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Tuesday, October 13, 2026

"C'est tout simplement phénoménal" : Martin Scorsese défendra jusqu'au bout ce chef-d'oeuvre absolu et maudit

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Chef-d'oeuvre absolu du cinéma, "La Porte du Paradis" a non seulement scellé le destin de son réalisateur, Michael Cimino, mais aussi entraîné la faillite de son studio. Un cruel échec qui a même eu un impact sur la carrière de Martin Scorsese...

En 1979, Michael Cimino est le cinéaste le plus courtisé d'Hollywood, après la moisson d'Oscars effectuée par son chef-d'oeuvre absolu, Voyage au bout de l'Enfer. A peine deux ans plus tard, il devient un véritable paria. Que s'est-il passé entre les deux ? La Porte du Paradis.

Pour tout dire, certains ne pardonnent toujours pas à Cimino -quand bien même le cinéaste nous a quitté en 2016- cette cruelle démystification de l'Ouest américain, ni d'avoir provoqué la faillite de la United Artists, le mythique studio fondé par Charles Chaplin, D.W. Griffith et Mary Pickford, en raison de ses multiples dépassements de budget.

Tout au long du tournage, Michael Cimino a fait preuve d'un perfectionnisme frisant la mégalomanie. Il y avait déjà quatre jours de retard sur le planning après cinq jours de tournage, car il n'était pas rare que le cinéaste fasse 50 prises d'une même scène.

Au final, le tournage s'est étalé sur 165 jours. Cimino alla jusqu'à faire refaire les espacements entre les édifices d'une rue parce leurs écarts n'était pas le bon, ou repeindre une prairie qu'il jugeait pas assez verte... Les rumeurs enflèrent bien vite, comme celle où on l'accusa d'avoir dépensé 50.000 $ en cocaïne sur le tournage.

"Ce n'est pas une restauration, c'est une reconstruction !"

Le montage fut tout aussi épique puisque Cimino, possédant le "Final cut", posta un garde armé devant la salle de montage qui avait pour ordre de ne laisser entrer aucune personne en provenance d'United Artists. Le studio fut horrifié lorsqu'il découvrit le tout premier montage du film, issu de 220h de rush, d'une durée de 5h25. Cimino expliqua même avoir fait une concession en coupant déjà 15 min dedans.

La durée du film était de toute façon inexploitable, et Cimino ramena sous la contrainte le montage à 219 min. Ce montage ne fut projeté qu'une fois à l'occasion de la première à New York le 19 novembre 1980. Assassiné par la critique, le film ressorti en salle six mois plus tard, dans un montage de 149 minutes. Mais le mal était déjà fait : la mauvaise publicité et les critiques meurtrières de la première avaient déjà ruiné la carrière du film.

United Artists

En 2013, nous avions eu le plaisir et honneur de longuement nous entretenir avec l'immense cinéaste, venu en France pour accompagner la ressortie de son chef-d'oeuvre maudit, dans une version remontée par ses soins. "Ce n'est pas une restauration, c'est une reconstruction !" nous avait-il lâché, comme pour mieux souligner encore les mutilations faites sur son oeuvre d'une beauté sidérante et écrasante, qui reste, 45 ans après sa sortie, un des plus grands films du cinéma américain.

Cet échange fut aussi pour lui l'occasion de revenir sur les violentes critiques faites à son film à l'époque, surtout les critiques américaines, mais aussi d'évoquer ses influences, sans oublier bien entendu de glisser quelques mots sur son film précédent, Voyage au bout de l'Enfer. Magie d'une rencontre où le temps nous a paru comme suspendu.

"La Porte du Paradis nous a tous coulés"

Une telle oeuvre n'a évidemment pas échappé à l'attention de Martin Scorsese; non seulement eût égard à sa place dans l'Histoire du cinéma, mais aussi sur les conséquences funestes de son terrible échec qui a eu des répercussions sur sa propre carrière.

"La Porte du Paradis recèle des éléments merveilleux. Des choses vraiment, vraiment incroyables. Que dire du souci du détail, de l’authenticité, de la mise en scène… Rien que la façon dont les personnages sont placés dans le cadre, dans un plan large ! C’est tout simplement phénoménal" confiait Scorsese au journaliste Kevin Baker, dans un entretien réalisé à l'époque de la sortie de Gangs of New York. Et d'ajouter : "Mais ce qui est arrivé devait se produire. Hollywood a pour objectif – dans l'idéal – de rentabiliser ses investissements au box-office. Vous savez, quand quelqu'un vous donne 40 millions de dollars pour réaliser un film, vous devez penser à gagner de l'argent".

United Artists

Dans ce montage audio de propos de Scorsese sur le film, le réalisateur reprend finalement ce qu'il avait dit à Peter Biskind, dans son livre consacré au Nouvel Hollywood : "La Porte du paradis nous a tous coulés. À ce moment-là, j’ai compris que quelque chose était mort".

La sortie catastrophique du film de Michael Cimino a provoqué la chute brutale de la United Artists, entraînant par la même occasion l'échec de son propre film, Raging Bull. "Ce n'était pas facile de réaliser des films dans les années 70, mais il régnait une atmosphère propice à la création de films exceptionnels. Mais dès les années 80, ce fut un véritable coup d'État". Qui a donc définitivement mis fin à cette décennie de liberté artistique.

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