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Friday, September 18, 2026

L’armée canadienne veut s’inspirer d’un marché de drones ukrainiens controversé

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Le ministère de la Défense nationale du Canada dit vouloir s’inspirer d’une plateforme ukrainienne, surnommée « l’Amazon des drones », pour développer un « marché numérique national des drones ». L’annonce a été faite la semaine dernière par le premier ministre Carney en présence du président Zelensky.

La plateforme, nommée Brave1, a été lancée un peu plus d’un an après le début de la guerre en Ukraine. Elle permet aux unités militaires ukrainiennes de commander de l’équipement militaire à la source, directement auprès des fabricants des technologies.

Elle comporte cependant un aspect controversé, souligne plusieurs experts.

Elle permet aux militaires de gagner des points électroniques chaque fois qu’ils détruisent du matériel appartenant à l’ennemi ou tuent un de ses soldats. Les points encaissés permettent en retour d’acheter du matériel sur Brave1.

La Défense nationale n’a pas donné de spécifications sur la manière dont son marché numérique s’inspirera de Brave1, ni indiqué, jusqu’ici, quels aspects de la plateforme ukrainienne seront repris. Elle n'a pas non plus répondu à notre demande d'entrevue.

Une ludification de la guerre qui inquiète

Dans une vidéo gouvernementale ukrainienne publiée en mai 2025 portant sur Brave1, il est indiqué que les soldats gagnent 6 points pour tuer un soldat russe; 20 points pour endommager un char d'assaut; et 40 points pour sa destruction. Une autre vidéo montre une animation semblable à celles d’un jeu vidéo rétro, où l’explosion d’un soldat tué par un drone génère des jetons dorés.

Les soldats reçoivent leurs e-points une fois que leurs exploits sont vérifiés par un système numérique de gestion des combats. Ces points peuvent notamment servir à commander des drones, des démineurs, des tourelles robotisées, des modules de reconnaissance de cible, ou encore, des armures corporelles.

Le système de points de la plateforme Brave1 a fait l’objet d’analyses (nouvelle fenêtre) par des chercheurs, qui y voient une ludification de la guerre. Maude Bonenfant, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en jeu, technologies et société, est d’accord avec ce constat.

Spontanément, c'est sûr que je vois une sorte de codification de l'information à travers un langage qui est propre au jeu vidéo, indique la chercheuse, après que nous lui avons montré la plateforme et des contenus promotionnels associés.

La plateforme inclut également un tableau de classement des unités ukrainiennes, qui rivalisent entre elles pour obtenir le plus de points. Cela s’apparente aux leaderboards (palmarès) qu’on trouve dans certains types de jeux vidéo compétitifs, observe Maude Bonenfant.

Un tableau de bord montre un classement d'unités militaires.

La plateforme ukrainienne Brave1 met en compétition les unités militaires qui collectent le plus de points de combat.

Photo : Ministère de la défense de l'Ukraine

Ils vont optimiser leur propre pratique sur le terrain, exactement comme on fait avec un avatar de jeu où on va aller chercher l'équipement qui va augmenter la puissance de l'avatar, qui va le rendre plus efficace et qui va faire monter de niveau, fait remarquer la chercheuse.

Bien que la Défense nationale n’ait pas spécifié comment son marché numérique s’inspirera de Brave1, Maude Bonenfant dit qu’elle ne serait pas surprise que l’emploi du langage et de l’esthétique du jeu vidéo soit utilisé dans le contexte militaire et des drones au Canada. 

Un changement de paradigme bienvenu pour l’industrie du drone

Volodymyr Zelensky et Mark Carney s'adressent aux médias.

Mark Carney et Volodymyr Zelensky ont annoncé un accord entre le Canada et l'Ukraine afin de produire des drones.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Guillaume Côté, PDG du Consortium de recherche et d'innovation en aérospatiale au Québec (CRIAQ), récemment sélectionné comme fournisseur qualifié du gouvernement du Canada pour le Marché de l'initiative des drones de défense (MIDD), insiste : son organisme n'a nullement l'intention d'investir le créneau des armes létales. 

Pour lui, la création du marché numérique national du drone représente plutôt un changement de paradigme bienvenu pour l’industrie de la dronautique. 

Alors qu’historiquement, les entreprises désireuses de vendre leurs produits à l’armée devaient répondre à des exigences très précises, le nouveau marché numérique national des drones rendra possible une plus grande créativité de la part des fabricants, croit Guillaume Côté. 

[L’armée], plutôt que de poser la question : as-tu un produit qui a tous les requis techniques?, [demande] : qu'est-ce que tu peux faire pour satisfaire mon besoin?, explique le PDG du CRIAQ, qui soutient que cette initiative permettra aux entreprises de mieux mettre en avant leurs compétences, directement auprès de l’armée.

Il dit ne pas être au courant de l’aspect ludification de la guerre au sein de la plateforme Brave1, et croit plutôt que c’est l’aspect de l’innovation par la collaboration du modèle ukrainien dont le Canada veut s’inspirer. 

[Les Ukrainiens] ont réussi à résister parce qu'ils ont établi des boucles de rétroaction très, très rapides entre les forces et les manufacturiers, indique Guillaume Côté. Il soutient que ces boucles de rétroaction ont permis d’innover pour la défense. Le succès de cette innovation, selon lui, découle de la collaboration étroite entre l’industrie et les forces armées.

C'est ça qui inspire l'initiative canadienne des drones en défense, conclut-il.

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