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Tuesday, October 20, 2026

«Inébranlable»: la loi et l’ordre de France Charbonneau

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Si tous les Québécois connaissent son nom de famille, lié à tout jamais à la « commission Charbonneau » sur l’industrie de la construction, elle remet son prénom — France — au cœur de son premier livre en nous faisant découvrir des aspects plus personnels de son riche parcours. France Charbonneau, tour à tour procureure de la Couronne, juge et présidente de commission d’enquête, raconte aussi les coulisses d’événements judiciaires qui ont marqué le Québec — et dans lesquels elle a joué un rôle de premier plan —, dans son autobiographie, intitulée Inébranlable.

Le titre nous renvoie à des moments forts de sa carrière, comme le second procès criminel de Maurice « Mom » Boucher, chef influent du chapitre des Nomads des Hells Angels, qui faisaient alors la pluie et le beau temps au Québec.

C’est elle, la procureure de la Couronne qui a mené de main ferme le procès au terme duquel il a été envoyé en prison à perpétuité pour avoir orchestré à la fin des années 1990 les meurtres des gardiens de prison Pierre Rondeau et Diane Lavigne. Malgré « l’aura de peur » entourant le procès, et la publication d’une étrange et laconique notice nécrologique pendant son déroulement — « Prenez avis que France Charbonneau est décédée » —, elle affirme n’avoir jamais eu peur.

« C’est comme ça. C’est dans ma nature », lance l’autrice devant un café, comme si cela allait de soi. Lors du procès de Mom Boucher, elle s’adressait aux jurés en tournant le dos au chef des Nomads. Afin de leur insuffler du courage, explique-t-elle : « Une image vaut mille mots. » Si elle peut faire son travail — qui est « de faire triompher la justice et la vérité » — sans le craindre, eux aussi le peuvent.

Ce procès a marqué un tournant, dit-elle, en montrant aux gangs criminalisés qu’ils ne pouvaient violer la loi en toute impunité. « J’en suis convaincue. Parce qu’ils étaient acquittés depuis longtemps. C’était tout le temps des acquittements. Et moi, je pense que ça a incité plusieurs des accusés du Printemps 2001 (une vaste opération policière visant à démanteler les Hells Angels) à plaider coupable », confie-t-elle.

Se tenir debout

Rencontrée dans un café montréalais, France Charbonneau raconte comment elle s’est fait convaincre d’écrire ce livre par la directrice générale de sa maison d’édition, qui a qualifié son parcours de « très inspirant. » Elle a commencé à travailler comme secrétaire à peine sortie de l’adolescence — ses parents n’ayant pas les moyens de lui payer des études universitaires —, puis elle est devenue procureure de la Couronne à une époque où ce milieu était « un univers d’hommes ».

Inébranlable est aussi l’occasion de révéler ses valeurs et sa manière d’être, qui fut notamment de « se tenir debout » devant les défis.

Elle ajouta ensuite plusieurs cordes à son arc de juriste en étant tour à tour conseillère juridique pour l’escouade Carcajou, juge à la Cour supérieure, et consultante pour la série policière québécoise L’appel (2025), qui raconte la guerre des motards criminels au Québec à la fin des années 1990.

Pour les Québécois, elle est aussi l’image et l’incarnation de la commission Charbonneau, de son vrai nom la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, chargée de faire la lumière sur des allégations de corruption, de collusion et d’infiltration par le crime organisé.

Sur les petits écrans des Québécois tous les jours dès 2012 — les audiences étaient télédiffusées —, ses révélations étaient ensuite disséquées dans les maisonnées. La télédiffusion a été une chose extraordinaire pour la transparence des travaux, dit celle qui a été la première femme à la tête d’une commission d’enquête d’envergure au Québec. Ses recommandations ont notamment conduit à la création de l’Autorité des marchés publics.

Plus de 10 ans après la remise de son rapport, les choses ont-elles changé ? Il semblerait que non, étant donné ce qu’on a vu avec le fiasco du dépassement des coûts de SAAQclic, répond-elle. « On dirait que, dès qu’il y a de l’argent public, les gens sautent dans le plat de bonbons et s’en mettent plein les poches. »

Il n’y a pas de règlements de comptes dans son livre. On sent plutôt que l’autrice veut nous faire aimer la loi et l’ordre autant qu’elle, inspirer les jeunes femmes à « embrasser la profession » et rendre hommage à ceux qui ont marqué sa vie.

France Charbonneau a quitté le banc de la cour à l’automne 2024, et l’écriture d’Inébranlable a notamment permis une transition vers la retraite — ou plutôt vers des projets que, sourire en coin, elle ne dévoile pas.

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