, à la fin du Crétacé.
Pour le chercheur François Therrien, du Musée royal Tyrrell de paléontologie, en Alberta, cette découverte exceptionnelle apporte un éclairage inédit sur le comportement de ce prédateur du Crétacé, environ 400 000 ans avant l'impact de l’astéroïde qui a mené à l'extinction massive des dinosaures
.

Reconstitution artistique de la piste laissée par un « T. rex ».
Photo : Musée de la nature et de la science de Denver / Andrey Atuchin
Une découverte d'une rareté exceptionnelle
Jusqu'à présent, seulement deux empreintes fossiles isolées de T. rex avaient été découvertes, l'une au Montana et l'autre au Nouveau-Mexique.
M. Therrien note que des traces de cousins proches du T. rex, comme le Gorgosaurus ou l'Albertosaurus, ont été mises au jour en Alberta et en Colombie-Britannique, mais jamais du très imposant T. rex.
Tyler Lyson indique que les probabilités que les empreintes appartiennent à un T. rex sont très élevées, en raison de leur taille exceptionnelle et de leur forme étroite à trois doigts.
François Therrien pense que le contexte géologique dans lequel les traces fossilisées ont été trouvées confirme ce diagnostic : Les roches datent de la toute fin du Crétacé, une période où le T. rex régnait en maître incontesté, ayant supplanté les autres espèces de tyrannosaures en Amérique du Nord.

Le « T. rex » fut décrit et baptisé par Henry Fairfield Osborn en 1905.
Photo : iStock / Evgeny Ostroushko
Un mode de conservation inhabituel
Outre la rareté de la piste, c'est le mode de fossilisation extrêmement particulier qui retient l'attention de François Therrien.
Contrairement aux impressions dans la boue ou aux empreintes sous une couche de roche, la piste a été conservée sous forme d'empreintes concrétionnaires
. Il y a une dizaine d'années, c’est lui qui a été le premier à reconnaître ce nouveau type de préservation d’empreintes et qui a décrit le mode de formation de ces dernières.
En voici les étapes :
- L'empreinte initiale : l'animal a posé son poids dans une boue très humide, mais suffisamment ferme pour garder la forme du pied.
- Un remplissage rapide : en quelques jours, la trace s'est remplie d'eau, de sédiments fins et de débris organiques (feuilles, plantes).
- L'action bactérienne : ensevelies sous d'autres couches, les bactéries ont décomposé la matière organique, altérant la chimie du milieu et provoquant la précipitation de minéraux durs.
- L'érosion finale : avec le temps, la roche environnante plus tendre s'est érodée, ne laissant que le moulage en relief sous forme d'une masse de fer extrêmement solide.
Repères
Tyrannosaurus rex est une espèce de très grand dinosaure carnivore (théropode).
Il mesurait jusqu’à 13 mètres de long, soit plus qu’un autobus scolaire, et pesait jusqu’à 10 tonnes, soit l’équivalent de deux éléphants d’Afrique.
Il vivait partout à l’intérieur de l’ouest de l’Amérique du Nord, depuis le centre de l’Alberta et le sud de la Saskatchewan, au nord, jusqu’au Mexique, au sud.
On a découvert trois squelettes de Tyrannosaurus rex au Canada, soit deux en Alberta et un en Saskatchewan. Le plus grand squelette connu, surnommé « Scotty », a été découvert en 1991 près de la ville d’Eastend, en Saskatchewan.

Scotty, désigné comme le plus grand tyrannosaure de la planète, a officiellement détrôné sa comparse Sue, de Chicago.
Photo : Photo fournie par Amanda Kelley / soumise par Scott Persons
Un géant qui marchait d'un pas tranquille
Dans leurs travaux publiés dans le Journal of Vertebrate Paleontology (nouvelle fenêtre) (en anglais), les auteurs estiment que l’animal propriétaire de ces empreintes se déplaçait à une vitesse d’environ 1,5 à 2 mètres par seconde.
Une allure relativement lente, mais tout à fait logique
, avance François Therrien.
Les animaux évitent généralement de courir dans des zones boueuses pour ne pas glisser, et ce type de terrain est précisément le seul capable de préserver de telles empreintes, ce qui crée un biais naturel dans les observations.
L’absence d'empreintes d'autres animaux sur ce site empêche de déterminer si l'animal chassait
, ajoute le paléontologue canadien.
Toutefois, comme la piste a été mise au jour en bordure d'une petite falaise, d’autres empreintes pourraient être découvertes à la suite de travaux futurs d'excavation, qui permettront peut-être un jour de découvrir la suite de cette promenade du Crétacé.
Les tyrannosaures d’Amérique du Nord
Il y a entre 77 et 69 millions d'années, plusieurs autres espèces de tyrannosaures coexistaient avec le T. rex sur le continent, dont certains spécimens atteignaient 9 à 10 mètres de longueur.
Il y a environ 66,4 millions d'années, cependant, pour une raison encore mystérieuse, il ne restait que le T. rex en Amérique du Nord. Ce dinosaure était devenu le prédateur ultime de l’écosystème, après la disparition d'autres espèces plus petites.
Pendant une grande partie du Crétacé, une immense mer intérieure coupait le continent du nord au sud, reliant l'océan Arctique au golfe du Mexique.
Le climat mondial était beaucoup plus chaud qu'aujourd'hui, et l’Amérique du Nord était couverte de forêts.
Une mâchoire découverte au Canada
Cette nouvelle piste fait écho à plusieurs découvertes réalisées au Canada, où les fossiles de T. rex demeurent eux aussi relativement rares.
La dernière découverte concernant le T. rex au Canada a eu lieu il y a une dizaine d’années. La mâchoire inférieure complète d'un jeune individu (dans une tranche d'âge intermédiaire où les fossiles sont rarissimes) a été découverte dans le parc provincial Dry Island Buffalo Jump, situé à environ deux heures de Calgary.
Cette mâchoire a été reconstituée pièce par pièce par une technicienne du Musée royal Tyrrell. Son étude a permis de mieux comprendre les méthodes d'alimentation et la force de morsure des tyrannosaures.
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