Incendie mortel en mars 2023 | L’immeuble du Vieux-Montréal décrit comme un « piège mortel »

L’immeuble du Vieux-Montréal où sept personnes ont perdu la vie dans un incendie en mars 2023 est décrit comme un véritable piège mortel dans les documents d’enquête de la police de Montréal. Mais le propriétaire affirme que son état était connu des autorités depuis longtemps et qu’elles toléraient la situation.
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Au moment où le brasier a pris naissance, vers 5 h 45 du matin, 22 personnes se trouvaient à l’intérieur de l’immeuble situé sur la place d’Youville, près du musée Pointe-à-Callière. Six en sont sorties indemnes, neuf ont été blessées et sept sont mortes.
Dans des résumés d’enquête déposés au palais de justice de Montréal, les enquêteurs experts en incendies criminels soulignent les nombreuses lacunes dans la sécurité de l’immeuble, où plusieurs logements étaient loués à court terme sur la plateforme Airbnb.
Les documents avaient été déposés à la cour dans le cadre de l’enquête sur le propriétaire Émile Benamor, arrêté en mars dernier et accusé d’homicide involontaire ainsi que de négligence criminelle. Ils étaient confidentiels, mais ont été rendus publics jeudi à la suite des démarches des avocats de La Presse, Radio-Canada et Québecor.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Émile Benamor à sa sortie du poste de police, après son arrestation.
« Dès la première journée de l’incendie, mais aussi les journées suivantes, des informations nous parviennent à l’effet que l’immeuble n’était pas selon les normes de la prévention des incendies », écrit l’un des enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
« Des victimes qui sont sorties nous mentionnent que les fenêtres étaient collées et vissées et qu’elles ne pouvaient pas s’ouvrir de l’intérieur. D’autres mentionnent qu’il y a des logements sans fenêtres. De plus, la plupart des gens qui sont sortis disent ne pas avoir entendu de système d’alarme incendie alors que toutes les pièces étaient remplies de fumée. La plupart d’entre eux avaient loué un appartement via la plate-forme Airbnb », poursuit le policier.
Des sauts dans le vide
Absence de sortie de secours accessible au troisième étage, sortie de secours du deuxième étage accessible par une fenêtre vissée en position fermée, cage d’escalier construite avec un matériel inflammable non-conforme, la liste des problèmes dressée par les enquêteurs est longue.
Un escalier de secours extérieur défectueux a aussi empêché les occupants de sortir en toute sécurité lors du drame. « Une vidéo qui a été visionnée par les enquêteurs permet de voir que les gens qui ont réussi à utiliser cet escalier sont restés suspendus dans les airs. L’escalier n’a pas permis aux évacués de fouler le sol. Ils ont dû sauter dans le vide », lit-on dans les documents policiers.
Un des occupants a raconté aux enquêteurs comment il a réussi à s’extirper de son logement alors que la fenêtre était vissée en place et qu’il ne pouvait atteindre aucune sortie de secours. « Il déclare qu’il a fracassé une vitre à l’aide de ses avant-bras pour ensuite sauter dans le vide à partir du deuxième étage », lit-on dans la déclaration d’un des policiers.
Un locataire a par ailleurs confié aux enquêteurs que les fenêtres de son logement étaient vissées en place et qu’il avait demandé à pouvoir les ouvrir. M. Benamor lui aurait répondu que la Ville de Montréal n’autorisait pas à faire les aménagements nécessaires au niveau des fenêtres en raison du caractère patrimonial de l’édifice, mais que le locataire pouvoir bien les ouvrir par lui-même s’il le souhaitait.
« L’état de l’immeuble est peut-être sans importance »
Les allégations des enquêteurs n’ont pas encore été testées devant la cour. Lors de l’arrestation de M. Benamor, la direction du SPVM avait souligné que sa « gestion de l’immeuble et de l’état des lieux » avaient contribué au drame, même si M. Benamor n’avait pas allumé lui-même le brasier. La preuve démontre par ailleurs que l’incendie est de nature criminelle, et l’enquête sur la personne qui l’aurait allumé se poursuit à ce jour.
Me Alexandre Bergevin, l’avocat du propriétaire Émile Benamor, a souligné hier qu’au terme d’un procès, il se pourrait bien que la preuve démontre que c’est l’incendiaire qui est le seul responsable des décès, et que l’état de l’immeuble n’a pas été un facteur déterminant dans le drame.
« L’état de l’immeuble est peut-être sans importance ou d’une importance relative ce qui est fondamental au débat à venir », a-t-il écrit dans une requête déposée devant la Cour supérieure.
« Toutes les irrégularités invoquées étaient connues des autorités depuis bien longtemps avant l’acte criminel commis par un tiers. La négligence alléguée aujourd’hui n’en était pas une avant l’acte criminel commis par un tiers », a-t-il martelé à nouveau à sa sortie du palais de justice.
Il a souligné que si la situation avait été jugée intolérable, la Ville de Montréal aurait pu évacuer les occupants de l’immeuble bien avant, ce qu’elle n’a pas fait.
La date du procès d’Émile Benamor n’a toujours pas été fixée. Une enquête publique du coroner doit aussi avoir lieu après la fin des procédures criminelles.
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