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Wednesday, October 14, 2026

Budget européen : la guerre des ciseaux

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C’est un sommet des mécontents qui s’annonce cette semaine. Les dirigeants européens vont découvrir une nouvelle copie chiffrée du cadre financier pluriannuel révisée à la baisse par la présidence irlandaise du Conseil. Mais le coup de rabot donné par Dublin ne suffit toujours pas à convaincre les uns tandis qu’il inquiète les autres.

D’un côté, les "frugaux" : l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède, le Danemark et la Finlande. Six Etats dont les contributions nationales financent près de 40% du budget européen. Ils veulent contenir la facture et refusent de signer un chèque en blanc à l’UE. À noter que si la Belgique n’appartient pas officiellement à ce club, le gouvernement De Wever pousse également pour une baisse de ce budget.

De l’autre, les "amis de la cohésion", un groupe de 17 Etats emmenés notamment par la Pologne, l’Espagne et l’Italie. Ils s’opposent aux coupes budgétaires qui toucheraient la politique de cohésion et la politique agricole commune. Pas question à leurs yeux de sacrifier ces politiques historiques sur l’autel des nouvelles ambitions européennes.

La négobox ou l’art de couper sans fâcher

Au cœur de la bataille se trouve la négobox. Ce document chiffré sert de base aux négociations. Tout est parti, en juillet 2025, d’une proposition ambitieuse de la Commission d’allouer 1985 milliards d’euros à ce budget pluriannuel, soit 1,26% du revenu national brut des Etats membres. Un budget en hausse car il ne s’agit plus seulement de financer les politiques de l’UE mais aussi de rembourser les prêts du plan de relance européen.

Sur la forme, la proposition de la Commission diffère des éditions précédentes en cherchant délibérément à adapter le budget aux nouvelles réalités économiques et géopolitiques : davantage de moyens pour la compétitivité, la recherche, l’innovation, la défense et la sécurité.

Mais à peine dévoilée, la copie suscite déjà des grincements de dents. Dès juillet 2025, le porte-parole du gouvernement allemand juge la hausse inacceptable au regard des efforts budgétaires demandés aux Etats membres. Même son de cloche à La Haye ou Vienne. Le message est clair : les "frugaux" veulent une Europe plus efficace, pas plus dépensière.

Des ciseaux qui ne coupent pas assez

Au premier semestre 2026, la présidence chypriote du Conseil de l’UE tente de rapprocher les positions. Elle abaisse le plafond des dépenses à 1947 milliards d’euros. Un coup de rabot bien trop léger pour les "frugaux" qui réclament une réduction plus importante.

Ce week-end, c’était à la présidence irlandaise de sortir les ciseaux. Sa nouvelle proposition ramène l’enveloppe à 1826 milliards d’euros. Une coupe de 8% par rapport à l’épure initiale de la Commission. Thomas Byrne, le ministre irlandais des affaires européennes défend un compromis équilibré qui ménage les politiques agricoles et régionales tout en préservant les investissements dans les nouvelles priorités en promettant qu’il y a désormais "quelque chose pour tout le monde".

Peine perdue. La formule ne convainc guère. Le chancelier Friedrich Merz monte au front. Il estime que "nous sommes toujours loin d’un accord" et que le montant proposé "ne constitue pas une bonne base" de négociation. La ministre suédoise des affaires européennes, Jessica Rosencrantz juge la copie "déraisonnable". L’Autriche réclame, elle aussi, "plusieurs centaines de milliards d’euros de coupes supplémentaires".

Pour les "frugaux", le régime reste trop riche.

Thomas Byrne, ministre irlandais des affaires européenne a présenté une nouvelle version de la negobox sur le budget européen 2028-2034 qui ne satisfait personne © BELGA

Couper dans l’avenir pour sauver le passé ?

Le problème, c’est que les coupes ne tombent pas partout de la même manière. La proposition irlandaise préserve largement les deux grandes politiques traditionnelles, l’agriculture et la cohésion, tandis que les réductions sont plus marquées dans des domaines comme les investissements dans la compétitivité, la défense, l’innovation et l’action extérieure.

Autrement dit, les économies risquent de toucher précisément les priorités que les dirigeants placent en tête de leurs discours. "On coupe l’avenir pour préserver les dépenses du passé" confie un diplomate européen. Une formule qui résume le dilemme. Mais elle ne règle pas la question de savoir comment financer de nouvelles ambitions sans réduire les dépenses existantes, ni augmenter les contributions nationales.

La Commission, elle aussi, s’inquiète de voir son projet dénaturé. Elle alerte notamment sur la réduction de plusieurs fonds de réserves destinés à faire face aux crises. Un budget plus serré, c’est aussi moins de marge de manœuvre lorsque survient une nouvelle urgence. Et ces dernières années, les crises ont montré qu’elles ne respectent pas les calendriers budgétaires.

Le Parlement monte au créneau

Le Parlement européen non plus n’est pas content. Les eurodéputés ne négocient pas directement cette copie mais ils auront leur mot à dire lorsque les Etats membres auront trouvé un compromis. Or, à ce jour, les quatre groupes de la majorité parlementaire estiment que le compte n’y est pas, y compris au sein du Parti Populaire Européen (PPE), la famille politique du chancelier Merz.

Pour le rapporteur du budget pluriannuel, l’eurodéputé roumain PPE Siegfried Muresan "l’Europe ne peut pas assumer davantage de responsabilités avec moins de ressources".

Derrière les chiffres, c’est donc une bataille politique sur le rôle de l’UE qui est en train de se jouer. Veut-on une Europe capable de financer ses ambitions en matière de défense, d’industrie ou de recherche mais sans augmenter les contributions des Etats membres ? Veut-on préserver la politique agricole et la politique de cohésion mais sans dépenser plus ? Tout le monde veut moderniser le budget européen mais personne ne veut vraiment en assumer le coût.

Le compromis, à quel prix ?

Pour l’heure, les positions restent éloignées. Très éloignées. Les "frugaux" estiment l’enveloppe trop grosse, les autres redoutent de voir leurs financements amputés. Et le Parlement refuse que les nouvelles ambitions européennes ne se traduisent par un budget en trompe-l’œil. Le président du Conseil, Antonio Costa, souhaite parvenir à un accord d’ici la fin de l’année, avant les rendez-vous électoraux en France, en Italie ou en Pologne qui risquent de perturber les négociations. Reste un obstacle plus fondamental à surmonter : les Etats membres devront s’entendre à l’unanimité avant de recueillir le feu vert du Parlement européen. Le casse-tête européen ne fait que commencer.

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