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Friday, October 30, 2026

«Le plus beau», un premier album comme un miroir pour le phénomène TeddyBear

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« Je m’appelle Jules, mais tout le monde m’appelle Teddy », dit-il. Teddy est belge, il a 24 ans, est originaire de la ville de Mons, à une heure de route au sud de Bruxelles. C’est même dans le titre d’une de ses nouvelles chansons : « Moi, la nuit, quand je trouve pas le sommeil / je m’invente un monde où tout est mieux / Je repense à Mons et merveilles / et c’est vermeilleux ». Inconnu il y a six mois, il est aujourd’hui le nouvel artiste francophone qui suscite le plus vif intérêt en Europe — et bientôt chez nous, où sort aussi vendredi son premier album, saisissant de candeur, baptisé Le plus beau.

C’est vrai qu’il est beau, avec son regard espiègle, son sourire franc et ses tatouages, Teddy, mais il ne l’a pas toujours cru, constate-t-on en écoutant la chanson-titre. « Je suis peut-être pas le plus beau / Oui mais on t’emmerde / moi et mes défauts / Plus ça va, plus on s’aime / Je suis peut-être pas le plus beau / mais je suis beau quand même », chante-t-il avec sa prosodie tranchante, accompagné par les accords d’un piano droit, sur un rythme chaloupé qui vire presque rap, trahissant l’influence de Stromae dans le son de TeddyBear.

Tout Teddy est condensé dans cette chanson : des textes sans filtre, authentiques, presque impudiques. « C’est ça que j’adore, de pouvoir raconter des trucs que je n’aurais jamais dits à ma mère, puis de sentir ce que ça fait de les chanter devant une foule », avoue-t-il.

On pourrait même se sentir embarrassé par toutes ces choses intimes qu’il ose nous révéler. « Eh bien, jusqu’à maintenant, on ne m’a jamais dit ça, réfléchit Teddy. Ça pourrait... Mais pourquoi ? Parce que le public le ressent aussi ? Par exemple, lorsque je chante : “J’ai jamais fait l’amour sous la lumière” », encore dans la chanson-titre. « En général, quand je dis cette phrase dans un concert, je regarde les gens dans la première rangée et ils sont tous… » Teddy porte la main à sa bouche et écarquille les yeux.

« Je pensais être pudique, mais finalement, pas tant », lance Teddy en rigolant. « Mais je te le dis : de le faire devant une foule, de le crier fort, ouf ! » Ça libère, ça soulage le rapport qu’entretient Teddy avec son propre corps, son image. « Si je me sens plus beau après avoir chanté ça ? Oui. Je me sens vivant. En fait, cette chanson fait un parallèle avec Chaussures roses, c’est pourquoi elle arrive après sur l’album. »

Pas de fiction

Pour TeddyBear, il n’a fallu qu’une chanson pour réussir le décollage, et celle-ci s’intitule Chaussures roses. Lancée sur Spotify le 24 avril dernier, elle accumule aujourd’hui plus de 10 millions d’écoutes, tandis que son clip, affiché sur YouTube début juin, vient de passer le cap des 3 millions de visionnements.

« Ces chaussures, c’est ma grand-mère qui me les a offertes et m’a obligé à les mettre. Mais tu vois, ces chaussures, je ne les aimais pas, elles n’étaient pas belles. Or, le fait de les mettre, que les gens voient que je les porte, c’est un peu comme si tu prenais tous tes complexes et que tu les montrais très fort à tout le monde. Les complexes, on veut plutôt les cacher ; les montrer, ça change toute ta vision de toi, tu te demandes même si ce n’est pas ce que t’as de plus beau. »

La troisième chanson de l’album s’appelle Mâle aux filles. Un autre puissant texte de Teddy, balancé sur une musique d’intensité rock. « Je suis né dans une famille de Siciliens, raconte-t-il. Ils sont arrivés en Belgique avec leurs anciennes manières de penser, et donc ce masculinisme très fort, que je n’avais pas remarqué parce que je suis né dedans, c’est ma famille. Un jour, on faisait une soirée avec des amis. Arrive un gars qui, ça se voit, n’aime pas sa vie, il n’aime pas son travail, tu vois un peu ? Alors, il prend tout ce qu’il y a en lui et l’accentue très fort. Il arrive comme ça, il rigole et parle de femmes qui doivent rester à la cuisine, tous les clichés. Je me dis : “Ah, quel connard, ce gars, ce n’est pas possible.” Mais en fait, après réflexion, je me dis que ma famille aussi est comme ça ! Je me suis rendu compte, ce jour-là, que moi aussi, peut-être, je suis comme ça ? Alors, dans cette chanson, je parle des masculinistes, mais aussi du potentiel masculiniste que je suis. »

Il n’y a pas de fiction dans ses chansons, assure Teddy. Tout est véridique, jusqu’au texte d’Enfin bon, autre moment fort de l’album, qui parle du divorce de ses parents — survenu en juin dernier, la chanson ayant été composée le mois suivant. « Bon, du coup, je peux te dire qu’ils n’étaient pas très contents de l’entendre… » admet le musicien, jadis batteur, comme son papa, dans un groupe rock. « Mais, à ce moment-là, il fallait que je le dise. Ce que j’aime bien dans celle-là, c’est que je ne critique pas l’un ou l’autre. Ce n’est qu’une observation de la part de quelqu’un à qui on a dit, toute sa vie, que papa et maman, c’est ça, l’amour. »

« Ça ressemble à du TeddyBear »

Après le succès initial de la chanson Chaussures roses, TeddyBear a été invité à faire les premières parties des concerts de Clara Luciani, Orelsan, Feu ! Chatterton, et à se produire aux Francofolies de La Rochelle et de Spa — et nous devrions le voir sur une scène québécoise pour la première fois en janvier prochain. On l’a beaucoup comparé à Stromae, à Eddy de Pretto et à Jacques Brel, inévitablement.

« Brel, il fait tellement partie des monuments de la Belgique qu’on a forcément tous pris un peu de lui, analyse Teddy. Moi aussi, j’ai pris de tout ce que j’ai vu, Brel, Stromae, Hamza, Damso, parce que ce sont les Belges les plus connus. Mais j’ai surtout pris de la dame assise à côté de moi dans le bus qui me parle de son chien, de mon pote qui me parle de ses problèmes de cœur — exactement comme Brel racontait comment il écrivait ses chansons. Tu prends de la vie de tous les jours, de ce que t’observes, alors oui, sur ce plan, on peut me comparer à Brel. Comme lui, je m’inspire de tout, et tout ce que je dis dans mes chansons, je le pense du fond de mon cœur. »

« C’est pour ça que la comparaison avec Brel ne me dérange pas. Bon, après, un jour, j’aimerais bien qu’on dise que ça ressemble à du TeddyBear. »

Le plus beau, de TeddyBear, paraît vendredi sur l’étiquette Naïve.

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