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Saturday, October 17, 2026

Juste une partie de football

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Le 8 décembre 1980, les Patriots de la Nouvelle-Angleterre affrontaient les Dolphins à Miami. C’était un lundi soir. Il restait trois secondes à l’horloge et les Patriots, tirant de l’arrière 10-13, se préparaient à botter le placement égalisateur. C’est alors que le commentateur Howard Cosell interrompit la description du match pour prononcer ces mots : « We have to remember this is just a football game, no matter who wins or loses… » (« Il faut se rappeler que c’est juste une partie de football, peu importe qui gagne ou perd… »)

Une remarque très peu « cosellienne », songea, à trois fuseaux horaires de là, l’écrivain Ken Kesey, auteur du célébré Vol au-dessus d’un nid de coucou. Kesey jetait un coup d’œil au match du lundi soir pendant qu’une paire de canards sauvages tirés par ses fils sur l’étang de la ferme familiale, en Oregon, mijotaient au four.

Cosell annonça alors à l’Amérique que John Lennon venait d’être abattu, à Manhattan, de deux balles dans le dos. 1980 : un déséquilibré avait sonné la fin de l’ère psychédélique, comme le comprit intuitivement le héros d’Acid Test de Tom Wolfe. C’était avant les chaînes d’information en continu. Les téléspectateurs du Monday Night Football, mis en ondes par ABC dix ans plus tôt, furent les premiers Américains à apprendre la nouvelle de cette fin tragique d’une icône de la culture pop, de la bouche de cette autre icône qu’était déjà « Humble Howard » dans les milieux de la boxe et du football aux États-Unis. Les Dolphins remportèrent ensuite le match en prolongation.

Ces dernières années, avec l’ajout d’un match de la NFL le jeudi soir, l’explosion numérique de l’offre sportive et l’avènement du sport télévisé à la carte, cette vénérable institution qu’est le bon vieux Monday Night des familles a sans doute perdu un peu de lustre. Mais la magie de la tradition opère toujours, surtout, peut-être, chez cette race de monde mélancolique dont le cœur bat un peu plus vite à l’automne et dont l’âme s’agrandit alors pour embrasser la lumière d’octobre et le bruit roux des chevreuils, entre autres.

C’est lundi, il pleut, il fait gris, le monde va mal, Donald Trump est Donald Trump, notre système de santé est déconcrissé et le floc floc des seaux métalliques résonne sous les plafonds des salles de classe transformés en gouttières. Mais au bout de toutes ces longues heures à écouler, il y a ce repère familier, tel un phare éclairant toute la journée. Ainsi, le 12 octobre dernier vers 20 h 15, il y avait de quoi rendre grâce au programmateur céleste et à tous ses assistants, artificiellement intelligents ou pas.

Une affiche de rêve. Rams-Bills. L’équipe que de nombreux observateurs étaient prêts à couronner avant même le début de la saison, contre celle que tout le monde, depuis au moins six ans, s’attend à voir jouer au Super Bowl, pour qu’elle se retrouve seulement, année après année, devant « l’inévitable fracassement », pour citer mon aïeul Gustave Déry.

L’équipe paquetée des Rams — avec un Davante Adams venu renforcer, en 2025, une brigade offensive qui faisait déjà peur, et la défensive : Aaron Donald de retour, avec Myles Garrett pour l’aider à faire passer un mauvais quart d’heure aux quarts adverses, Trent McDuffie et Jaylen Watson à la tertiaire, au secours ! — contre le « one-man-show » de Josh Allen.

Enfin, petit détail : le pivot des Rams, Matthew Stafford, meilleur joueur (MVP) de la NFL en 2025, contre le susnommé Allen, pivot des Bills et MVP de la ligue en 2024.

Juste une partie de football, peut-être, mais toute une partie de football.

Et le plus beau, c’est que le fil de presse de cette soirée de lundi férié fut aussi plat que l’électrocardiogramme de Jack Kennedy après la troisième balle supposément tirée par le Mannlicher-Carcano de Lee Harvey Oswald — celle qui fit éclater le crâne du président, souvenez-vous.

Non, pas de Lennon assassiné à Manhattan, ce soir-là, ni même de rappeur québécois retrouvé criblé de balles sur un parking de Tim Hortons quelque part entre l’arrondissement d’Ahuntsic et Toronto. C’est à peine si mon fil Meta a vu débouler une douzaine de fastidieux commentaires de plus sur l’Affaire Orélien. Le calme plat, je vous dis.

Ça limitait les possibilités d’être dérangé par un quelconque tireur fou furieux qui aurait eu l’idée d’entrer en compétition avec un botté de placement bon pour la victoire ou un dramatique je-vous-salue-Marie avec plus de temps au cadran. On allait pouvoir se concentrer sur les vraies affaires.

Et il faut dire les choses comme elles sont, les nommer, même, comme dans : elle m’a nommé ses problématiques, parce que se contenter de faire remarquer qu’une partie de football est une partie de football est une partie de football, c’est à la fois trop long et un peu court. Alors que, pesons bien nos mots, ici : ce fut un classique.

Avec un quart-arrière habitué aux états de grâce, Josh Allen, qui court pour plus de 120 verges et qui continue d’ignorer les gracieuses glissades sur les fesses et de préférer le plaisir de foncer dans le tas. Avec un James Cook toujours aussi pugnace dans ses charges au profit des Bisons, mais qui, deux fois plutôt qu’une, perd le ballon à la suite d’un coup de poing décoché par le même secondeur, un type de près de deux mètres appelé Nate Landman. Avec l’incroyable Puka Nacua, son intensité, ses 17 attrapés et ses 147 verges de gain pour les Rams. Le couvrir semble aussi facile que de tenter de ralentir un grand koudou d’Afrique en pleine course à mains nues. Et avec le vieux Aaron Donald qui traîne son mal de dos en donnant l’impression de bien s’amuser malgré tout : un sac du quart (annulé par une pénalité), un échappé crucial des Bills recouvré en prolongation, deux plaqués, une partie de je-te-tiens-par-le-protecteur-facial avec son vis-à-vis de la ligne de mêlée, le garde O’Cyrus Torrence… Ça donnait presque envie de se mettre à taper du pied en chantant : « On va-tu n’avouère, du plaisir / On va-tu n’avouère, de l’agrément… »

Entre les dernières minutes du troisième quart et les ultimes instants du match, six poussées offensives de suite ont mené à des touchés, dont le dernier marqué à cinq maigrelettes secondes de la fin du temps réglementaire. Ensuite, la prolongation : un revirement causé par une échappée, et voici les Rams avec la victoire au bout du pied du joufflu Harrison Mevis, qui fait lamentablement patate à 48 verges.

Le reste appartient à la petite-moyenne histoire de ces gros garçons. La suite en février prochain ?

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