Début du vote pour une élection cruciale aux États-Unis
Il est arrivé à l’aube, à l’ouverture du bureau de vote, dans un centre communautaire du nord de Austin au Texas, pour déposer son bulletin dans l’urne. Dans les cinq premiers…
« Ces élections sont d’une importance capitale, a justifié à sa sortie Frank Popelar, chercheur en ingénierie et aérospatial à l’Université du Texas. Je suis très préoccupé par les attaques contre l’État de droit dans notre pays. Ce qui s’est passé ici depuis deux ans est tout simplement horrible ». Il cite en rafale les guerres commerciales, le mépris des alliés des États-Unis, les attaques contre les immigrants, le parfum de corruption qui se répand au-dessus de Washington… « Pour moi, tout ça est répugnant. Et il faut que ça cesse ».
Comme Frank Popelar, des millions d’Américains se sont dirigés vers les urnes mardi matin partout au pays pour participer aux élections de mi-mandat. Ce scrutin vise à renouveler des centaines de sièges de députés à la Chambre des représentants, de sénateurs à Washington ainsi que plusieurs sièges dans les postes électifs à l’échelle locale. Il va également décider de la balance du pouvoir au Congrès où les démocrates espèrent retrouver des majorités dans les chambres basses et hautes de l’appareil législatif.
Au Texas, le parti démocrate cherche également à conjurer le sort que les électeurs lui réservent depuis des années, en tentant de voler le siège de sénateur aux républicains qui ont renforcé leur emprise sur cet État du sud depuis le début de siècle.
« Il y a une forte probabilité que cela se produise, a laissé tomber la semaine dernière, Klaus Bartels, bénévole pour la campagne démocrate dans la 35e circonscription du Texas. Beaucoup d’électeurs ont changé d’avis sur Donald Trump dans la dernière année, après avoir cru à ses mensonges proférés lors de sa campagne présidentielle de 2024. Il promettait de baisser les prix, de s’occuper des immigrés criminels, les pires, les violeurs, les meurtriers, etc. Il a dit qu’il ne déclencherait aucune guerre. Et il a complètement renié tous ses engagements ».
Cet ancien militaire à la retraite ajoute : « C’est le pire président que les États-Unis aient jamais connu, tant sur le plan économique que par sa brutalité ».
Une forte mobilisation
Cette journée de vote aux États-Unis a été précédée par une campagne compliquée pour les républicains. Ils ont été forcés de composer avec une impopularité croissante du président au sein de la population et de l’électorat naturel du populiste, des consommateurs désabusés par la hausse des prix, ainsi qu’avec un désavantage systémique, les élections de mi-mandat étant généralement défavorables au parti au pouvoir.
Au total, républicains et démocrates ont dépensé 3,9 milliards de dollars en publicité électorale, ce qui fait de ces élections de mi-mandat les plus coûteuses depuis au moins 2018. Signe d’inquiétude pour les républicains, leurs dépenses surpassent celles des démocrates dans plusieurs États pourtant considérés comme des châteaux forts conservateurs, comme le Texas, l’Ohio, l’Iowa ou encore le Kansas où les démocrates espèrent créer la surprise mardi soir.
Le climat politique divisé, couplé aux préoccupations importantes sur l’augmentation du coût de la vie, sur l’attitude des États-Unis à travers le monde, particulièrement avec leurs partenaires commerciaux et diplomatiques historiques, dont le Canada fait partie, ou encore sur l’augmentation du niveau de corruption à la Maison-Blanche, semble avoir mobilisé les électeurs. 56 millions d’Américains ont déjà exercé leur droit de vote par anticipation, et ce en personne ou par la poste. C’est 9 millions de plus que lors des élections de mi-mandat de 2022. La grande majorité de ces électeurs hâtifs sont démocrates (46 %) et indépendants (19 %), alors que les républicains représentent un tiers du total.
Dans les derniers jours de la campagne, le président Donald Trump a entretenu ses attaques régulières contre le processus électoral en multipliant les déclarations sur d’importantes fraudes massives en cours, et ce, sans jamais en apporter la preuve. La tactique vise à discréditer les institutions démocratiques du pays, à entretenir les réseaux complotistes dont son mouvement politique profite et à préparer le terrain en vue de la contestation d’éventuels résultats défavorables pour son parti.
Lundi, la Cour suprême des États-Unis a rejeté toutefois sa demande de suspendre temporairement le dépouillement par la Californie des bulletins de vote par correspondance de plus de 20 000 électeurs inscrits. Le président affirmait qu’ils n’ont pas été produits par des citoyens américains.
Une cour d’appel fédéral avait rejeté sa requête du président la semaine dernière, en lui rappelant que la gestion du processus électoral relevait des États et non du gouvernement fédéral.
Dans les dernières semaines, Trump a alimenté sa campagne de discrédit en offrant une récompense d’un million de dollars à toute personne signalant des cas de fraude électorale durant ces élections, à condition de cela aboutisse à une condamnation. Après l’analyse des scrutins de 2016, 2018 et 2020 et 2022, la Brookings Institution, groupe de réflexion sur la démocratie, a établi un taux d’erreur de 4 bulletins de vote par correspondance sur 10 millions.
Discours final
Lundi, Donald Trump a choisi l’emblématique Lincoln Memorial Reflecting Pool, bassin au cœur de Washington qui a été le décor de grands moments historiques, pour livrer son discours final aux électeurs avant le jour du scrutin. Il y a dénoncé la « corruption » des démocrates, parlé une fois de plus d’« élections frauduleuses » et décrié une opposition qui, « a présenté la liste de candidats la plus extrémiste et la plus dangereuse de l’histoire américaine », a-t-il dit. Il a affirmé aussi avoir accompli « plus dans les deux dernières années que n’importe quel autre gouvernement dans l’histoire des États-Unis » et avoir tenu chacune des promesses faites durant sa campagne électorale de 2024, « et même plus ».
Ses détracteurs se sont étonnés du choix de l’endroit pour cet ultime discours de la campagne. Ce bassin a illustré cet été l’improvisation et le caractère décousu des décisions prises par le nouveau gouvernement. Il a fait l’objet d’une rénovation bâclée orchestrée par la Maison-Blanche qui a forcé sa fermeture au milieu des célébrations de 250e anniversaire de naissance du pays. Un simple passant a été arrêté et traînée devant les tribunaux, accusé d’avoir vandalisé l’endroit pour faire mal paraître le président. Un juge a rejeté la procédure, faute de preuve.
La rénovation devait coûter 1,8 million. La facture actuelle est de 16 millions.
Une défaite du parti de Donald Trump lors de ces élections risque d’entraver la poursuite de ses politiques, mais aussi d’amplifier les confrontations entre républicains et démocrates. Lundi, lors d’une interview pour l’émission Pod Force One, Donald Trump a prévenu : si les démocrates prennent le contrôle du Congrès, il va « devenir Monsieur Veto » et s’opposer ainsi aux politiques soumises par l’opposition. « Je ne les laisserai pas faire ».
De la musique aux oreilles de Stefany, électrice dans la jeune trentaine venue déposer son bulletin de vote tôt mardi matin au nord d’Austin. « Avec mon mari, nous avons déménagé au Texas pour avoir plus de liberté », a-t-elle dit. « Nous étions au Wisconsin où les politiques libérales commençaient à nous coûter trop cher. J’espère que notre État d’adoption va rester rouge [la couleur du parti républicain] tout comme le reste du pays ».
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