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Tuesday, November 3, 2026

Une poignée de poussière révèle les secrets génétiques des Européens de la dernière période glaciaire

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Il y a environ 30 000 ans, l'Europe plonge progressivement dans un froid glacial. De vastes glaciers se développent sur les sommets alpins et pyrénéens, tandis que les plaines se transforment en immenses steppes froides, parcourues de hordes de mammouths et de rhinocéros laineux. Mais ces conditions de plus en plus hostiles ne vont pas faire fuir les populations humaines.

Depuis son installation en Europe il y a environ 45 000 ans, Sapiens est en effet passé maître en survie, notamment en exploitant les nombreux abris-sous-roche présents dans le paysage.

Une multitude de sites d'occupation datant de cette période ont ainsi été retrouvés en France, particulièrement en Dordogne, en Haute-Garonne ou dans les Landes. Les péninsules ibérique et italienne, où les conditions climatiques étaient globalement plus clémentes, sont également riches en habitats préhistoriques. Les fouilles réalisées dans ces grottes et abris naturels ont d'ailleurs livré certains artefacts témoignant d'une culture et d'un savoir-faire raffinés : lames fines en silex, parures de perles, de coquillages et de dents animales, et surtout statuettes féminines sculptées dans de la pierre ou de l'ivoire.

L'art préhistorique en 5 images exceptionnelles

Au cours du Paléolithique supérieur (période qui débute vers 30.000 av. J.-C.), les Hommes éprouvent le besoin de représenter leur quotidien et d'exprimer leurs émotions. Présenté sous forme de peintures, comme en témoigne la grotte de Lascaux, l'art préhistorique c'est aussi des statues et des objets d'une beauté sans pareil.... Lire la suite

La plus célèbre est certainement la Dame de Brassempouy, dont la tête encapuchonnée a été retrouvée dans la grotte du Pape en 1894. Elle aurait été sculptée il y a environ 25 000 à 30 000 ans, durant cette période culturelle que l'on appelle le Gravettien.

La Dame de Brassempouy est une statuette représentative de la culture gravettienne. © Jean-Gilles Berizzi, Wikimedia Commons, domaine public

Des groupes gravettiens plus liés qu’on ne le pensait

Cette tradition culturelle, marquée par des techniques de chasse spécialisée, une grande diversité artistique et des pratiques funéraires complexes, s'étage entre 35 000 et 25 000 ans environ, juste avant l'établissement du dernier maximum glaciaire (DMG). Malgré cette uniformité culturelle, signe d'échanges, il semblait jusqu'à présent que les groupes gravettiens étaient restés plutôt génétiquement isolés.

Mais une nouvelle étude apporte un éclairage sur l'histoire démographique de cette culture. Elle repose sur l'analyse de données génétiques de trois nouveaux individus, retrouvés dans les grottes de Chufín en Espagne, d'Isturitz en France et d'Ostuni dans le sud de l'Italie. Les résultats, publiés dans la revue Science Advances, révèlent qu'il aurait bien existé des échanges génétiques entre les populations de l'est et de l'ouest européen, indiquant que des individus ont circulé entre ces territoires, permettant un flux génétique plus important qu'on ne le pensait jusqu'à présent. Mais ce n'est pas tout.  

Localisation des trois sites gravettiens étudiés et du site solutréen (El Miron). © Gelabert et al. 2026, Science Advances

Des traces ADN dans des sédiments

Les chercheurs se sont en effet intéressés à l'héritage de ces lignées gravettiennes durant le dernier maximum glaciaire, notamment au sein des populations solutréennes. Ils ont dû pour cela faire face à une difficulté majeure : les restes humains de cette période de froid intense sont en effet extrêmement rares. Jusqu'à présent, il était donc compliqué de reconstituer à partir d'ossements les liens génétiques entre les populations vivant avant, pendant et après le maximum glaciaire. Pour contourner cette difficulté, les chercheurs ont eu recours à une technique très prometteuse : l'analyse de l'ADN ancien conservé dans les sédiments.

Avec cette méthode, nul besoin de trouver des fragments d'os, des dents, ou quelconque reste fossile : une poignée de particules sédimentaires suffit. Cheveux, cellules de peau, sang, salive, excréments... à chaque instant, nous dispersons dans notre environnement de petites quantités d’ADN, qui peuvent se conserver dans des sédiments pendant des milliers d'années.

L'étonnante découverte d'ADN humain préhistorique dans le sol des cavernes

Nouvelle prouesse des paléogénéticiens : la détection d'ADN humain et animaux très anciens dans le sol, donc en l'absence de tout fossile. C'est un nouvel outil, et de grande importance, pour la paléontologie.... Lire la suite

 

Les chercheurs ont ainsi prélevé et analysé des sédiments provenant de la grotte d'El Mirón, dans le nord de l'Espagne. Si une occupation humaine a bien été attestée dans cette grotte grâce à la découverte d'outils en pierre, d'armes en os et en bois de cervidés et de restes témoignant d'activités de boucherie, aucun reste humain n'a été retrouvé dans les niveaux solutréens étudiés. Mais des traces microscopiques ont toutefois été conservées. Les sédiments datant de 22 000 ans ont en effet livré environ 14 000 marqueurs génétiques humains (attention, cela ne signifie pas que 14 000 individus différents ont été identifiés).

Changement de culture, mais continuité génétique

Ces données génétiques ont permis d'établir que les individus solutréens ayant fréquenté cette grotte il y a 22 000 ans présentaient une ascendance apparentée à la lignée Fournol, déjà identifiée chez les populations gravettiennes d'Europe occidentale. La persistance de cette ascendance dans le sud-ouest de l'Europe pendant le dernier maximum glaciaire suggère ainsi une certaine continuité génétique, malgré les transformations culturelles qui ont marqué cette période.

Autrement dit, si les traditions archéologiques évoluent et se succèdent, les populations humaines ne disparaissent pas nécessairement avec elles.

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