Comment Trump pourrait-il contester les résultats des élections de mi-mandat?
Il l’a déjà fait et il le fera certainement à nouveau. Si les républicains perdent l’une ou l’autre des chambres du Congrès à l’issue des élections de mi-mandat de mardi, Donald Trump contestera fort probablement les résultats électoraux. Plusieurs démarches en ce sens ont d’ailleurs déjà été entreprises. Si ce scénario se produit, la démocratie états-unienne pourrait, une nouvelle fois, être mise à l’épreuve. Le Devoir fait le point.
Donald Trump va-t-il reconnaître une défaite républicaine ?
Si les démocrates remportent la Chambre des représentants ou le Sénat, ou les deux, « Trump va sûrement crier à la fraude et essayer de semer la confusion autour de l’élection », croit Ray La Raja, professeur de science politique à l’Université du Massachusetts.
Trump n’a jamais reconnu sa défaite à l’élection présidentielle de 2020. « Il va sans aucun doute encore parler de fraude et dire qu’on leur a tout volé », prédit aussi John Mark Hansen, professeur de science politique à l’Université de Chicago. Une telle contestation ébranlerait à nouveau la démocratie états-unienne et la confiance de la population.
Le regard se tournera alors vers les tribunaux fédéraux, surtout en cas de résultat serré. Jusqu’ici, ils ont généralement été un rempart efficace contre les attaques de Trump visant le processus électoral, souligne le professeur Ray La Raja. « Ils se sont rangés du côté de Trump sur certains points, mais, en ce qui concerne les questions électorales, ils se sont opposés à lui en affirmant que ça relève de la compétence des États. »
L’ampleur de la crise dépendra en grande partie de l’écart entre le vote démocrate et le vote républicain, croit le professeur John Mark Hansen. « Si le score des démocrates se situe dans la partie supérieure de ce qui est possible, ça voudrait dire que [les républicains] devront intervenir dans sept élections sénatoriales pour conserver le contrôle du Sénat. » Une tâche possiblement colossale.
Quels types de contestation pourraient avoir lieu ?
Les démarches déjà entreprises laissent présager des contestations à venir. Avant même la tenue du vote, le gouvernement Trump a déposé un recours en Alaska pour bloquer la certification d’une éventuelle victoire de la démocrate Mary Peltola. Le sénateur républicain Dan S. Sullivan tente de s’y faire réélire, mais un candidat indépendant portant le même nom, Daniel J. Sullivan Jr., figure aussi sur les bulletins de vote.
Le département de la Justice clame qu’il s’agit là d’une tentative pour « induire les électeurs en erreur », mais la Cour fédérale a rejeté sa requête. « Ce sont les États qui ont la compétence » pour organiser les élections, rappelle John Mark Hansen. Une enquête du New York Times a néanmoins révélé que ce sont les démocrates qui ont convaincu Daniel J. Sullivan Jr. de se présenter comme indépendant.
Sur un autre front, le gouvernement Trump a déposé lundi une requête en Cour suprême pour écarter 20 000 bulletins de vote par correspondance en Californie, affirmant que ces électeurs ne sont pas des citoyens états-uniens. Une cour d’appel avait précédemment rejeté une telle demande.
Ces démarches s’inscrivent dans le cadre d’efforts déployés depuis plus d’un an par le gouvernement Trump pour obtenir les noms et informations personnelles des personnes figurant sur les listes électorales des États. Le gouvernement affirme vouloir lutter contre le vote de non-citoyens et les fraudes par vote postal. Ces allégations de fraudes massives n’ont jamais été prouvées.
Jusqu’à présent, aucun juge n’a donné gain de cause à Washington face à la trentaine d’États récalcitrants refusant de leur remettre leur liste. La semaine dernière, Trump a ravivé une nouvelle fois cette crainte d’irrégularités électorales en promettant une récompense de 1 million de dollars à quiconque fournira des renseignements menant à l’arrestation et à la condamnation d’un fraudeur électoral.
La certification des résultats du vote pourrait-elle être retardée ?
S’il y a une multitude de recours devant la justice, des délais pourraient survenir. Des pressions pourraient aussi être exercées sur des autorités locales pour qu’elles ne certifient pas les résultats — comme ce fut le cas en 2020 en Géorgie. Selon le média Axios, des ténors du mouvement MAGA font pression sur Trump pour qu’il déclenche l’état d’urgence en cas d’élections jugées « frauduleuses ».
Au sein même du Congrès, des élus pourraient aussi contester l’admission de nouveaux membres. « Si les démocrates remportent une majorité de deux sièges, les républicains pourraient refuser d’admettre ces démocrates en disant : “Cette élection est frauduleuse, ils ne méritent pas de gagner” », évoque Ray La Raja. Ce scénario demeure, à ce stade-ci, improbable, précise-t-il, ajoutant qu’une forte contestation populaire jaillirait si les républicains mettaient cette tactique en œuvre.
Le vote pourrait-il être perturbé mardi ?
« Il y a de sérieuses inquiétudes dans les zones démocrates », soutient John Mark Hansen. Plusieurs craignent que des agents de l’ICE (le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis) soient déployés près de bureaux de vote pour intervenir ou simplement intimider une frange d’électeurs.
« Au Texas, le long du Rio Grande à la frontière mexicaine, il y a beaucoup d’électeurs d’origine mexicano-américaine. Certains d’entre eux pourraient ne pas vouloir être importunés ou harcelés par l’ICE, même s’ils sont citoyens américains. Par conséquent, ils pourraient décider de ne pas se présenter pour voter », stipule Ray La Raja, en invoquant un État où une course serrée se dessine.
En fin de compte, « ce qui est le plus difficile à contrer, ce sont les pressions au moment même du vote, déplore John Mark Hansen. […] Ce sera donc une journée assez angoissante. »
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