La N-VA, 25 ans de poker flamand

A Plopsaland, la N-VA a cultivé l'image d'un parti familial, responsable et leader de la Flandre, à la veille d'une semaine de négociation budgétaire au fédéral et dans les régions. La présidente Valerie Van Peel a appelé à la fin des tabous, aux réformes et à la fin de la campagne permanente.
Du grand classique, c'était déjà le discours du VLD de Guy Verhofstadt ou du CD&V d'Yves Leterme, eux aussi, à un moment donné de leur histoire, les plus grands partis du nord du pays. Jusqu'à ce qu'ils soient détrônés par une N-VA qui les accusait de ne pas avoir tenu parole et d'avoir trop de tabous et trop peu de réformes.
La réussite De Wever
La grande réussite de la N-VA depuis 25 ans, surtout avec l'arrivée de Bart De Wever à sa tête, est d'avoir réussi à mettre sur la tête de ses adversaires l'étiquette de faible ou, pire, de traître à la cause flamande. Guy Verhofstadt, accusé de s'être couché devant les socialistes francophones, Yves Leterme, accusé de s'être couché devant les socialistes francophones, et Alexander De Croo, accusé, encore, de s'être couché devant les socialistes francophones.
Bart De Wever, lui, n'a pas pris ce risque : il ne gouverne pas avec les socialistes francophones, mais avec Vooruit. Ça change tout, mais ça n'empêche, qu'il lui faut des résultats, et désormais, son risque, c'est d'être accusé de s'être couché devant des libéraux francophones qui adorent se profiler plus à droite que lui. Décidément, dans ce pays, il y a toujours des francophones pour vous empêcher de décider en rond.
Un dernier pour la route
Face aux difficultés budgétaires actuelles, Bart De Wever prévient : la prochaine fois, on n'y coupera pas, il faudra discuter d'une réforme de l'État. Ce n'est pas la première fois qu'il le dit. C'est même devenu habituel chez lui. C'est la reprise d'un vieux mantra nationaliste flamand : avec la Belgique si c'est possible, sans la Belgique s'il le faut. C'est tout le talent de Bart De Wever, réussir à faire vivre cette promesse indépendantiste ou cette menace, c'est selon, malgré son impasse stratégique. En effet, personne ne veut discuter d'une réforme de l'État avec la N-VA côté francophone. Et la Flandre est désunie sur la question.
Pour faire vivre cette promesse, Bart De Wever n'a donc cessé de la réinventer. Du nationalisme linguistique sur BHV ou les communes à facilités, hérité de la Volksunie, il a pris le virage du nationalisme de portefeuille ou économique, en pointant les transferts vers le sud et la dette du fédéral. Enfin, dernière évolution en date, celle d'un nationalisme conservateur plus affirmé, profilé sur l'antiwokisme et l'immigration.
Au bout du compte, De Wever est parvenu à se construire en 25 ans la statue du meilleur défenseur des intérêts de la Flandre, avec la Belgique si c'est possible, sans, s'il le faut. Désormais, au 16 rue de la Loi, Bart De Wever est obligé que ce soit possible, car l'hypothèse "sans la Belgique" apparaît comme un bluff auquel ses adversaires et partenaires ne croient plus de trop. Après 25 ans, la N-VA arrive sans doute à un moment clé de sa partie de poker, le moment où elle doit choisir de faire "tapis" ou de se coucher.
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