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Thursday, October 22, 2026

Lula et la conjuration de l’extrême droite

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Beaucoup, mais trop tard ? À quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle au Brésil, dimanche prochain, le président sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, a réussi un tour de force la semaine dernière en faisant adopter par le Parlement une réforme constitutionnelle majeure qui va entraîner la réduction du temps de travail pour des millions de Brésiliens.

Cette mesure économique et sociale était promue depuis des années par le Parti des travailleurs (PT) au pouvoir. Concrètement, elle va faire passer la semaine de travail à 40 heures par semaine et accorder deux jours de congé hebdomadaire dans un pays qui n’en offrait pour le moment qu’un.

Mais plus que tout, Lula compte désormais sur cette promesse tenue, en pleine campagne électorale, pour renverser la vapeur dans un scrutin où il se retrouve dans une posture fragile depuis le premier tour.

Le 4 octobre dernier, à la surprise générale, cette figure forte de la gauche brésilienne s’est fait devancer par son opposant populiste Flávio Bolsonaro, avec 45 % des suffrages, contre 47 % pour le fils de son prédécesseur d’extrême droite Jair Bolsonaro, condamné l’an dernier à 27 ans et 3 mois de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite de 2022.

« Cette réforme constitutionnelle constitue une victoire législative importante pour le gouvernement, et elle vient renforcer la position de Lula et son programme électoral lors du second tour des élections », résume le politicologue Lucio Rennó, professeur à l’Université de Brasília. « C’est un sujet primordial pour les travailleurs dans le pays, qui risque de les mobiliser davantage en faveur de Lula », ajoute ce spécialiste en communication politique et sociale joint cette semaine par Le Devoir dans la capitale brésilienne.

L’écart semble se réduire depuis quelques jours entre les deux candidats à la présidence. Le plus récent sondage de la firme AtlasIntel, dévoilé au début de la semaine, indiquait un écart d’à peine deux points entre Bolsonaro fils et Lula, à 50 % des intentions de vote contre 48 %. L’écart était de six points dans la semaine qui a suivi le premier tour du scrutin.

Mais le vieux routier des politiques sociales au Brésil reste sur un terrain défavorable après un premier tour où l’on a sous-estimé le vote de protestation à son endroit, malgré un bilan économique plutôt positif pour ses quatre dernières années au pouvoir. Le vote a aussi confirmé l’attraction de la marque Bolsonaro, malgré le chaos des « années Jair » au sommet de l’État.

« Il se passe ici la même chose que dans d’autres pays », laisse tomber en entrevue l’économiste brésilien Edmar Almeida, joint à Rio de Janeiro il y a quelques jours. « Cela s’appelle le “populisme hystérique” : celui qui crie le plus fort, qui donne l’impression d’être le plus révolté, attire le plus l’attention et finit par convaincre qu’il incarne le changement. »

Changer les perceptions

Lula cherche à conjurer le sort. Dans la foulée de l’adoption de sa réforme constitutionnelle allégeant le temps de travail de 14 millions de personnes, le président de gauche multiplie les annonces économiques à forte portée sociale : la suspension des taxes sur le carburant, la création d’un fonds pour des bourses universitaires, une remise de dettes pour les microentrepreneurs.

Après avoir revalorisé les allocations sociales durant sa campagne du premier tour, il a promis la semaine dernière la gratuité du transport en commun les fins de semaine et multiplie également les apparitions aux côtés de jeunes influenceurs de gauche, comme Ana Elisa, élue députée à 21 ans, qui compte des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un virage spectaculaire pour le président de 81 ans, qui avait négligé depuis des années la communication en ligne, où les extrêmes de la droite dominent au Brésil.

Le 9 octobre dernier, lors d’un rassemblement politique du PT tenu dans la région de Ceilândia, il s’est même proclamé « roi de l’égoportrait », rapportait le média numérique Metrópoles, après avoir commencé sur le tard à utiliser ce format dans de nouvelles vidéos qu’il diffuse en ligne.

Cette stratégie cherche à rameuter les jeunes vers le parti de gauche, à enrayer l’apathie d’une part de l’électorat progressiste, fatigué par la persistance de Lula dans l’espace public, et à convaincre les quelque 20 % d’abstentionnistes du premier tour qu’à 81 ans, il est encore la bonne personne pour diriger le Brésil et préserver sa souveraineté face aux attaques des États-Unis, qui soutiennent la « marque » Bolsonaro.

« Le Parti des travailleurs a déployé des efforts considérables pour mobiliser les électeurs en sa faveur depuis plusieurs jours, notamment par d’importantes manifestations politiques dans les rues du Brésil », dit Lucio Rennó. « La dynamique de la campagne est en train de changer et devient plus favorable à Lula, le PT contrôlant le débat public du second tour. »

Ironiquement, face à la très forte popularité de la réforme constitutionnelle et de la réduction du temps de travail, Flávio Bolsonaro a décidé la semaine dernière de voter pour cette politique sociale portée par le parti de Lula, et ce, après des mois passés à la dénigrer.

Plus jamais…

Cette victoire a fait déferler dans les derniers jours des vagues rouges d’étudiants et d’organisations syndicales dans les rues de São Paulo, de Rio de Janeiro et d’autres grandes villes, pour saluer les promesses tenues de Lula. Les manifestants ont aussi scandé des « Plus jamais Bolsonaro », slogan empreint d’une expérience traumatique pour des millions de citoyens brésiliens issus de la diversité, des marges et des classes sociales populaires ou plus défavorisées, appelant à repousser la famille de l’ex-président loin du pouvoir.

« La forte mobilisation des sympathisants du PT a modifié la perception du déroulement de l’élection », croit Lucio Rennó. « Il existe désormais de plus en plus de doutes quant à une réelle victoire de Flávio Bolsonaro, car lui et son parti ont perdu la main et le contrôle sur le reste de la campagne. »

Cette perception se heurte toutefois à une autre réalité : depuis 1989, chaque candidat arrivé en tête au premier tour au Brésil a été élu au second. Pire : les candidats arrivés en troisième, quatrième et cinquième positions sont tous de droite ; leurs électeurs devraient donc plus facilement se rallier à Flávio Bolsonaro qu’à Lula. À moins d’un miracle, espère toujours la gauche brésilienne à quelques jours du vote.

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