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Saturday, October 31, 2026

Arthabaska, le signal d’alarme du DSN

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L’Hôtel-Dieu d’Arthabaska vient de subir ce qu’on pourrait sans gêne appeler une saignée : neuf médecins omnipraticiens ont démissionné au cours des derniers mois, ce qui réduit les effectifs de près de moitié. Notre journaliste Isabelle Porter nous raconte que la dernière démissionnaire impute en partie ces départs au déploiement chaotique du Dossier santé numérique (DSN). Le Parti québécois (PQ), qui, dans l’opposition, a vivement critiqué les ratés technologiques imputables au gouvernement caquiste, peut désormais écrire un nouveau chapitre consacré à la restauration d’un capital de confiance du public sérieusement entamé par une vingtaine d’années d’échecs en santé numérique.

Le défi est colossal. Arthabaska n’est malheureusement pas une anomalie dans un décor bucolique. Il s’agit plutôt d’un énième obstacle sur la route d’un progrès pourtant essentiel. Le DSN est un gigantesque projet du réseau de la santé dont l’objectif est de regrouper au même endroit les informations médicales et le parcours de soins de tous les patients du Québec. Finies les télécopies à envoyer au pharmacien, les requêtes non acheminées, les examens diagnostiques non compilés. Le projet, développé à partir du logiciel de l’américaine Epic Systems, et piloté par Santé Québec, en est officiellement à la phase de projet pilote dans deux CIUSSS, dont celui de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. Dans cette région, des difficultés préoccupantes s’additionnent : des requêtes ne se rendent pas à destination, des examens sont annulés par le système, et on rapporte des surdoses de médicaments ainsi que des retards dans des traitements contre le cancer.

Signe flagrant de la vulnérabilité du projet, l’ancien ministre de la Cybersécurité et du Numérique sous la Coalition avenir Québec Gilles Bélanger y est allé d’une sortie fracassante au printemps dernier en affirmant que les données de santé des Québécois n’étaient « pas du tout en sécurité » dans le DSN. Contraint de regarder, impuissant, le train mis en marche par Santé Québec, M. Bélanger confiait alors à Radio-Canada sa crainte de voir ce projet foncer droit dans le mur. La nouvelle ministre de la Santé, Marie-Karlynn Laflamme, s’est voulue rassurante cette semaine. Elle croit que le DSN a fait ses preuves, même si elle doute que son implantation ait été optimale. Mais comment ne pas craindre le pire ?

Le DSN n’est pas une première tentative. Dès 2006, le ministère de la Santé a officiellement lancé une première mouture, restée inachevée, le Dossier santé Québec, qui a connu tant de problèmes qu’il a fait l’objet d’importantes critiques du Vérificateur général au fil des ans. L’échec institutionnel s’inscrit donc dans le temps et revêt un caractère systémique. Chaque fois, dépassements de coûts et retards dans le calendrier d’implantation émaillent la feuille de route.

La toile de fond est sombre : au fiasco de SAAQclic se sont ajoutés en septembre les dérapages du Système d’information en finances et en approvisionnement (SIFA) de Santé Québec, qui ont mis l’ex-première ministre Christine Fréchette dans l’embarras le plus complet. Même si l’on sait que l’informatisation des dossiers de santé des Québécois est nécessaire, et que l’on concède qu’une implantation ne peut se réaliser sans quelques hoquets et soubresauts, on ne peut accepter que l’implantation informatique se fasse au détriment de la sécurité des patients ni qu’elle entraîne le démembrement du réseau de la santé.

Les promesses du PQ de remplacer Santé Québec par une autre structure n’ont rien de rassurant, au point que nous avons écrit ici même qu’il s’agissait d’une lubie. La démission de la Dre Ève Bétit de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska n’est pas un acte isolé, ni un geste frivole ou irréfléchi. Des médecins quittent le navire de guerre lasse. Parce que les conditions élémentaires pour soigner les Québécois ne sont plus réunies. Parce qu’ils ne voient pas dans les multiples réformes destinées à améliorer la chaîne de soins des patients la moindre lueur d’espoir. Au contraire, plusieurs estiment qu’on blesse le réseau davantage qu’on ne le soigne. Déjà secoué par une pénurie de travailleurs essentiels (médecins, infirmières, personnel de soutien), le système ne peut subir en plus une chaîne de départs liés à ses multiples dysfonctionnements.

Puisque Arthabaska a perdu des effectifs en pleine implantation du DSN, il est nécessaire que le nouveau gouvernement creuse cette affaire de manière diligente. Un bilan fourni par Santé Québec, qui agirait à la fois comme maître d’œuvre et comme évaluateur, ne serait pas crédible. Un organisme indépendant, tel le Commissaire à la santé et au bien-être, pourrait mener cet exercice avant qu’on envisage une expansion. L’opacité et le jovialisme ne sont plus permis : Québec doit être transparent quant aux incidents liés à la sécurité des patients, sans attendre les révélations journalistiques. Enfin, il faut clarifier au plus vite qui sera le prochain porteur de ce projet : si le PQ veut abolir Santé Québec alors que le DSN est en plein déploiement, il doit protéger ce projet crucial et lui offrir une gouvernance crédible. L’enjeu est de taille, car il s’agit non seulement de rétablir la confiance, mais aussi de mener à terme un projet numérique essentiel.

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