Comment debord et ses multiples nuances de groove
Durant la tournée de son précédent album, Monde autour (2023, Audiogram), lauréat du Lucien de l’album indie pop de l’année au GAMIQ en 2024, le septuor passé maître dans l’art du groove au Québec a reçu de l’amour et de l’énergie à profusion, particulièrement en jouant ses chansons les plus festives, le public se levant spontanément pour danser au son de pépites comme Blood pareil. De tels moments électrisants, le groupe en aurait pris plus. Or, il manquait de chansons dansantes pour les prolonger.
C’est mû par ce désir de faire danser que Comment debord a composé son troisième album. « Il y a quelque chose de la résistance à aller bouger en communion sur des chansons qu’on écoute en synchronicité », affirme Rémi Gauvin, parolier, chanteur et guitariste, attablé à la brasserie Mellön, dans La Petite-Patrie, aux côtés du batteur Olivier Cousineau, du bassiste Étienne Dextraze-Monast, de la guitariste Karolane Carbonneau et du pianiste Willis Pride.
« Déjà, sortir le nez de notre téléphone, c’est quelque chose, poursuit-il. Les lieux de rencontre publics me semblent plus importants que jamais, et la vie nocturne, dont les clubs de danse, c’est un important ciment culturel. On a envie de mettre notre brique là-dedans. Ce sera très clair en show qu’on veut faire de la musique qui danse pour rassembler les gens. »
« On ne les fera pas danser pendant une heure et demie, mais on veut un long segment, précise Olivier Cousineau. Quand les gens dansent et groovent ensemble, c’est rassembleur. »
Du disco au doux
En ouverture d’album, l’irrésistible Coucou, comment ça va ? met la table aux multiples nuances de groove que déploie Des fois danser, de ses influences disco et funk scintillantes puisant dans les années 1980 à ses rythmes chaloupés donnant envie de groover en douceur.
Tous adeptes d’albums — l’idée initiale de faire un mini de quatre chansons dansantes a rapidement pris le bord au profit d’un troisième long jeu —, les cinq compositeurs ont pensé l’opus en gradation. La seconde moitié ralentit la cadence, les pièces teintant leur groove de rock, de RnB et de blues, pour se conclure par un morceau folk indie crépusculaire.
Cet alliage distinctif signé Comment debord, que complètent Lisandre Bourdages aux percussions et Alex Guimond aux chœurs, enrobe les mots de Rémi, toujours aussi ancrés dans la québécitude. « La poésie de Rémi est un réel liant, et c’est rare dans le disco et le funk, où les musiciens sont souvent plus au-devant, et les paroles, un peu secondaires, relève Olivier. C’est pour ça qu’on n’est pas juste un cover band de disco qui fait des compos ; on fait de la chanson et on veut qu’il y ait un message. Ça fait partie de notre essence de parler de sujets de société, de vivre-ensemble. »
Virer doux, par exemple, qui donne envie tant de groover que de se coller, incite les hommes à embrasser leur sensibilité et leur vulnérabilité, le groupe valorisant un modèle masculin à l’antipode des stéréotypes pernicieux relayés sur le Web.
Hommage guitaristique
La face B s’amorce avec la superbe Revenir de toi, dont la seconde moitié consiste en une enivrante section instrumentale qui prend son temps, sujette à l’introspection. Il faut savoir que, durant la création de l’album, Rémi traversait une période houleuse sur le plan amoureux, soldée par une rupture. Revenir de toi évoque la phase où l’on se remet d’une relation. « C’est un moment apaisant », fait remarquer Karolane, pour qui la chanson revêt un caractère particulièrement émotif.
La guitariste y rend en effet subtilement hommage à son père, parti il y a deux ans, peu avant que le groupe se mette à composer Des fois danser — l’album lui est d’ailleurs dédié.
« C’est mon père qui m’a appris à jouer de la guitare : les solos, les licks, les références, ça vient de lui, raconte-t-elle, émue. Un soir, après qu’on ait enregistré toute la journée, j’étais restée tard en studio pour faire les petits licks à la fin de Revenir de toi. Mon père avait plein d’enregistrements à la guitare, et j’ai fait une espèce de recueil audio de toutes ses compositions. J’ai mis beaucoup de ses licks à la fin de Revenir de toi. »
« Avoir été seule en studio, ça m’a permis d’aller là, sinon, je n’aurais pas pu le faire avec vous », confie-t-elle aux gars.
Façonner autrement les chansons
Sur Monde autour et Comment debord (2020), Rémi écrivait d’abord des paroles, parfois des mélodies ou des structures d’accords, puis les autres les habillaient, les transformaient. Le groupe a cette fois procédé d’une tout autre façon. « Rémi était quand même préoccupé cette année-là », indique Karolane en regardant son ami, approbateur. « Mais on avait le goût de composer de la musique, et on savait qu’il fallait le faire pour le bien du projet. On a commencé le processus créatif un peu plus chacun de notre bord. »
Rémi apposait ensuite des textes et des mélodies de voix sur leurs idées d’accords, de riffs et autres beats groovy. « Disons qu’il y a eu plus d’allers-retours entre le département des mots et le département de la musique », illustre-t-il.
Si ses tourments expliquent en partie leur nouveau modus operandi, « c’est aussi une question de confiance, affirme Rémi. On se connaît mieux, on connaît l’identité du groupe, on s’entend se répondre. Quand Karo travaille chez elle, je suis sûr qu’elle entend déjà à quoi les keys et la basse pourraient ressembler. » Tous acquiescent.
Olivier a adoré partir des grooves, des codes rythmiques que maîtrisent plus certains membres que Rémi, issu de la chanson. Ainsi, aux yeux d’Étienne, Des fois danser est l’album ayant le plus bénéficié de l’influence de chaque membre. « Des fois, plus il y a de monde impliqué, plus c’est dur, mais ça amène les tounes ailleurs, souligne le bassiste. Je pense qu’on va plus loin dans la conception et la création. » « Et peu importe qui amène une idée, chacun de nous forme le son Comment debord », rappelle Karolane.
Il n’est certes pas toujours simple de composer en grand groupe. Mais le buzz que les sept complices partagent sur scène devant un public exalté, qu’il fera danser comme jamais, en vaut toujours la chandelle.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.