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Friday, September 11, 2026

25 ans après le 11 septembre 2001, une part d’islamophobie persiste à New York

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NEW YORK, New York - Rana avait 16 ans lorsqu’un homme a tenté de lui arracher son hijab, le foulard qui cachait ses cheveux. C’était en 2010, alors qu’elle marchait dans une rue de Queens, l’un des cinq arrondissements de la ville de New York.

Je me souviens juste m’être retournée, avoir vu cet homme, avoir vu la haine dans ses yeux, raconte la jeune trentenaire.

Je me suis sentie vraiment isolée et vulnérable, confie-t-elle. Mais je suis parvenue à le repousser, avant de m’enfuir en courant. Je me suis enfermée dans les toilettes, je me suis effondrée par terre en sanglotant. Je ne savais vraiment plus quoi faire.

Deux femmes souriantes, l'une avec un foulard et un pull mauve portant l'inscription Malikah en grandes lettres.

« Keep women safe Inshallah » (« Protéger les femmes, si Dieu le veut »), peut-on lire sur le chandail de Rana Abdelhamid, fondatrice de Malikah, vue ici en compagnie de Deena Hadhoud, directrice des programmes.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Ceinture noire de karaté, elle a commencé à donner quelques cours aux filles de son quartier. Et après chaque cours, on parlait de nos expériences en tant que jeunes filles musulmanes, comment on s'adaptait à l'après-11 Septembre, dit Rana. C’est là que j’ai réalisé que je n’étais pas la seule.

Cette fille d’immigrants égyptiens a fondé Malikah, qui a pignon sur rue dans le quartier Astoria, dans Queens. Malikah est un mot arabe qui veut dire reine en français (queen en anglais).

L’organisme offre des cours d’autodéfense dans un petit sous-sol recouvert de tapis. Son équipe se déplace aussi dans des écoles ou des mosquées, partout à New York.

En près de 17 ans, environ 30 000 femmes musulmanes ont suivi les ateliers, précise la fondatrice du centre, ce qui révèle une certaine insécurité.

Une femme assise sur un canapé avec son ordinateur sur les genoux, dans une pièce aux murs colorés.

Le centre communautaire Malikah est situé dans le quartier Astoria, surnommé Little Egypt, où se trouve une importante communauté arabo-musulmane.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Reflet des guerres

L’islamophobie – tout comme l’antisémitisme – connaît des pics au gré de l’actualité internationale.

Selon la police de New York, dans les six premiers mois de 2026, les crimes haineux ont augmenté de 8,7 % par rapport à la même période en 2025. Plus de la moitié ciblaient la communauté juive.

La guerre en Iran, la guerre à Gaza, le conflit entre Israël et le Liban, précédemment l’Afghanistan, l’Irak... Les guerres ont des retombées directes sur les dynamiques sociales et politiques aux États-Unis, constate Azzedine Layachi, professeur de sciences politiques à l’Université St. John’s, à New York. Et ça a toujours été le cas, depuis plusieurs décennies.

Une femme arabo-musulmane marche le long du parc.

Une femme arabo-musulmane marche le long du parc Astoria, dans Queens, à New York..

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Il rappelle que l’un des premiers actes du président Donald Trump, en 2017, a été de bannir l'entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays, pour des raisons de sécurité nationale. Le Muslim ban s’est par la suite étendu à d'autres pays et a connu de multiples versions.

C'était une décision et un discours anti-musulman clair, tranche M. Layachi. Le musulman n'était pas le bienvenu aux États-Unis. Et ce discours-là est devenu beaucoup plus virulent durant la deuxième administration Trump.

En 2025, à l’échelle des États-Unis, plus de 8600 incidents islamophobes ont été recensés par le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), un organisme de défense des droits civiques. Un record depuis 30 ans.

Si le président lui-même dit que les musulmans n’ont pas leur place dans ce pays, alors bien sûr, cela encourage d’autres personnes islamophobes, haineuses, partiales ou ignorantes à gober tout ce qu’elles entendent et à agir de la même manière.

Portrait de Me Afaf Nasher.

Afaf Nasher, avocate et directrice générale du bureau de New York du Conseil des relations américano-islamiques, rencontrée à Manhattan.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Afaf Nasher commençait ses études de droit en 2001. Quelques mois après le 11 Septembre, elle s'est rendue dans un magasin de jouets. Et alors que je parcourais les allées, j'ai aperçu un homme en uniforme militaire, accompagné d'un petit garçon de 4 ou 5 ans. Quand le père m'a vue avec mon hijab, il a dit : ''On va tous les tuer. Pas vrai, mon fils?'' Il a répété ça deux ou trois fois, et le petit garçon hochait de la tête sans écouter, content à l'idée d'avoir son jouet.

Si je vous raconte cette histoire, poursuit-elle, c'est que, même après toutes ces années, je me souviens toujours de ce petit garçon tellement mignon et je me demande : "A-t-il grandi dans un environnement empreint de haine? S'il me croisait aujourd'hui dans la rue, me détesterait-il?"

La police de New York a recensé 26 incidents visant des musulmans dans les six premiers mois de la présente année, une hausse de plus de 60 % par rapport aux 16 de la même période en 2025.

Des chiffres très en deçà de la réalité, estime l'avocate, car la plupart des victimes d'insultes ou de gestes islamophobes ne le signalent pas, soit parce qu'elles ignorent leurs droits, soit parce qu'elles minimisent les faits, ont peur d'avoir affaire à la police ou estiment que cela ne servira à rien.

L’effet Mamdani

Est-ce que les choses se calment depuis l’élection du populaire Zohran Mamdani, le premier maire musulman de New York?

Son arrivée apporte une reconnaissance et une représentation politique à la communauté musulmane. Mais, selon Rana Abdelhamid, du fait de la visibilité des dirigeants politiques musulmans, il y a un retour de bâton dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans le discours politique.

Zohran Mamdani parle dans un micro.

Le maire de New York, Zohran Mamdani, de confession musulmane, a séduit les New-Yorkais en s'attaquant aux problèmes de pauvreté, de logement et de coût de la vie.

Photo : Associated Press / Seth Wenig

Le maire socialiste démocrate, élu par les New-Yorkais avec plus de 50 % des voix, s’est fait traiter de djihadiste, notamment par le sénateur du Texas Ted Cruz.

Dans le Michigan, Abdul El-Sayed, candidat au Sénat dans les élections de mi-mandat, subit le même sort, accusé dans une publicité du Parti républicain d'avoir des liens avec un groupe terroriste.

Que ce type de discours soit prononcé au plus haut niveau de l’État, au Congrès ou à la Maison-Blanche, inquiète beaucoup le politologue Azzedine Layachi, d’origine algérienne.

C’est très dangereux lorsque le discours officiel présente le musulman comme une cible légitime. On est mal à l'aise dans cette atmosphère. Le malaise est là, à travers toute l'Amérique.

Le maire Zohran Mamdani s’efforce de calmer les esprits. Il s’affiche avec des leaders religieux de toutes confessions et maintient le cap sur sa promesse de rendre New York plus abordable pour tous les New-Yorkais.

Ce ne sont pas les musulmans qui l'ont placé au pouvoir, fait remarquer Azzedine Layachi. Ils ne représentent qu’une petite fraction de l'électorat.

Le mémorial du 11 Septembre, à l'emplacement de l'une des tours du World Trade Center, à New York. Des noms des victimes sont gravés sur le rebord du bassin.

Le mémorial du 11 Septembre, à l'emplacement de l'une des tours du World Trade Center, à New York. Des noms des victimes sont gravés sur le rebord du bassin.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Heureusement pour nous, il fait du bon travail, lance finement Driss Lazhar, au sujet de Zohran Mamdani. Propriétaire du restaurant Little Morocco, il vit depuis 42 ans aux États-Unis et connaît beaucoup de monde dans le quartier Astoria.

Maintenant, à New York, il y a moins de crimes qu'avant. Il y a beaucoup de choses qui vont mieux et les Américains sont très contents. Ils ont compris que ce jeune, il a des idées, des bonnes idées, dit-il, satisfait.

Musulman pratiquant, M. Lazhar n’a qu’à traverser la rue pour se rendre à la mosquée aux murs roses lorsque retentit l’appel à la prière. Ensuite, il revient à la terrasse, toujours prêt à discuter avec ses clients autour d’un couscous ou d’un thé à la menthe.

Au lendemain des attentats du 11 septembre, le FBI lui a rendu visite à plusieurs reprises. Les policiers fédéraux cherchaient des renseignements sur les gens du quartier.

Ils ont gaspillé beaucoup d’argent dans l’espionnage, dit Driss Lazhar. Mais à la fin, ils ont constaté qu’on est des gens normaux, comme tout le monde.

Le père de quatre enfants assure n’avoir jamais été insulté, ici, dans son quartier.

Portrait de Driss Lazhar.

Driss Lazhar, propriétaire du restaurant Little Morocco, estime qu'il y a somme toute assez peu d'actes islamophobes et qu'ils sont le fait d'ignorants.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

On travaille dur, les musulmans. On produit, on paie les taxes, on participe à l'économie. On donne beaucoup de choses aux États-Unis. On n'est pas là pour la charité.

Et ceux qui traitent les musulmans de terroristes? Ce sont des ignorants, dit-il. Ils ne savent pas de quoi ils parlent. L'islam est une religion de paix, c'est une religion d'amour, c'est une religion de loi.

George Bush, le président américain en poste en 2001, s’était rendu dans une mosquée de Washington, six jours après les attentats, pour dire essentiellement la même chose. Il avait rappelé la contribution des musulmans à la société américaine. Il voulait éviter les amalgames entre islam et terrorisme.

Oui, Driss Lazhar a déjà entendu dans son dos retourne dans ton pays lorsqu’il priait dehors, près d’une station-service de Virginie, avec ses amis. Mais un autre Américain s’est interposé et a monté la garde, comme pour nous protéger, jusqu’à la fin de la prière, en nous en disant de ne pas nous en faire, relate M. Lazhar en souriant. "Vous voyez : il y a ça d’un côté... et il y a ça de l’autre!

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