La FPJQ a des attentes élevées envers le nouveau gouvernement provincial
La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) demande au nouveau gouvernement du Parti québécois (PQ) d’agir rapidement sur plusieurs dossiers qui concernent le droit au public d’être bien informé. Selon son président, Éric-Pierre Champagne, l’association suivra aussi de très près les déclarations de Paul St-Pierre Plamondon, qui a adopté quelques fois un ton accusateur à l’endroit des médias.
En prévision du Congrès de la FPJQ, qui a lieu à Sherbrooke jusqu’à dimanche, M. Champagne a discuté avec Le Devoir des priorités de l’association pour l’année à venir. La première est de militer pour une modification à la Loi sur le Barreau, pour éviter que les médias soient forcés d’être représentés par un avocat devant la Commission d’accès à l’information (CAI).
Bien souvent, lorsque les journalistes veulent obtenir des documents auprès d’organismes publics, comme des ministères et des sociétés d’État, ils font face à des refus ou reçoivent des documents fortement caviardés. Ils peuvent alors s’adresser à la CAI pour contester les décisions rendues qui les privent d’information.
« Quand je regarde ce qui se fait dans les médias, beaucoup de bons reportages sont issus de demandes d’accès à l’information. Je pense notamment au Journal de Montréal, qui a sorti le scandale des dépenses à l’Office de consultation publique de Montréal. Ça reposait sur des factures obtenues de cette manière », souligne M. Champagne.
Or, l’ancien gouvernement de François Legault a voulu empêcher les journalistes de déposer des recours à titre personnel et de pouvoir ainsi se représenter eux-mêmes. Dans des causes qui sont présentement devant les tribunaux, le procureur général du Québec justifiait sa position en invoquant la Loi sur le Barreau.
Dans le contexte où plusieurs médias ont une situation financière difficile, le risque est qu’ils évitent désormais cette démarche très coûteuse, déplore M. Champagne, qui craint que les citoyens soient alors privés de reportages d’intérêt public.
« Il y a une certaine urgence, parce que deux journalistes sont actuellement devant le tribunal dans cette affaire-là. La FPJQ et beaucoup de médias ont formé un regroupement qui doit être entendu comme partie intéressée, mais ça entraîne des coûts significatifs », déplore M. Champagne.
Le problème pourrait être corrigé dès la reprise des travaux parlementaires à l’Assemblée nationale, en ajoutant la CAI aux exceptions prévues par la Loi sur le Barreau, dit-il. C’est un changement qui est appuyé par le Barreau du Québec lui-même.
La FPJQ réclame également que la ministre responsable de l’Accès à l’information, Marie-Claude Sarrazin, se penche dès cette première année de mandat sur la réforme de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics, « afin de réduire les délais, de limiter les exceptions et de renforcer l’accès réel à l’information publique ».
« Il y a des indices de la part du PQ laissant croire qu’ils sont ouverts à faire ce travail-là, estime M. Champagne. L’accès à l’information, c’est un pilier d’une société démocratique. »
Critiques des médias
La FPJQ s’intéressera plus largement aux actions du nouveau gouvernement à l’égard des médias. Rappelons que le premier ministre a confié au ministre de la Culture, du Patrimoine et des Communications, Pascal Bérubé, le mandat de se pencher sur le rôle des médias d’information, afin d’encourager « une information de qualité et objective » dans toutes les régions du Québec.
Pendant la campagne électorale, l’Association canadienne des journalistes avait dénoncé l’attitude de Paul St-Pierre Plamondon envers les médias. À la table éditoriale du Devoir, entre autres, le chef du Parti québécois avait accusé le système médiatique de distorsionner ses propos et d’encourager la désinformation, dans le but de « générer des clics » et même peut-être d’avantager d’autres partis. Est-ce que les propos parfois très durs du premier ministre envers les médias inquiètent aussi la FPJQ ?
« Oui, c’est un souci, répond M. Champagne. Il a le droit de critiquer le travail des médias. Tout est dans la façon, les mots employés. On n’a pas réagi à ce qui s’est passé en campagne électorale, on voulait éviter de devenir l’histoire. Mais c’est clair qu’on regarde ça de très près. »
Pour l’instant, M. Champagne parle de « petits signaux d’alarme ». « Les politiciens ont une responsabilité importante, parce que leur voix a de l’influence. C’est pour ça que la critique qu’ils font, elle doit demeurer constructive et ne pas tomber dans l’attaque. »
Par ailleurs, la FPJQ souhaite que le gouvernement travaille à mieux protéger la propriété intellectuelle des médias face au pillage effectué par l’intelligence artificielle. Elle lui suggère aussi de pérenniser et d’indexer les crédits d’impôt à la main-d'œuvre journalistique.
Recruter des membres
Durant la prochaine année, la FPJQ compte remédier à la baisse de son effectif, qui se situe aujourd’hui autour de 1400 membres. Elle mettra en place une stratégie de recrutement. Soulignons que l’adhésion est volontaire pour les journalistes, puisqu’ils n’en ont pas besoin pour pouvoir pratiquer leur métier au Québec.
« La FPJQ est la seule du genre à défendre le droit du public à l’information et l’indépendance journalistique. On fait énormément de travail, notamment en participant à des commissions parlementaires, en rédigeant des mémoires, explique M. Champagne. Et la cotisation, à moins de 200 $, est moins chère qu’un abonnement annuel à Netflix. »
Notons finalement que la FPJQ a une nouvelle directrice générale depuis début septembre. Stéphanie Mac Farlane succède à Martine Desjardins, qui est devenue secrétaire générale du Conseil de presse. Mme Mac Farlane était rédactrice en chef de l’hebdomadaire Le Canada français, à Saint-Jean-sur-Richelieu, depuis 2023. Elle a auparavant travaillé pour Radio-Canada, TC Média et Icimédias. Elle s’implique au sein de la FPJQ depuis 2020.
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