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Thursday, October 15, 2026

«Bismillah c’est les ténèbres»: pourquoi les lycéens français manifestent-ils avec des mèmes?

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Les blocus et manifestations organisées par les lycéens et étudiants en France sont un terrain fertile pour plusieurs mèmes et slogans qui s’inspirent de codes nés sur les réseaux sociaux. Que ce soit les « Bismillah c’est les ténèbres » ou les « batailles d’aura » lancées lors des manifestations, ces jeunes qui espèrent du meilleur financement pour leurs écoles utilisent tout particulièrement l’humour pour communiquer. Qu’est-ce que cela veut dire ? Décryptage.

Pour Jean-Michel Berthiaume, docteur en sémiotique et spécialiste en culture populaire, le fait que l’origine ou le sens des référents qui sont utilisés soient inconnus pour une grande frange de la population est directement en lien avec l’utilisation qui est faite des mèmes et expressions. « C’est pour créer un système de communication fermé entre eux, on est plus dans le repère de la reconnaissance que pour s’adresser à la population extérieure », explique-t-il.

« Si tu reconnais ou si tu es capable de décoder cette communication-là efficacement, c’est comme une sorte de signal pour dire que tu fais partie du mouvement », poursuit M. Berthiaume. L’inverse est aussi vrai : ne pas reconnaitre le sens d’un mème ou d’un slogan peut vouloir dire « que tu fais probablement partie de la gang qu’ils sont en train d’essayer de renverser », note-t-il.

Aux yeux de l’expert qui a longtemps étudié les mèmes, l’humour peut aussi être utilisé comme un « objet d’unification, de création d’un groupe ».

L’exemple du « Bismillah c’est les ténèbres » s’inscrit dans cette analyse : la phrase provient d’une capture d’écran d’une discussion sur l’application Snapchat où un utilisateur écrit « Bismillah c’est les ténèbres / C’est quand le blocus wallah mon frangin on vas tout casser / Met moi dans le groupe blocus Aicheck [sic] ».

Cette capture d’écran a fait le tour des réseaux sociaux et la théorie dominante reprise par le mouvement est que ce message serait une tentative d’infiltration policière.

Les jeunes n’ont pas attendu pour reprendre à la dérision cette ligne, qui ne veut rien dire en tant que phrase, pour critiquer la vision que les policiers ont d’eux. « Pointer des maladresses, c’est la meilleure manière de montrer que l’empereur est nu, que ces gens-là en position d’autorité sont tout autant ridicules et risibles que la population », souligne Jean-Michel Berthiaume, qui y voit une utilisation classique des mèmes.

Pas la première fois

Mettre l’humour ou la culture populaire au premier plan d’une cause militante n’est d’ailleurs pas dans le domaine du nouveau : le phénomène était observable lors des manifestations du printemps érable en 2012 ou plus récemment lors des mouvements de protestation dans des pays du sud de l’Asie qui ont repris l’iconographie du drapeau pirate du personnage de Luffy dans le manga One Piece, rappelle le docteur en sémiotique.

« Il y aura toujours un système d’engagement exclusif à la jeunesse, affirme-t-il. Ça se renouvelle, il y a toujours une nouvelle génération qui va produire des nouveaux référents pour être capable d’utiliser la langue pour s’identifier entre eux, mais aussi s’en servir pour identifier qui n’est pas des leurs. »

Dans une vidéo publiée par le collectif Œil au beurre noir, la militante Greta Thunberg présente le mouvement des lycéens français dans l’optique d’obtenir du financement pour le soutenir et conclut son message en lançant un « Bismillah c’est les ténèbres », suivi de gestes que l’on retrouve souvent dans les « batailles d’aura », ces duels de confiance et de charisme qui sont particulièrement populaires chez la génération Z et sur les réseaux sociaux.

Qu’une personnalité comme la militante suédoise qui s’est fait connaître pour ses revendications écologiques rejoigne le mouvement et adopte ses codes, c’est l’équivalent de dire « je comprends [vos mèmes], je suis votre bord », dit M. Berthiaume.

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