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Tuesday, September 8, 2026

Encerclée par le Vlaams Belang en Flandre, le RN en France et maintenant l’Afd en Allemagne, la Wallonie échappe (encore) à l’extrême droite : « Mais le jour où… »

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Décryptage avec le politologue Benjamin Biard.
Décryptage avec le politologue Benjamin Biard. - Belga image
Journaliste à la Rédaction générale

Voir un parti d’extrême droite performer à des élections n’est pas une première en Europe. Mais la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt ce dimanche – elle a obtenu 43,8 % des voix tout en restant sous le seuil de la majorité absolue au parlement local – est plus singulière, non seulement de par l’histoire du pays, mais aussi par la radicalité que le parti affiche.

Parmi les propos choquants, on retiendra notamment l’affirmation de Maximilian Krah, tête de liste du parti aux européennes de 2024, selon laquelle « tous les SS ne devaient pas être automatiquement considérés comme des criminels ».

Pointons également la condamnation de Björn Höcke, figure de l’AfD, condamné en 2024 pour avoir utilisé à plusieurs reprises un slogan nazi historiquement associé à la Sturmabteilung (la SA), la branche paramilitaire du parti nazi historique. Sans oublier le cas de Matthias Moosdorf, ce député du parti d’extrême droite allemand poursuivi en justice pour un salut nazi présumé au Bundestag.

Pour Benjamin Biard, politologue spécialiste des questions d’extrême droite, si on ne peut pas parler de « fascination » pour les nazis, ces éléments révèlent la radicalité du parti. « La plupart des partis d’extrême droite en Europe, prenons le cas du RN en France par exemple, ont suivi la voie de la normalisation, de la dédiabolisation, pour gagner en légitimité et espérer se rapprocher des lieux de pouvoir. Avec l’AfD, on a plutôt l’impression inverse : un parti qui va toujours vers davantage de radicalité, de radicalisation, et qui, de cette manière, espère percer. »

Extrême droite fragmentée

Benjamin Biard ajoute que c’est d’ailleurs cette radicalité qui a contribué à une fragmentation de l’extrême droite européenne. « Jusqu’en mai 2024, l’AfD faisait partie du groupe Identité et Démocratie, le groupe au sein duquel on retrouvait la Lega italienne, le Vlaams Belang belge, le RN français… Mais après les propos de Maximilian Krah notamment, Jordan Bardella et Marine Le Pen avaient déclaré ne plus vouloir travailler avec l’AfD. Et on a vu apparaître, notamment à l’initiative de l’AfD, le groupe politique « Europe des Nations Souveraines ». »

Le programme de l’AfD témoigne de sa radicalité. Dans celui rédigé pour le niveau fédéral en 2025, on retrouve notamment une remise en cause de l’école inclusive. Pour le parti, l’école spécialisée devrait redevenir la règle pour les élèves ayant des besoins éducatifs particuliers. L’AfD souhaite également une sortie de l’Union européenne, de la zone euro, mais aussi ce qu’elle appelle une « remigration des personnes ne disposant pas d’un droit de séjour ». Le parti réclame des contrôles permanents aux frontières, le refoulement des immigrés entrés illégalement et le traitement des demandes d’asile dans des centres situés hors d’Allemagne.

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« Ce qui m’interpelle, c’est le programme, mais ce sont aussi les actions qui ont déjà été opérées », souligne Benjamin Biard. « Par exemple, ce sommet sur la remigration, en 2023, auquel avait participé Ulrich Siegmund, la tête de l’AfD en Saxe-Anhalt. Le but étant de prévoir la déportation d’un grand nombre d’étrangers. »

La proximité avec la Russie, observée dans plusieurs formations d’extrême droite en Europe, nourrit des interrogations sur les conséquences géopolitiques d’une progression du parti. Néanmoins, le politologue nuance l’impact immédiat d’un scrutin régional sur la politique étrangère allemande. « Je ne pense pas qu’au niveau régional, c’est cela qui va faire basculer les relations internationales », commente-t-il.

Les services de renseignements aux aguets

Tout cela renforce les inquiétudes des observateurs. « Ce sont d’ailleurs autant d’éléments qui justifient depuis 2025 – et déjà depuis 2023 pour sa branche jeunesse – que le parti soit qualifié d’extrémiste de droite et soit donc suivi de manière assez proche par les services de renseignement intérieur », rappelle Benjamin Biard.

Le fait que cette réalité voie le jour en Allemagne est un élément assez paradoxal au regard du passé historique du pays. « On ne peut pas dire qu’ils n’ont pas testé l’extrême droite. Certains l’ont même vécu dans leur chair. »

Malgré tout, plusieurs éléments peuvent expliquer ce vote massif pour l’extrême droite. « Le vote repose sur deux ressorts », explique le spécialiste. « D’une part, nous avons un vote d’adhésion, donc une adhésion aux idées, notamment migratoires, mais pas seulement. » Le second ressort est protestataire. « C’est aussi un signal envoyé qui va dans le sens d’une méfiance politique croissante à l’égard des gouvernants et du fonctionnement de la politique actuelle. »

À cela s’ajoute un facteur générationnel. À mesure que disparaissent les témoins directs du nazisme et de la guerre, la mémoire vivante des conséquences de l’extrême droite s’estompe.

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