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Friday, November 6, 2026

Thibaut Bruttin, directeur de RSF : "La liberté de la presse n’est pas celle des propriétaires de médias"

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La liberté d’expression sert au citoyen pour faire entendre sa voix dans l’espace public et participer à la vie démocratique. La liberté de la presse, elle, garantit aux journalistes la possibilité de rechercher, de vérifier et de diffuser des informations. Opposer ces deux libertés, c’est brouiller ces concepts distincts.

Les confondre, c’est admettre que n’importe qui peut informer ou faire du journalisme. Une vision que le directeur général de RSF récuse : "Il est clair que la capacité d’action des journalistes exige un véritable sérieux, une véritable méthode, une véritable capacité de projection. Aller sur place, à l’autre bout de la rue ou à l’autre bout du monde, pour vous dire ce qu’il s’y passe. C’est ça, je crois, l’honnêteté du journalisme. Et c'est ça aussi les attendus qui vont avec, d’indépendance, et de pluralisme".

Le "free speech", argument des populistes contre la presse

© Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Aujourd’hui, cette instrumentalisation influence aussi les débats politiques en Europe, notamment lorsqu’il est question de réguler les médias audiovisuels ou les plateformes numériques. Les responsables politiques hésitent à défendre les règles de pluralisme, de peur d’être accusés de censure ou de vouloir limiter la liberté d’expression.

Cette régulation, c’est pourtant ce qui permet qu’un média ne se transforme pas en outil de propagande : "La régulation audiovisuelle est nécessaire pour éviter que les chaînes de télévision ou de radio se transforment en organe de lavage de cerveau, pour expliquer que la liberté de la presse, ce n’est pas la liberté d’expression des journalistes et des propriétaires de médias. Le piège du free speech, c’est quelque chose qui terrorise, qui paralyse tous les décideurs publics, y compris dans les démocraties libérales".

Deux libertés indissociables en démocratie

Thibaut Bruttin rappelle qu’aucune démocratie ne peut fonctionner durablement si l’une des libertés disparaît au profit de l’autre : "Je ne connais pas de société où les citoyens peuvent tout dire et les médias n’ont pas le droit de publier des informations. Et puis de l’autre côté, on ne connaît pas de société où vous avez des médias qui sont en capacité de faire leur travail, mais les citoyens ne peuvent pas ouvrir la bouche".

Pour lui, l’opposition entre les deux est illusoire et sert avant tout à la prise de pouvoir et à la visibilisation de certaines opinions et forces politiques qui, en général, mettent en danger les deux principes.

► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette discussion dans le podcast de Tendances Première.

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