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Thursday, September 3, 2026

Les communautés palestiniennes de Cisjordanie face à une violence «sans précédent»

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Le hameau de Khirbet a-Taban en Cisjordanie occupée a été entièrement détruit ce mercredi 2 septembre par l’armée israélienne, et environ 70 personnes ont perdu leur maison. Des étables, des citernes d’eau ont aussi été démolies. Selon B’Tselem, il s’agit de la 66e communauté palestinienne déplacée de force depuis le 7-Octobre. Les Palestiniens de Cisjordanie doivent aussi faire face à une violence accrue de la part de colons. RFI s’est entretenu avec deux organisations israéliennes de défense des droits de l’Homme : B’Tselem et Rabbins pour les droits de l’Homme. Regards croisés sur cette violence qui touche la Cisjordanie.

RFI : La Cisjordanie est un territoire palestinien occupé par Israël, où vivent près de 3 millions de Palestiniens et plus de 500 000 colons israéliens. Aujourd’hui, les attaques se multiplient dans l’ensemble de ce territoire. La violence des colons contre les communautés palestiniennes est-elle en train d’augmenter ?

Yair Dvir, porte-parole de B’Tselem : Le week-end dernier, des colons ont mené des attaques en collaboration avec l’armée à Silwad, à Sinjil et à Umm al-Khair. C’est un phénomène qui se produit partout en Cisjordanie. Nous assistons à de plus en plus d'attaques menées par des milices de colons. La plupart du temps, celles-ci sont soutenues par l'armée israélienne. Souvent, l'armée israélienne participe même à ces attaques. Et même à Qusra, par exemple, alors que l'armée prétend venir protéger les Palestiniens, au bout du compte, elle arrête des Palestiniens et permet aux colons de continuer à être présents dans le village et à mener leurs attaques.

Anton Goodman, directeur par intérim de l'organisation israélienne Rabbins pour les droits de l'Homme : La situation actuelle est marquée par une violence et des violations des droits de l'homme sans précédent. Nous assistons quotidiennement à des attaques dans toute la Cisjordanie, dans toutes les régions, à une échelle que nous n'avions jamais connue auparavant, ce qui est très préoccupant.

Vous dites qu’il s’agit d’un niveau de violence « sans précédent ». Comment en sommes-nous arrivés à un tel niveau de violence aujourd’hui ?

Anton Goodman : C'est une question difficile à analyser. Mais on constate sans aucun doute une recrudescence des actes de violence commis par des colons extrémistes depuis les dernières élections et l'arrivée au pouvoir du gouvernement le plus d'extrême droite que ce pays ait jamais connu. Il a confié à des radicaux la direction de ministères exerçant une autorité globale sur la vie quotidienne des Palestiniens en Cisjordanie.

La première chose qu'il faut donc comprendre, c'est que le gouvernement actuel a pris des mesures sans précédent, qu'il s'agisse de réaffecter des terres au détriment des agriculteurs palestiniens ou d'autoriser la construction de bien plus de 150 avant-postes illégaux à travers la Cisjordanie. C'est là le facteur déclencheur de la violence.

Mais dans le même temps, nous devons également reconnaître l'importance du 7-Octobre. Et la guerre brutale qui fait rage depuis trois ans dans ce pays, qui a véritablement traumatisé la population, a accru le sentiment de peur et a également banalisé les actes de violence commis par des milices extrémistes en Cisjordanie à l'encontre des communautés palestiniennes.

Aujourd’hui, dans plusieurs villages palestiniens, des maisons sont assiégées par des colons israéliens. S’agit-il d’une nouvelle stratégie ?

Anton Goodman : Tout à fait. Il s’agit d’une nouvelle stratégie qui, malheureusement, s’avère très efficace. On passe en effet d’une violence qui se limitait à des intimidations mineures ou au fait que des colons faisaient passer leurs troupeaux à travers des villages palestiniens, à la mise en place de petits avant-postes illégaux et de tentes à la lisière de ces villages, pour finir par s’emparer purement et simplement des habitations. Il s’agit donc bel et bien d’un processus stratégique que nous considérons comme un nettoyage ethnique.

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En plus des attaques de colons, il y a aussi des démolitions menées par l’armée israélienne. Il s’agit, selon elle, de bâtiments ou installations construits sans permis.

Anton Goodman : On constate un nombre très élevé d’ordonnances de démolition visant toutes sortes de bâtiments, y compris des habitations, dans toute la Cisjordanie. Cette situation tient au fait que les Palestiniens doivent demander un permis de construire pour pouvoir bâtir, même sur leur propre terrain. Et lorsqu’ils en font la demande, dans la grande majorité des cas, les autorités israéliennes ne leur donnent absolument aucune réponse. Ils se retrouvent donc dans une situation d'incertitude : ils ne peuvent pas construire sur leur propre terrain et, lorsqu'ils le font quand même, des ordres de démolition sont émis assez rapidement.

Quelle réaction de l’armée israélienne attendez-vous face à ces attaques, ces sièges de maisons dans ces villages palestiniens ?

Yair Dvir : Je pense que la question devrait d’emblée être posée autrement. L’occupation israélienne dans son ensemble en Cisjordanie n’est pas légale au regard du droit international. Et toute présence israélienne, qu’il s’agisse des colons ou de l’armée, devrait cesser en Cisjordanie. La seule mission possible de l’armée sur place devrait être de protéger les Palestiniens. Or, ce qui se passe sur le terrain, c’est que l’armée et les colons participent au même projet. L'armée ne cherche pas vraiment à défendre les Palestiniens. L'armée ne cherche pas vraiment à chasser les colons du village.

Anton Goodman Les forces de sécurité israéliennes n'assument plus aucune obligation ni ne font preuve d'aucun semblant de responsabilité envers les habitants palestiniens de la Cisjordanie, qui vivent sous occupation militaire. Et cela se constate dans toute la région. L'armée peut parfois décréter des zones militaires interdites sous prétexte de protéger la population ou de réduire les niveaux de violence. Mais en substance, les zones militaires interdites ne sont appliquées par les officiers sur le terrain qu’à l’encontre des Palestiniens qui ne vivent pas dans cette zone ou des militants israéliens qui viennent apporter leur aide, laissant ainsi une zone stérile où les colons peuvent s’introduire et mener des attaques violentes. L’armée utilise donc à mauvais escient les outils et les mécanismes dont elle dispose afin de mieux servir les intérêts des colons et d’éloigner encore davantage les Palestiniens de leurs droits humains les plus fondamentaux.

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Samedi dernier, l’armée est pourtant intervenue dans le village de Qusra après avoir été alertée sur la présence « d’émeutiers » israéliens. Et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a condamné cette nouvelle attaque de colons.

Yair Dvir : Ce n’est que lorsqu’une certaine pression internationale s’exerce qu’ils se mettent soudain à condamner les colons, en présentant la situation comme s’il ne s’agissait que d’un problème posé par quelques jeunes extrémistes. Alors qu’ils savent, et que tout le monde sait, qu’il s’agit d’un projet bien plus vaste. C’est un projet financé par l’État, armé par l’État. L’armée israélienne y participe d’ailleurs activement. Donc, se contenter de condamner quelques extrémistes, bien sûr, n’est qu’un nouvel acte de dissimulation de la part des autorités israéliennes.

Nous les entendons de temps à autre condamner la violence. Mais la politique d'Israël, qui consiste à laisser cette violence se poursuivre et à permettre que le nettoyage ethnique des Palestiniens se poursuive, reste inchangée.

Vous dénoncez le soutien des autorités israéliennes à ces colons violents. Quelle est la nature des liens entre les deux ?

Yair Dvir : Israël a armé les colons. Israël leur a fourni des milliers d’armes. Israël leur a alloué des fonds. Israël protège les avant-postes (l’ensemble des colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales au regard du droit international. Certaines sont toutefois autorisées par le gouvernement israélien. Le terme « d’avant-poste » désigne les colonies qui sont illégales, y compris au regard du droit israélien, NDLR). Et, bien souvent, ces fermes et ces avant-postes sont même construits en coordination avec l’État et l’armée. Il y a là un objectif très politique et Israël ne le cache pas. Ils veulent étendre le contrôle israélien à toute la Cisjordanie et repousser la population palestinienne vers des enclaves de plus en plus petites. Et cela fonctionne : ces actions sont menées tant par l'armée israélienne que par le bras non officiel de l'État, à savoir les milices de colons. Mais nous y voyons un projet d'État. Et cela se poursuit partout en Cisjordanie.

Anton Goodman : Les liens sont innombrables, et c’est là toute la tragédie : le gouvernement est désormais contrôlé par des extrémistes qui soutiennent fermement les actions illégales des colons. Nous avons ainsi vu des fonds publics, provenant des contribuables israéliens, être directement affectés à des infrastructures, à la technologie et parfois même à des armes, y compris pour des avant-postes illégaux. De plus, nous avons constaté que la police s’est détournée de son rôle de maintien de l’ordre face à toute forme de terrorisme nationaliste se produisant en Cisjordanie.

Ainsi, si je me retrouve sur le terrain et que je suis attaqué par des colons – même moi, en tant que citoyen israélien –, j’appelle l’armée. J’appelle la police. J’appelle la police sept fois et elle ne vient toujours pas faire respecter la loi. Et quand elle finit par arriver, elle nous traite, moi ou d’autres militants non violents, comme si nous étions les criminels. Alors que c’est nous qui avons alerté les autorités.

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