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Saturday, October 17, 2026

Adrienne Barbeau, une actrice culte au Festival du nouveau cinéma

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Adrienne Barbeau est bien des choses : une autrice, une productrice, et surtout, une actrice culte. Sortis à la queue leu leu, les tout aussi cultes The Fog (Le brouillard, 1980), Escape from New York (New York 1997, 1981), The Swamp Thing (La créature des marais, 1982) et Creepshow (Histoires à mourir debout, 1982) ont, en effet, fait d’elle une icône. Récemment, le Festival du nouveau cinéma a invité Adrienne Barbeau à venir présenter des projections spéciales des deux premiers titres. La nouveauté horrifique Oddities était également au programme. On s’est entretenue avec celle dont le visage demeure l’un des plus emblématiques du cinéma d’épouvante — et des genres avoisinants.

Native de la Californie, mais s’exprimant dans un merveilleux français — héritage canadien-français du côté paternel —, Adrienne Barbeau confesse ne s’être jamais sentie d’affinités avec l’horreur.

« Je n’aime pas avoir peur. À ce jour, je n’ai pas vu Psycho [Psychose], c’est vous dire », confie la comédienne à qui l’on ne donnerait jamais 81 ans.

Pour le compte, c’est par l’entremise du théâtre musical qu’Adrienne Bardeau eut la piqûre du jeu. Sur Broadway, elle joua Hodel, une des filles de Tevye, dans Fiddler on the Roof, puis elle créa le rôle de la rebelle Betty Rizzo dans la production originale de Grease. C’est toutefois la sitcom Maude (1972-1978), en fille divorcée de Bea Arthur, qui l’imposa auprès du public.

Bref, on est loin de l’horreur.

« Quand j’ai lu le scénario de The Fog, je n’y ai d’abord vu qu’une histoire de fantômes. Ce n’était pas, disons, Coming Home [Le retour, 1978] ou The China Syndrome [Le syndrome chinois, 1979], des films à visées sociales. À l’époque, ça comptait beaucoup pour moi : même dans Maude, il y avait un commentaire social. »

Récit d’une ville côtière visitée par des spectres venus se venger d’un crime passé, The Fog, œuvre pleine d’atmosphère, n’a d’autre ambition que de provoquer quelques frissons d’effroi. « Ce film a changé le cours de ma carrière. Comme j’étais jusque-là considérée comme une actrice “de télévision”, je n’avais pas la possibilité d’auditionner pour des films : c’était comme ça, en ce temps-là. »

Une dure à cuire

Justement, c’est sur le plateau d’un téléfilm, le thriller Someone’s Watching Me !, en 1978, qu’Adrienne Barbeau fit la connaissance de John Carpenter, qui venait de triompher avec Halloween (La nuit des masques) et réaliserait ensuite The Fog. Coup de foudre et mariage (jusqu’en 1984).

Le rôle de Stevie Wade, cette animatrice de radio qui se produit depuis les hauteurs d’un phare isolé dans The Fog, Carpenter le conçut pour Adrienne Barbeau. Lorsqu’on fait remarquer à l’actrice qu’il y a beaucoup d’amour, tant dans la manière dont le personnage de Stevie est écrit que dans celle dont Carpenter le met en valeur à l’image, Adrienne Barbeau rougit un peu.

« John a toujours admiré Howard Hawks et les personnages féminins qui tiennent tête dans ces films ; ceux joués par Lauren Bacall, Katharine Hepburn, Barbara Stanwyck… Il y avait de ça dans Stevie. »

Évidemment, Adrienne Barbeau n’avait aucune idée qu’après son modeste succès initial, The Fog ferait l’objet d’une admiration aussi durable auprès d’un public fervent. Idem pour Escape from New York, film d’anticipation dans lequel la métropole états-unienne est désormais un vaste pénitencier insulaire. Adrienne Barbeau joue, au sein d’un troupeau de brutes mâles, Maggie, une vraie dure à cuire.

« J’ai adoré le concept. Et ce personnage, Maggie, je la comprenais. Je la connaissais, intimement. Je me suis tellement donnée ! Sachant que dans ce contexte dévasté, Maggie n’avait accès à rien pour s’embellir, j’ai imaginé que son vernis à ongles argent venait de piles fondues, j’ai fait blanchir des os de poulet pour m’en faire des barrettes… Je me trouve un peu ridicule quand j’y repense. »

Les légions de cinéphiles qui continuent de faire une fête à Escape from New York ne seraient sûrement pas du même avis.

Femmes de caractère

Quoi qu’il en soit, cette dimension « dure à cuire » est sans conteste le fil conducteur de la feuille de route d’Adrienne Barbeau : à répétition, et cela, dans tous les registres, elle a incarné des femmes de caractère. C’est encore le cas dans Oddities, où elle interprète la propriétaire secrètement redoutable d’un magasin de curiosités.

« Je ne sais pas si c’est moi qui ai choisi ces rôles, ou si ce sont ces rôles qui m’ont choisie. En fait, je pense que j’ai hérité ça de ma mère, de mes tantes et de ma grand-mère. Ma grand-mère maternelle a fui le génocide en Arménie et a émigré aux États-Unis. C’était une femme courageuse, une battante. J’aime à croire qu’elle nous a transmis ça. »

Pensive, Adrienne Barbeau poursuit : « Même mes premiers rôles, sur Broadway, c’étaient des personnages féminins avec de forts tempéraments. Rizzo dans Grease… Hodel dans Fiddler on the Roof : elle décide de partir pour la Sibérie ! »

Sans oublier l’aussi drôle que terrifiante Billie dans Creepshow. Entre deux verres, la voici qui invective son mari mollasson d’hilarante façon.

« On voit Billie mettre du lait dans son whisky : c’était mon idée. J’ai jadis travaillé dans un restaurant appartenant à un mafieux, et son frère coupait son whisky avec du lait pour ménager son ulcère. Vous savez, j’ai failli refuser ce film : je trouvais le scénario trop dégoûtant. C’est John qui m’a encouragée en m’expliquant que George A. Romero avait réalisé Night of the Living Dead [La nuit des morts-vivants, 1968] et qu’il était un maître. Et Tom Atkins, qui était devenu un ami sur The Fog, avait déjà accepté d’y jouer et m’a promis que le film serait très stylisé, comme un comic book. »

Prise d’un fou rire, Adrienne Barbeau y va d’une savoureuse anecdote.

« En 2010-2011, j’ai participé au vénérable téléroman d’après-midi General Hospital. Dans une scène, mon personnage, Suzanne Stanwyck, fait face à deux grands types qui lui barrent la route. Elle leur dit, et je vous rappelle qu’il s’agit d’un téléroman d’après-midi : “Et maintenant, poussez-vous de là ou je vous jure devant Dieu que je vous fais des boucles d’oreilles avec vos couilles !” C’était un clin d’œil à Creepshow : c’est une des répliques les plus célèbres de Billie. »

Avènement de conventions

Au sujet de toutes ces productions ayant développé le fameux statut « culte » auxquelles elle a participé, lesquelles incluent en outre la comédie Back to School (Retour à l’école, 1986), la série Carnivàle (2003-2005) ainsi qu’un « caméo » vocal dans The Thing (La chose, 1982), Adrienne Barbeau s’avoue reconnaissante, mais incapable d’expliquer le phénomène.

« Je le vis un peu de l’extérieur : je ne suis moi-même pas quelqu’un qui collectionne les films ou qui les revisite. C’est l’avènement des congrès, comme ComicCon, depuis 15, 20 ans, je dirais, qui a fédéré les passionnés et cimenté le statut culte de films comme The Fog et Escape from New York. »

Au risque de faire rougir Adrienne Barbeau une seconde fois, on se réjouira qu’au passage, son immortalité cinématographique s’en soit trouvée assurée.

Les films The Fog et Escape from New York sont disponibles en VSD sur la plupart des plateformes.

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