Le Texas se réveille bouleversé par les élections de mi-mandat
« La soirée d’hier m’a coupé le souffle », a laissé tomber Miles Ward, 26 ans, venu manifester sa joie aux abords du Mémorial John F. Kennedy de Dallas, au lendemain des élections de mi-mandat qui, mardi soir, ont consacré une victoire écrasante des démocrates au Texas, comme ailleurs au pays. « J’ai connu le Texas républicain toute ma vie. Mais hier, ce qui s’est passé a été tout simplement incroyable », a-t-il ajouté.
En 2021, Elon Musk a déménagé le siège social de Tesla de la Californie au Texas, dénonçant les politiques trop libérales de l’un et embrassant le conservatisme souvent radical de l’autre. En 2024, il a installé son Space X au sud du Texas et posé les bureaux de son réseau X à Austin. En 2026, il est devenu résident du Texas républicain, plus en phase avec son idéologie, clamait-il. Et il a injecté des millions de dollars dans la course électorale, pour soutenir les candidats républicains.
Mais mercredi matin, le multimilliardaire s’est réveillé dans un État qui pour la première fois en 30 ans a décidé de mettre son destin entre les mains des démocrates.
À la surprise générale, les urnes ont rejeté mardi soir le gouverneur républicain Greg Abbott, élu la première fois il y a 11 ans, pour confier la gouvernance du Texas à la démocrate Gina Hinojosa. Elle deviendra la première femme hispanique à occuper le poste.
Le jeune politicien James Talarico a poursuivi son ascension spectaculaire en décrochant le siège de sénateur de l’État qui était en jeu, avec une avance de plus d’un million de voix sur son opposant Ken Paxton. Cet ex-procureur général du Texas a été rattrapé par plusieurs scandales durant la campagne électorale.
Mercredi matin, les démocrates étaient également en bonne voie de prendre le contrôle de la Chambre des représentants du Texas, sous majorité républicaine depuis 2003.
Les électeurs ont également déjoué les plans des républicains qui, l’an dernier, ont redessiné les contours de plusieurs circonscriptions électorales afin de se donner un avantage sur les démocrates. Le gain espéré était de cinq sièges. Il ne s’est pas produit, en raison d’un vote hispanique sur lequel Donald Trump a pu compter en 2024, mais qui, deux ans plus tard, s’est en grande partie retourné contre lui.
La difficulté de joindre les deux bouts pour des milliers de familles des circonscriptions du sud à forte représentation latino, couplée à la violence de la répression du gouvernement contre les immigrants, a en grande partie accompagné ce changement d’allégeance dont les démarcations ont profité.
« Ces victoires indiquent que la coalition républicaine au Texas est plus fragile qu’on le pensait, que les électeurs latinos du sud du Texas ne constituent pas un électorat républicain acquis, et que la qualité d’un candidat peut transcender les clivages partisans, même dans un État profondément républicain, résume en entrevue le politicologue Michael Adams de l’Université du Sud du Texas. Le vote au Texas a aussi été un référendum sur le climat politique national. »
Menteur sanctionné
« Beaucoup de gens étaient en colère contre Donald Trump et la manière qu’il a de diriger le pays, a résumé Joycelyn Smith, infirmière dans la région de Dallas. Ils ont voté hier pour lui dire qu’il en avait marre de tous ses mensonges ».
La baisse de popularité du président, son incapacité à résoudre le problème de l’augmentation du coût de la vie, sa guerre en Iran, … ont produit une vague bleue, couleur des démocrates, au Texas, mais également ailleurs au pays, où l’opposition a fait des gains remarqués. Elle a repris un siège de sénateur dans le très conservateur Texas pour la première fois depuis 1932, elle a pris le contrôle de la Géorgie avec l’élection de la première femme afro-américaine au poste de gouverneure, elle a délogé la candidate de Donald Trump, Darline Graham, sœur de l’ex-sénateur ultrainfluent au sein des républicains Lindsay Graham, décédé l’an dernier, au poste de sénateur de la Caroline du Sud, un bastion ultra conservateur.
« Donald Trump était sur le bulletin de vote mardi soir et il a encaissé de lourdes pertes, a commenté à chaud le stratège républicain Bryan Iverson, joint par Le Devoir en Oregon. Les électeurs ont exprimé leur rejet de la guerre, de la hausse du prix de l’essence, des droits de douane et d’un programme politique qui n’est pas celui avec lequel il a fait campagne en 2024. Ce que les urnes viennent de lui dire : on ne peut pas mentir aux électeurs dans une république. »
Deux ans après la reprise brutale du pouvoir par le populiste à Washington et la reprise de ses guerres culturelles contre la diversité, les électeurs ont également envoyé un signal clair en soutenant la différence un peu partout au pays. Le scrutin de mardi a ainsi écrit l’histoire en faisant de Deb Haaland la première gouverneur issue des Premières Nations au Nouveau Mexique, de Chris Pappas le premier homme ouvertement homosexuel à devenir sénateur au New Hampshire et en portant le premier américain musulman au poste de sénateur du Michigan, en la personne de Abdul El-Sayed.
La liste n’impressionne pas Paul G. Pace, jeune retraité rencontré dans la ceinture rurale de Dallas, qui déplore que les électeurs aient ainsi fait massivement « le choix du communisme», selon lui, aux dépens des républicains.
« Les démocrates sont des extrémistes qui ne veulent qu’une chose, créer le chaos et détruire l’Amérique et le rêve américain, dit-il. Regarder ce qui se passe avec Ilhan Omar. » La députée démocrate, originaire de Somalie, réélue mardi soir dans la 5e circonscription du Minnesota, avec plus de 75 % des voix, est la cible répétée des médias ultraconservateurs et de la Maison-Blanche. « Toute la corruption de ces sales Somaliens est dégoûtante. Je dis ça, mais je ne suis pas raciste », complète-t-il.
Au Congrès, Hakeem Jeffries, actuellement leader de la minorité, pourrait aussi devenir le premier afro-américain président de la Chambre des représentants.
Dans son discours de victoire, tôt mercredi matin, Abdul El-Sayed a d’ailleurs souligné ces avancées politiques et sociales auxquels il vient de prendre part. « À tous les enfants qui ont suivi ce qui s’est passé [dans cette campagne] le mois dernier, à tous les parents qui ont essayé de leur expliquer pourquoi le président se moque ouvertement de quelqu’un en raison de son nom ou de la manière dont il prie, faites-leur savoir [aujourd’hui] que le méchant a perdu ».
« La nuit dernière, c’est la démocratie qui a gagné en prouvant qu’elle est toujours vivante aux États-Unis», a résumé, devant le Mémorial John F. Kennedy de Dallas, Gary Hinas, un républicain de la Californie qui dit avoir décroché du parti quand Donald Trump en a pris le contrôle en 2016.
«Nous avons maintenant une balance du pouvoir. Est-ce que c’est bon pour les démocrates ? Je crois que c’est surtout bon pour les Américains. »
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