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Thursday, September 17, 2026

Cinq bédés qui sortent des cases à découvrir

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Nous étions tombé sous le charme de Confessions d’une femme normale, d’Éloïse Marseille, paru en 2022. Dans ce premier album, l’autrice nous racontait, sans pudeur et avec une sincérité désarmante, la honte associée à la découverte de sa sexualité dans une famille où on ne parle pas vraiment de ça. Pour créer Confessions d’une autre femme normale, Éloïse a collaboré avec sa cousine Frédérique, qui a vécu une enfance et une adolescence un peu différentes, auprès de parents pratiquant le nudisme et qui sont, selon ses mots, des « hippies de banlieue ». Considérée comme une weird à l’école, et sans amis, elle apprend vite que, pour être aimée, il vaut mieux, peut-être, ne pas trop se fixer de limites malgré tout ce qui vient avec, dont les relations toxiques. Si cet album est aussi honnête et drôle que le premier, et rien ne nous laisse croire le contraire, il risque de nous toucher droit au cœur et de devenir le genre de livre qu’on laisse traîner afin que des ados le lisent et parlent ouvertement de leur rapport aux relations amoureuses. Bref, on a hâte !

Philippe Girard, sans en avoir l’air, est en train de s’installer confortablement dans la position d’expert raconteur de notre histoire et de notre culture ! Après s’être intéressé à Riopelle et à Borduas, à Gerald Bull et à ses canons, à Leonard Cohen et au passage de Saint-Exupéry au Québec, voilà qu’il nous amène avec lui visiter et rencontrer les fameux fantômes du Forum. Son point de départ ? Le centenaire du Canadien, en 2009, alors qu’une journaliste s’intéresse à la personne fictive d’Émile Laplante, qui aurait été soigneur du club durant les belles années de Maurice Richard et des Coupes Stanley à profusion. L’ouvrage tisse des liens avec la culture populaire de cette époque, où Montréal était résolument ouverte, dans tous les sens du terme, et à laquelle le jazz servait de trame sonore. Connaissant le sens du détail de Girard, nous nous attendons à un album bien fouillé, au contexte fort, et au récit toujours un peu surprenant et quand même personnel, même si on est convaincu de connaître son histoire… et son hockey !

Chris Hedges est un journaliste et essayiste américain, ancien correspondant de guerre du New York Times, devenu une figure de la gauche américaine, critique du militarisme, du capitalisme et de l’emprise des grandes entreprises sur la vie politique. Joe Sacco, quant à lui, est un auteur de bandes dessinées et journaliste malto-américain, pionnier du reportage en bédé. Ses enquêtes de terrain, notamment sur la Palestine, Gaza et la guerre de Bosnie, mêlent témoignages, dessin documentaire et journalisme au long cours. Hedges et Sacco se retrouvent, après une première collaboration, en 2012, sur la pauvreté aux États-Unis, pour nous parler, cette fois, de ces Palestiniens obligés de quitter la bande de Gaza après les attaques du 7 octobre 2023. Dire que nous avons hâte de lire leur point de vue sur ce qui se passe là-bas serait presque un euphémisme, puisque nous avons l’habitude d’être bouleversé, généralement, par le travail de Sacco, qui a le don de venir nous chercher en dessinant, crûment, la vérité.

Lauréate du Prix du Gouverneur général, Anne Villeneuve est une autrice et illustratrice québécoise active depuis plus de 30 ans, notamment en littérature jeunesse. Elle a fait ses débuts en bande dessinée avec Une longue canicule, en 2017, avant d’illustrer La fin du commencement, de Fadi Malek, sélectionné pour le Prix des libraires du Québec en 2023. Avec Trois petits tours pour La Havane, Villeneuve délaisse le typique tout-inclus varaderoesque pour nous proposer un album à mi-chemin entre le carnet de voyage et l’autofiction, pour nous présenter son point de vue sur la vie quotidienne des Cubains. Par contre, nous comprenons très bien que cette vision de Cuba risque d’être quand même décalée, puisque le pays est plongé dans une crise sans précédent depuis le renforcement de l’embargo américain. Ce décalage pourrait justement devenir l’une des forces de l’album, en donnant un visage humain à la crise et en nous aidant à mieux saisir, de l’intérieur, les difficultés vécues par les Cubains.

Ici, l’idée est tellement bonne qu’on est en droit de se demander pourquoi personne n’y avait pensé avant ! Dans Yvon avant Deschamps, c’est sa fille Annie, accompagnée de Sampar (Safarir, Billy Stuart et Capitaine Static), et avec l’aide de l’expérimenté Tristan Demers, qui raconte l’enfance d’une de nos figures nationales les plus importantes, Yvon Deschamps. Nous suivons les tribulations et autres aventures de Ti-Von (c’était son surnom), dans le Saint-Henri des années 1940, pour enfin vraiment saisir ce que fut cette période de sa vie, qui lui a inspiré des monologues que nous considérons comme faisant partie de ses meilleurs, dont le très célèbre Dans ma cour, écrit au tout début des années 1970. Nous retrouvons donc Yvon dans le cadre de sa vie familiale, que nous découvrons quand même joyeuse, pleine d’amour et d’espièglerie, en contraste avec cette idée de la Grande Noirceur, alors que l’Église catholique et Maurice Duplessis gouvernaient la province de Québec d’une main de fer dans… un gant de fer.

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