Sorti il y a 45 ans et devenu invisible, ce rare film montre à quel point la cinéphilie peut rendre fou

Un cinéphile obsessionnel, un sosie de Marilyn Monroe, des meurtres inspirés des classiques hollywoodiens... Plongée dans "Fondu au noir", petite perle culte et totalement méconnue sortie au début des années 80, devenue invisible chez nous.

Par Olivier Pallaruelo
L'Histoire du cinéma est constellée d'exemples de films qui sont complètement passés sous le radar, pour diverses raisons. Des oeuvres parfois devenues rares, peu ou jamais diffusées à la télévision. Mais qui méritent pourtant d'être largement découvertes. Encore que cela relève là aussi parfois du véritable parcours du combattant...
Dans la galaxie des très rares pépites invisibles depuis des décennies, Fondu au noir (Fade to Black en V.O) se pose là. C'est bien simple, non seulement le film n'est jamais passé à la TV, mais il n'a de surcroît jamais été édité en DVD chez nous, de la même manière que Le Diable en boîte, dont nous avions longuement parlé ici.
Une oeuvre presque unique
Réalisé par Vernon Zimmerman, qui a complètement disparu de la circulation depuis et n'a réalisé qu'une minuscule poignée de films, Fondu au noir raconte l'histoire d'Eric Binford. Très timide, seul, il gagne sa vie comme livreur de bobines de films et d'affiches au sein des studios de cinéma. Mais le moteur même de son existence, c'est de voir à longueur de journée des films.
Fréquemment maltraité, trahi et moqué par ses collègues, Eric se réfugie de plus en plus dans l'univers de ses films fétiches et ses héros, bons ou mauvais. Lorsqu'une série d'événements malheureux font basculer sa santé mentale déjà précaire, Eric entre alors dans une rage meurtrière incontrôlable. Désormais connu sous le nom du Celluloid Killer, il tue ses victimes en s'inspirant des scènes et de ses personnages préférés...
Produit par Compass International, la société qui avait distribué deux ans auparavant le Halloween de John Carpenter, Fade to Black a connu une production très chaotique, et même poursuivi en justice en décembre 1980 par une société du nom de William Boyd Enterprises Inc, qui réclamait 15 millions $ de dommages et intérêts parce que l'oeuvre utilisait des images de Hopalong Cassidy, un cow boy fictif dont elle détenait les droits.
Movie Ventures
Logiquement bourré de références cinéphiliques que les aficionados se font un plaisir de pointer, le film est porté par l'acteur Dennis Christopher, qui avait joué dans les solides Breaking Away et Les Chariots de feu, et qu'on retrouvera quelques années plus tard comme membre de la bande d'ados dans le (génial) téléfilm Ca.
Dans cette déclaration d'amour (fou, évidemment) au cinéma et la descente aux enfers qui s'ensuit, l'acteur est en outre épaulé par un bon casting, au milieu duquel on trouve Morgan Paull (le Blade Runner tué par le personnage de Léon au début du film de Ridley Scott), un Mickey Rourke encore débutant. Et même un sosie de Marilyn Monroe incarnée par l'éphémère actrice Linda Kerridge, justement connue pour sa ressemblance avec l'icône.
Sorti dans l'indifférence commerciale même s'il fut auréolé du Prix de la Critique au Festival d'Avoriaz en 1981, Fondu au noir a ensuite acquis une réputation culte auprès d'une poignée de cinéphiles, notamment grâce à sa diffusion en vidéoclub. Par bonheur, on a récemment appris que le film, qui fait actuellement partie du catalogue de Splendor Films, devrait enfin sortir en Blu-ray d'ici la fin de l'année.
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