Guerre en Ukraine : les violences sexuelles utilisées comme moyen de torture, selon l’ONU

Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine en février 2022, au moins 1004 cas de violences sexuelles ont été recensés par l'Organisation des Nations unies (ONU).
Parmi ces cas, 89 % ont été commis par des membres des forces russes et 11 % par des militaires ou des gardiens de prison ukrainiens.
Avertissement : ce texte contient des témoignages d’agression sexuelle et de torture et pourrait contenir des passages difficiles à lire pour certaines personnes.
L'ONU a précisé que les chiffres du rapport publié vendredi sous-estiment considérablement le réel nombre de victimes, car Moscou a refusé que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) accède au territoire ukrainien occupé, aux prisonniers de guerre et aux civils ukrainiens détenus.
La violence sexuelle a été utilisée comme méthode de torture et comme autre forme de traitement ou de peine cruel, inhumain ou dégradant
, a détaillé le HCDH.
Pour documenter les crimes, l'ONU s'est appuyée sur des centaines de témoignages confidentiels de victimes.
Le rapport de 20 pages du HCDH décrit des actes commis par les deux camps tels que des viols, des mutilations génitales, des agressions sexuelles, des décharges électriques sur les parties génitales ou des coups portés aux parties génitales.
L’ONU a relevé que, du côté ukrainien, aucun cas de violence sexuelle envers des enfants n’a été signalé et qu’environ la moitié des incidents documentés étaient des menaces de violences sexuelles sans passage à l’acte.
Je suis profondément alarmé par la fréquence de ces actes odieux recensés dans notre rapport, et je crains qu’ils ne se poursuivent presque à coup sûr dans le contexte de la violence incessante dont nous sommes témoins chaque jour en Ukraine
, a indiqué le haut-commissaire de l'ONU aux droits de la personne, Volker Türk.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, lors de la 63e session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, à Genève, le 7 septembre 2026.
Photo : Getty Images / FABRICE COFFRINI / AFP
La plupart des victimes sont des hommes, souvent des militaires, qui ont été capturés par l’ennemi et détenus pendant de longues périodes. Plus de la moitié des prisonniers de guerre ukrainiens ont été battus ou ont subi des décharges électriques sur leur corps alors qu’ils étaient nus.
L’un d’entre eux a témoigné avoir été soumis à un viol collectif en prison, avec l’utilisation d’une matraque de police, ce qui a entraîné une hémorragie qui a duré plus d’une semaine.

Des recrues ukrainiennes des Forces d'assaut aérien se reposent à l'issue d'une formation militaire de base, dans un centre d'entraînement situé dans un lieu tenu secret, le 27 mars 2026.
Photo : Getty Images / ROMAN PILIPEY / AFP
Des civils, y compris des femmes et des enfants, ont également subi des abus. La plus jeune survivante de viol recensée avait quatre ans et la plus âgée était une femme de 82 ans; dans les deux cas, les auteurs des actes étaient des membres des forces armées russes.
Une fille de 17 ans a été enlevée par deux soldats russes en mars 2024 et violée à plusieurs reprises. Par la suite, la jeune fille n’a pas pu consulter de gynécologue, car elle ne possédait pas de passeport russe, indispensable pour accéder aux services médicaux dans cette région occupée.
La Russie refuse de coopérer
Le HCDH a demandé aux dirigeants des deux nations de mener des enquêtes sur les dénonciations de violences sexuelles rapidement, de manière approfondie et impartiale
, afin que les responsables soient pleinement traduits en justice, quels que soient leur grade ou leur affiliation
.
Bien que la Russie et l'Ukraine soient concernées, Moscou, qui n'a pas souhaité collaborer à l'enquête, doit prendre des mesures concrètes et tangibles pour protéger les civils et les prisonniers de guerre contre toutes les formes de torture, y compris les violences sexuelles
, a lancé M. Türk.

Le président russe Vladimir Poutine vote en ligne lors des élections législatives à Moscou, le 18 septembre 2026.
Photo : Getty Images / VYACHESLAV PROKOFYEV / AFP
Depuis mars 2024, l’armée russe a aboli toute responsabilité pénale pour les soldats ayant commis des crimes avant leur enrôlement militaire (à l’exception de quelques crimes spécifiques, tels que les abus sexuels sur mineurs) et aux militaires en service actif.
La Russie avait par ailleurs été inscrite en mai dernier sur la liste noire de l'ONU se rapportant aux violences sexuelles lors des conflits pour ses gestes commis depuis le début de la guerre.
De son côté, le ministère de la Défense et le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes ont publié des instructions relatives au respect du droit international humanitaire et une procédure a été mise en place pour procéder à des enquêtes internes en cas de non-respect à ces règles.
Toutefois, l'HCDH met aussi en garde le gouvernement ukrainien, afin qu'il veille sur le respect des droits des prisonniers de guerre détenus en Ukraine.
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