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Friday, November 6, 2026

Associations et citoyens se mobilisent contre le projet "The Dock" à Anderlecht

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C’est un vieux dossier qui refait surface à intervalles irréguliers au sud-ouest de la capitale : celui du "Marais de Biestebroeck", cet ancien dépôt de carburant autrefois propriété du groupe américain Shell, devenu aujourd’hui une friche, et sur laquelle les opérations de dépollution successives on fait ressurgir de l’eau, créant un écosystème typique d’une zone humide naturelle. Pour se rendre compte de la biodiversité du site et de ses atouts, nous suivons Michel Bastin, membre du forum des jardiniers – une association bruxelloise qui lutte pour la préservation des espaces verts.

Michel Bastin, membre du forum des jardiniers et défenseur des espaces verts à Bruxelles, fait visiter le site de l'ancien dépot shell

"Nous sommes ici à l’entrée du marais Bistebroek, qui est une zone humide d’un hectare et demi", derrière une clôture tout près du canal à Anderlecht, Michel Bastin, défenseur des espaces verts à Bruxelles, nous fait visiter le site de l’ancien dépôt de Shell. "Ici, on a une superbe roselière, des saules, des peupliers, des oiseaux. Les ornithologues qui viennent ici reconnaissent des espèces d’oiseaux qui sont typiques des marais, des zones humides" explique ce naturaliste. Sur le site observations.be, sur lequel les visiteurs du marais ont compilé leurs trouvailles, on trouve des centaines de végétaux parmi lesquels des jeunes chênes, des saules blancs, des peupliers, des trembles ou des bouleaux mais aussi une trentaine d’oiseaux différents, parmi lesquels des fauvettes babillardes, des grisettes ou – plus rare – des bouscarles de Cetti pendant leur migration printanière. A la même saison, on trouve également des tritons dans le plan d’eau alors que des chauves-souris s’abritent dans certains bâtiments industriels abandonnés qui bordent le terrain.

Vue depuis l’intérieur du site de l’ancien dépôt Shell © Milan Berckmans

Ilot de fraîcheur contre la chaleur, jardin de pluie face aux inondations

Carte thermique de Bruxelles environnement qui montre la présence d'un îlot de chaleur sur à l'endroit du site

Selon Michel Bastin, cet espace vert a de nombreuses vertus. La première, celle d’atténuer les effets de la chaleur en étant un îlot de fraîcheur dans une zone très bétonnée : "Quand on voit la carte publiée par Bruxelles Environnement de la chaleur urbaine, on voit que le quartier ici est rouge vif. Et au milieu du rouge vif, on voit une tache blanche, c’est le marais ici. […] Plusieurs personnes m’ont dit, quand il fait extrêmement chaud et qu’elles passent par ici, elles sentent un vent de fraîcheur en passant le long du marais". Ce défenseur de l’environnement y voit aussi une façon d’écouler l’excédent d’eaux de pluies en cas de fortes intempéries et d’inondations : "On pourrait imaginer que le marais puisse accueillir des eaux de ruissellement en cas de grosses pluies et que cette eau puisse s’écouler de façon temporisée vers le canal qui est juste ici en face. C’est ce qu’on appelle un jardin de pluie […] un lieu où on excave de façon à ce qu’en cas de très grosses pluies, l’eau puisse s’y accumuler plutôt que de s’accumuler dans les caves des habitants". Selon Michel Bastin, les projets immobiliers situés aux alentours renvoient déjà leurs eaux de pluies vers ce site.

Au fil des dépollutions successives du site et de l’excavation du sol, de l’eau est apparue à certains endroits du site de l’ancien dépôt Shell © Milan Berckmans

254 logements et 5 magasins pour 40.000 mètres carrés

Depuis deux ans, le promoteur immobilier qui est propriétaire de ce terrain tente de construire logements, magasins et espaces verts sur le site de 1,6 hectare. Le projet initial prévoyait plus de 340 logements, ceux-ci ont finalement été agrandis, ce qui réduit donc leur nombre à 254 unités. Selon le permis d’urbanisme octroyé par la région le 21 septembre 2026, le projet comprend 37.000 mètres carrés de logements et un peu plus de 3100 mètres carrés de surfaces commerciales (5 commerces prévus) pour 6 bâtiments au total. Le permis d’urbanisme mentionne également "9 équipements d’intérêts collectifs", sans préciser de quel type d’équipement il s’agit (crèche, clinique, bibliothèque, salle de sport ou centre administratif par exemple). Selon les représentants de l’agent immobilier Vervoordt real estate, qui est propriétaire du terrain, il n’est pas question de "tout bétonner" mais plutôt de recréer une zone boisée au centre du site, après la dépollution des sols – opération très coûteuse, et qui, selon l’aveu du bourgmestre d’Anderlecht, Fabrice Cumps, est impayable pour les pouvoirs publics.

Mais pour Claire Scohier de l’association Inter-Environnement Bruxelles, le projet ne répond pas aux besoins des habitants : "En fait, on crée le gaspillage d’un site à haute valeur écologique, avec des tas de vertus pour les habitants de ce quartier dense, et dans le même temps, ils savent déjà qu’ils ne pourront pas accéder aux logements qu’on veut construire sur le site". Pour cette juriste, de nombreux projets immobiliers dans le cadre du 'plan canal' de la région posent question : "Il y a plus de 4000 logements qui sont prévus, dont 1000 ont déjà été construits, mais moins de 10% sont des logements sociaux".

​​​Le bourgmestre d’Anderlecht, Fabrice Cumps, lui, se veut plus nuancé sur la thématique du logement : "Anderlecht est une des communes qui construit le plus de logements sociaux, et donc il faut voir les choses dans leur globalité. La crise du logement, elle est tellement multiple qu’il faut pouvoir offrir tous […] les types de logements à tous ceux qui en font la demande." L’élu socialiste tient à défendre le projet immobilier "The Dock" : "Il y a une traversée du site qui est prévue, une traversée assez généreuse en espaces collectifs et verts. Et donc ça permettra justement […] l’accès des citoyens à cet espace vert, aux commerces qui seront au rez-de-chaussée et aux équipements." C’est maintenant à la région de décider si elle octroie un permis d’environnement. Il y a 8 ans, les mêmes associations avaient déjà introduit un recours et empêché un autre projet immobilier de voir le jour sur ce site.

L’ancien site de dépôt de carburant vu depuis le rond-point Cureghem © Milan Berckmans

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